33.2

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« Les Jardins Suspendus », annonce la voix du tramway solaire quand les wagons s'arrêtent net au niveau de la passerelle qui supporte la station. Dans le quartier des Jardins, les aéromobiles peuvent circuler sur trois étages ; le tramway se déplace en altitude au niveau du deuxième. Avant la poldérisation de Crown Bay, la mer arrivait jusqu'ici et c'est là, sur la côte, que s'agglutinaient les usines de construction navale. Au XIXème siècle, on y bâtissait des navires de la flotte royale. Dès la fin du siècle suivant, pourtant, les ateliers ont été dépassés par les avancées spectaculaires des transports maritimes et ont été abandonnés pour des locaux mieux équipés, ceux-là même qui aujourd'hui sont passés aux mains des truands de Crown Bay. D'abord désertés, les anciennes usines ont progressivement été réhabilitées. Leurs façades en briques rouges uniques dans l'archipel, leurs hautes cheminées, leurs larges fenêtres qui invitent le jour et les vastes espaces des anciennes fabriques ont fini par attirer les architectes les plus audacieux. Leurs projets fantasques ont totalement transfiguré l'ancienne zone industrielle : les hangars se sont changés en lofts contemporains, les murs de briques se sont couverts de végétation, des serres et des jardins ont fleuri sur les toits à tous les étages du quartier, imposant peu à peu le nom qu'on lui donne désormais. L'éco-responsabilité s'est imposée comme principal moteur de développement et argument marketing des Jardins Suspendus. La population, relativement jeune et aisée, y vit en harmonie avec la nature. Chaque nouvel habitant est invité à cultiver une parcelle de toiture, un balcon ou un mur afin de rendre les lieux plus verdoyants encore. Les gens des Jardins sont réputés pour leur sens du partage et leur respect de l'environnement.

De façon tout à fait hasardeuse, c'est au milieu de ces façades recouvertes par les plantes que se sont développés les studios de la Mustela, l'un des nouveaux leader mondiaux de la production cinématographique. Fortes de cette publicité, les salles de cinéma et les enseignes spécialisées dans la vente de films se sont multipliées dans les Jardins Suspendus. L'Hibiscus, le plus grand cinéma de la région, accueille chaque année le Festival des Sept Lunes.

— Qui a remporté la Lune de la meilleure actrice, déjà, cette année ?

— Je n'ai plus son nom, me répond Tasha. Une starlette dont les gros seins compensent le manque de talent.

Encore une fois, nous sommes sur la même longueur d'onde, au picomètre près.

Le tramway solaire traverse Molens Baai. La plage est désertée à cause de l'air humide et lourd qu'engendre la saison de pluies. Seule une poignée de téméraires ose affronter les vagues qui s'écrasent sur la côte. Plus loin, les vieux moulins de Tulpstad, depuis longtemps à l'arrêt, dominent la digue, surplombant le nouveau parc énergétique : les éoliennes et les turbines blanches trempent dans les flots de Molens Baai, tournant au rythme des courants le long du talus de pierres grises. Soudain, la solitude morne de la baie laisse place au foisonnement des façades colorées de Tulpstad, ses hautes maisons dépareillées qui se bousculent le long des canaux étroits. L'ancien comptoir hollandais est reconnu dans tout l'archipel pour sa production florale, notamment pour les tulipes dont les cultures ponctuent le paysage urbain aux allures de ville de conte. Les raies de couleurs vives défilent dans les vitres du tramway, entrecoupées de champs de fleurs aux teintes plus vives encore, puis les wagons ralentissent et suspendent leur course à la station de Great Harbor, un port de pêche et de plaisance étalé sur une côte biscornue dont l'aspect n'a quasiment pas changé depuis son établissement voilà bientôt deux siècles.

Au sortir de Tulpstad, le tramway parcourt encore quelques centaines de mètres à vitesse réduite et fait une nouvelle halte à la station d'Edén Parque. Edén Parque est un village fondé au XVème siècle par les premiers colons qui ont accosté sur l'île d'Elthior. L'église San Alfonso et les dizaines de villas espagnoles qui se sont construites à ses abords s'organisent en couronne autour d'un immense parc. Au milieu des hectares d'arbres et de sentiers de promenade, au bord d'une lagune d'eau douce à présent coupée de l'océan, se trouvent le zoo d'Elthior et le fameux musée d'histoire naturelle.

