Chapitre 8 : Bise

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Chapitre 8

Bise

Alors que Bise fermait les rideaux pour aller dormir sans manger, comme tout les soirs, elle remarqua une lettre à son nom dans le bureau de son mari, qu’elle venait de nettoyer. Le courrier ne lui était pas adressé, mais parlait d’elle. Elle ne savait pas très bien lire, mais reconnaissait son prénom. Bise Lavander, ce n’était pas très commun. Sachant que son mari pouvait arriver d’un moment à un autre, elle décida de ne pas lire la lettre, mais de la plier en quatre pour la dissimuler dans sa longue chevelure brune et bouclée, étant donné qu’elle n’avait toujours pas d’autres habits que ces sous-vêtements.

Elle traversa le couloir en prenant garde à se faire discrète, avant de rentrer dans la cave, là où elle avait élu domicile. Pendant qu’elle descendait les escaliers en colimaçons, elle entendit des voix fortes venir du salon.

Intriguée, elle alla voir. Dans le salon, deux hommes de dos se disputaient violemment. L’un d’eux était son mari, l’autre semblait plus vieux, et lui ressemblait beaucoup, sans doute son père.

Son mari avait une bouteille de vodka dans la main droite, et un couteau de cuisine dans la gauche. L’autre, moins grand et plus vouté, suppliait son fils de lâcher la bouteille et d’aller se reposer. Le fils, totalement ivre, criait très forts des insultes sans aucun sens. Il tenta alors de lancer le couteau sur son père, mais ne visa pas très bien et rata sa cible. L’arme rebondit alors sur le mur et son manche assomma le plus jeune.

Le vieux, ayant eu le réflexe de pivoter pour éviter le projectile, se retrouva alors né à né face à Bise.

Celle-ci, qui ne comptait pas être remarquée, s’enfuie dans le bureau, la seule pièce ayant une clé. Elle s’y enferma et se cacha sous la table, jusqu’à entendre la voix douce et paternelle de l’homme.

« Ecoute petite, je suis désolé pour ce qu’il t’a fait, je ne savais pas qu’il avait été marié. Je sais qu’il se drogue, qu’il boit et qu’il fait donc souvent preuve de violence donc naïvement j’avais pensé que jamais une famille serai assez stupide pour livrer sa fille à cet ivrogne.

Bise, étonnée par la sincérité de ses paroles, ne répondit d’abord pas. Elle voulait voir jusqu’où la gentillesse du bonhomme pouvait aller. Concluant par son silence qu’elle ne comptait pas parler, il reprit.

- Tu peux me faire confiance petite. Je ne suis pas comme lui, jamais je ne ferais de mal à une fillette. Mais maintenant, il faut que tu t’en ailles. On ne peut pas rompre le mariage, étant donné que tu es considérée comme sa propriété par le Tonabriste. Donc laisse-moi t’aider à te réfugier là où tu seras en sécurité.

La jeune fille réfléchit. Qu’arrivera-t-il à sa famille ? Sans doute seraient-ils arrêtés par sa faute, car le mariage est vu comme perpétuel, ou mourraient-ils de faim, privés du maigre « salaire » que leurs avaient accordé les noces. Mais peut lui importait, elle s’en fichait. Tout ce qu’elle savait, c’était qu’elle voulait retrouver Azur, et au plus vite. Heureusement, elle connaissait son adresse par cœur. Mais un détail la chiffonnait. Elle voulait savoir qu’est ce qui pourrait bien être écrit sur les lettres à son nom. Mais se cheveux bruns n’étaient sûrement pas la meilleure cachette.

- Entendu, je vous accompagnerai. Mais je connais un endroit où je serai bien plus en sécurité que n’importe où. Ce n’est pas loin d’ici, et je pourrais vous guider facilement. Mais il me faut aussi des habits, je ne souhaite pas me balader dans la rue en sous-vêtement. »

Elle ouvrit la porte pour accompagner ses propos. La jeune fille était mince voir maigre, et n’avait pratiquement pas de poitrine. Très grande, elle ressemblait à un roseau chevelu. La peau bronzée de naissance, les cheveux lisses, bruns et sales, de grands yeux violets, elle n’avait rien d’une fille commune. Chaque détail faisait d’elle ou une princesse, ou une pauvresse. La forme de son nez, par exemple, était parfaite, mais dès que l’on baissait les yeux vers ses lèvres fines et gercées, on ne pouvait plus douter de son statut de misérable. Vêtue simplement de sous-vêtements blancs et à moitié transparents, le rendu était tout simplement pitoyable.

Le vieil homme s’en rendit compte, et lui promit d’aller acheter des habits même si il n’était pas très riche. Ensuite, il se présenta.

« Je m’appelle Franco, et tu n’as absolument pas à me craindre. Je faisais partie d’une association qui aidait les gens dans le besoin avant de me rendre compte qu’ils exploitaient ensuite les plus pauvres en échange d’un salaire beaucoup trop bas. Depuis, j’ai décidé de créer ma boîte, sans voir que mon propre fils faisait lui aussi preuve de violence avec les pauvres.

Comme déçu de son fils, il jeta un regard honteux vers ses pieds. Bise, touchée par sa panique. Elle se senti obligée de lui répondre.

- Je suis sincèrement désolée, Monsieur Franco...

- Tu n’as pas à t’excuser, petite. C’est moi qui tentais de me persuader qu’il n’était pas comme ces abrutis. Dis-moi, depuis combien de temps est-tu là ?

- Depuis mes 12 ans, dit-elle avant de voir son regard paniqué. Enfin, oui, depuis mes 12 ans, mais il n’est pas tout le temps violent ! Et il ne m’a jamais violée... Juste frappée très fort.

Il la fixa, les yeux au bord des larmes. Bise décida qu’elle l’aimait bien, ce Monsieur Franco, rempli de compassion et de sincérité. Elle se fit le serment de ne jamais le rendre triste ni le blesser. En sa compagnie, elle resterait joyeuse, malgré le fait que son fils lui a mené la vie dure pendant 3 ans.

- Ne vous inquiétez pas pour moi Monsieur, je n’en vaux pas la peine. Nous devrions partir d’ici et aller faire du shopping avant qu’il se réveille.

L’homme esquiva une grimace avant de se diriger vers la porte d’entrée. Elle le rejoignit, et ils déambulèrent en silence dans la rue peu remplie, à la recherche d’une boutique.

Quand ils en trouvèrent enfin une, un quart d’heure était passé et ils étaient déjà assez loin de la maison. Elle prit seulement un leggins noir, un débardeur et un sweet, puis dans un autre magasin des chaussures de marche bleues.

Ils mangèrent chez des amis biens logés de Mr Franco, et se mirent en route, guidés par la frêle mais déterminée Bise.

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Défi
Julien Ducrocq
Une réponse un peu particulière au défi sur le paradis.
Comme je trouve ce sujet très intéressant, je posterai certainement d'autres versions ^^
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