Un nouveau vrombissement de moteur, et les wagons cheminent à travers les faubourgs en direction du prochain arrêt : le Port des Veuves. C'est toujours impressionnant de se rappeler que ce modeste village de pêcheur est devenu en une poignée de siècles le plus grand port d'Elthior, alors même que des quartiers voués à la prospérité ont sombré dans l'oubli à deux pas d'ici. Le port accueille principalement des bateaux de croisière et des porte-conteneurs ; il est ceinturé par une zone d'habitat modeste majoritairement peuplée par les marins et ouvriers qui travaillent sur place. C'est sur ces quais aussi que se situe le poste de police central de l'archipel.

Tasha fait mine de se redresser.

— On descend ?

— Je descends plus loin. Je vais voir Alice.

Alice est ma petite amie. Ça doit faire deux ans.

— Très bien, allons voir Alice.

Tasha se rassied.

Le tramway solaire marque un nouvel arrêt au milieu des faubourgs avant de reprendre sa tournée. Cette zone résidentielle s'étend entre la vieille ville et les autres quartiers. Bâtie entre le XIXème et le XXème siècle, les avenues y sont larges et les maisons dépassent rarement deux ou trois étages, de sorte que la circulation des aéromobiles ne s'effectue ici qu'au niveau du sol.

En faisant route vers l'Ouest de l'île, le tramway fait une pause à Century Ward, l'une des zones commerciales les plus importantes au monde. Elle occupe littéralement autant de place qu'une petite ville et on estime qu'en faire le tour prendrait presque trois jours entiers. Toute la zone est couverte par un dôme et la circulation s'y effectue sur trois niveaux distincts. En plus de ses innombrables magasins, Century Ward dispose d'une piscine, d'un circuit de courses et de la plus grande salle de spectacles de la région, le Colisée, laquelle doit son nom à sa forme circulaire inspirée des arènes romaines. Les usagers quittent les wagons par dizaines, immédiatement remplacés par autant de nouveaux voyageurs.

Le paysage devient plus vertigineux encore lorsque, quittant le dôme, le tramway pénètre dans l'Agnopole. Le quartier d'affaires d'Elthior domine la pointe du Sud-Ouest de l'île : une avancée de terre artificielle gagnée sur l'océan sur laquelle culminent des gratte-ciels hauts d'une centaine de mètres ou plus. Les façades miroitantes des buildings se reflètent les unes dans les autres, comme autant de doublons qui donnent à l'Agnopole un aspect infini. Pour fluidifier le trafic des aéromobiles qui vont et viennent entre les tours, la circulation y a été répartie sur cinq niveaux. Le flux incessant des véhicules est décuplé par leurs multiples reflets. Par nuit, les phares qui se réverbèrent en masse donnent l'illusion qu'un bout de ciel étoilé s'est écrasé sur notre île.

Les sièges de nombreuses firmes transnationales occupent ici des bureaux à l'architecture démesurée et, au large, les yachts des compagnies stationnés dans la baie accueillent presque chaque semaine de somptueuses réceptions. Ma mère rêvait d'y être invitée un jour ; elle allait jusqu'à espérer qu'un crime soit commis sur l'un de ces immeubles flottants pour obtenir un mandat et le droit d'embarquer.

Les portes des wagons s'ouvrent, le tramway à l'arrêt à deux pas du building au toit-coquillage de Havfrue, le principal constructeur naval du secteur. Quelques nouveaux passagers montent à bord, une poignée de bureaucrates qui peinent à se faire une place dans les wagons déjà plein à craquer. Fort heureusement, la plupart d'entre eux habitent Tulpstad ou les Jardins Suspendus et prennent la ligne dans l'autre sens. Les plus aisés, ceux qui habitent la vieille ville ou des villas isolées, empruntent généralement leur propre aéromobile. Difficile, se dirait-on, de stationner son véhicule dans l'Agnopole ; mais ce n'est pas un problème dès lors qu'on a les moyens de s'offrir les services d'un chauffeur. D'autres encore prennent le taxi. Les bureaucrates qui utilisent le tramway se réduisent certainement aux marginaux des Jardins ou de Little England, des artistes incompris reconvertis dans la publicité ou quelque chose dans ce genre.

Little England, c'est là que le tramway s'arrête ensuite. Effectivement, les hommes en costumes ayant embarqué à l'arrêt précédent descendent tous, sauf un. Little England, c'était autrefois le quartier des artistes, des reclus en marge de la société, un quartier accolé à la prestigieuse Red Hill mais néanmoins distinct ; on y trouvait à se loger à moindre coût et on pouvait espérer s'y faire connaître. C'est aujourd'hui un quartier résidentiel relativement prisé. Réputé pour son avant-gardisme, les façades des maisons y sont couvertes de dessins, de peintures dont les styles varient selon l'inspiration des résidents, les pavés sont ornés de frises éphémères, des statues sortent de terre à tous les coins de rue. Les ruelles abritent des bars et des cafés à thèmes, nombre de théâtres et de petites galeries d'art dont, si on ne se fie qu'à leur taille, on risquerait de manquer les expositions exceptionnelles. Little England, c'est aussi le quartier de la culture, dominé par les hauts murs de la Public Library et la tour mitoyenne des archives de l'île. Le quartier, plutôt touristique, est également connu pour la fête foraine de Crimson Square et pour sa plage, célèbre pour ses fameuses cabines, son glacier artisanal et la station thermale XIXème tout juste rénovée. Sur la côte, l'ancienne gare maritime a été reconvertie pour accueillir l'hydrotrain à grande vitesse qui relie Elthior à l'Île Pantar, à l'Île Doryan et à l'Île du Dragon. Little England, le quartier des parias de la vieille ville, est aujourd'hui l'un des plus attractifs de l'île, et l'un de mes favoris.

— J'adorerais habiter ici ! lance Tasha.

Au ralenti, les wagons se tortillent en direction de Red Hill, le tas de cailloux sur lequel se sont installés les anglais quand ils ont débarqué ici ; l'endroit le plus inhospitalier de l'archipel qu'on avait à l'époque confié à un gouverneur malchanceux. Des générations plus tard, on peut dire que la chance a tourné. Le gouverneur d'Elthior est le plus influent de l'archipel, son autorité depuis longtemps étendue à l'Île Pantar, à l'Île des Nootaks et à l'Île du Fou.

— Terminus ! déclare Tasha.

Ce n'est qu'à moitié vrai. Le tramway solaire forme une boucle. Après avoir desservi Red Hill, il repart immédiatement pour Porcelanacosta ; sa course ne s'arrête jamais. Ce n'est que par habitude qu'on désigne cet arrêt comme tel.

Nous descendons ma sœur et moi. Nous remontons quelques ruelles, des ruelles que depuis deux ans nous parcourons sans même plus réfléchir à l'itinéraire à suivre. Quiconque ne connaît pas Red Hill comme sa poche s'y perd avant d'avoir le temps de réfléchir. La vielle ville est un véritable labyrinthe de ruelles enchevêtrées, toutes plus sombres et étroites les unes que les autres. Dans les maisons victoriennes qui bordent les pavés, vivent de hauts dignitaires, des descendants de la noblesse britannique. Les boutiques, hôtels et restaurants qui ponctuent les ruelles sont tous reconnus pour leurs services de luxe. Les clubs privés ne désemplissent jamais, malgré leurs tarifs exorbitants. On dit que leurs services ne laissent jamais insatisfait. À mi-hauteur de la falaise, se tient le célèbre cimetière de Twisted Rock où sont enterrées les plus illustres figures d'Elthior : aristocrates, artistes, inventeurs, explorateurs, riches entrepreneurs, et ce depuis le XIXème siècle. L'Ouest de la falaise est bordé par le Vieux Port, lequel n'héberge plus que les bateaux particuliers des résidents du secteur. À l'Est, en contrebas, se trouve la Lagune : un lac d'eau salé réservé à la baignade. L'endroit le plus célèbre et le plus prestigieux de Red Hill n'en reste pas moins le Rocher, la pointe de la falaise sur laquelle se dresse Whistlestorm, le manoir familial des Macduff, les gouverneurs d'Elthior. Du moins, jusqu'à il y a une quinzaine d'années.

Alice nous attend devant la porte de sa maison. Comme à son habitude, Tasha me devance et bondit sur Alice pour l'embrasser. Toutes les deux se mettent à rire.

— Qu'est-ce que tu penses de Manu ? me demande Tasha sur le chemin du retour.

— Qu'est-ce que toi tu en penses ?

— Elle me plaît. J'en déduis qu'elle te plaît aussi. Mais elle n'est pas comme Alice. L'un de nous devra se démarquer.

— Le moyen de contacter Gilgamesh, voilà ce qui l'intéresse. Elle ne laisse rien paraître, mais moi je l'ai compris. Pas toi ?

— Si, je l'ai vu aussi. Si tu savais comment joindre Gilgamesh, tu lui dirais ?

— Certainement pas. Je n'achèterais pas une fille avec ce genre de cadeau.

— Mon frère est un type bien.

De retour au Port des Veuves, nous rentrons chez nous, au commissariat. La nuit commence à tomber et les bureaux sont vides ; il n'y a plus que notre père, le commissaire Barkley. Il nous propose de passer à table ; il nous a attendu. Tasha ne se fait pas prier. Alors qu'ils regagnent tous les deux l'appartement, à l'étage, je fais mine de flâner dans les bureaux de la police. Je m'assieds devant l'ordinateur de mon père, j'ouvre la boîte mail et, comme tous les soirs, je regarde s'il n'y reste pas une trace de Gilgamesh. Pourtant, comme toujours, mon père a soigneusement effacé ses messages.

Je suis sur le point d'éteindre l'appareil quand une notification retentit pour m'avertir de l'arrivée d'un nouvel e-mail. Machinalement, j'ouvre le message.

ʙᴀʀʙᴀʀᴀ ʜᴇʏғʀᴇɴ ᴀ ᴇ́ᴛᴇ́ ʀᴇᴛʀᴏᴜᴠᴇ́ᴇ ᴍᴏʀᴛᴇ ᴀ̀ sᴏɴ ᴅᴏᴍɪᴄɪʟᴇ.

ᴠᴏᴜs ᴍ'ᴀᴠᴇᴢ ғᴀɪᴛ ᴘᴀʀᴠᴇɴɪʀ ᴘʟᴜs ᴛᴏ̂ᴛ ᴅᴀɴs ʟᴀ ᴊᴏᴜʀɴᴇ́ᴇ ʟᴇ ʀᴀᴘᴘᴏʀᴛ ᴅᴜ ʟᴇ́ɢɪsᴛᴇ ᴄᴏɴᴄᴇʀɴᴀɴᴛ ʟ'ᴇᴍᴘᴏɪsᴏɴɴᴇᴍᴇɴᴛ ᴘʀᴇ́sᴜᴍᴇ́ ᴅ'ᴇᴅᴍᴜɴᴅ sᴛᴀʀʙᴇʀ. sɪ ᴠᴏᴜs ᴠᴏᴜʟᴇᴢ ᴍᴏɴ ᴀᴠɪs, ᴄᴇs ᴄʀɪᴍᴇs ᴏɴᴛ ᴜɴ ᴀᴜᴛᴇᴜʀ ᴇɴ ᴄᴏᴍᴍᴜɴ. ᴀᴜᴛᴏʀɪsᴀᴛɪᴏɴ ᴅ'ᴀɢɪʀ ?

ɢɪʟɢᴀᴍᴇsʜ

Soudain, me voilà en possession d'une adresse électronique via laquelle contacter le plus grand détective de toute l'histoire de l'archipel. Mais un détail m'empêche d'apprécier ma victoire.

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ANNEXE / Carte de l'Île d'Elthior :

https://smoothiefiction.tumblr.com/image/617752657609768960

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Le texte ; les choses.
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Dans le domaine des arts plastiques, Arman, grâce à ses "Accumulations", mettait l'objet en situation afin de le désigner comme extension, prolongement de l'humain. Tàpies, quant à lui, en faisait l'inscription du temps à même la matière.
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Mais c'est sans doute dans l'œuvre de JMG Le Clézio que le statut de l'objet prend une dimension non seulement originale, mais aussi une profondeur singulière. Car Le Clézio (et ses personnages) observent le monde d'un regard de myope, au travers duquel tout devient démesuré, où les sensations sont démultipliées par une propension naturelle à l'hyperesthésie, à une extraordinaire déflagration de la conscience. Dès lors la page blanche apparaît comme la métaphore du vide qu'il convient de combler. Car il y a urgence à créer du langage, à saturer de mots un univers qui, autrement, deviendrait "concentrationnaire". Décrire avec fièvre le tout du monde, aussi bien les publicités de vieux journaux, que des noms inconnus, le contour d'une pièce, la spirale d'une peau d'orange. Car tout peut être convoqué pour élever des digues contre l'absurde, aussi bien "l'extase matérielle" qui, souvent, débouche sur une manière d'émerveillement, de vision du monde primitive, à la manière du sauvage ou bien d'une naïveté tout enfantine. Parvenir à une transcendance matérielle dont les racines puisent au profond de l'expérience sensible.
"Le doux paysage serein, propre et lumineux qui doit exister derrière les choses."
("L'extase matérielle").
Car le sens est à trouver partout, indéfiniment, les choses disposant tout contre nous leur langage secret. Celui, par exemple que Paoli, dans "La fièvre", fait tenir à un objet du quotidien, l'explorant sous toutes ses coutures :
"...il fallait se retirer dans une pièce pleine d'une pénombre sacrée, s'allonger sur un lit, et là, jouer, jouer à tout prix au jeu de l'être : avec une boîte d'allumettes, par exemple...".
Surgissement, à partir du simple, du menu, de l'insignifiant, d'une perspective ontologique dont l'homme ne saurait faire l'économie qu'en acceptant de vivre sur le mode du "on", de l'inauthentique.
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