Chapitre 6 : Bulle

3 minutes de lecture

Chapitre 6

Bulle

Elle n’en revenait toujours pas... Non, son téléphone avait dû beuguer ! Le record du monde d’apnée s’élevait à environ 22 minutes en 2020, et elle venait de tenir une heure !

A présent, elle ressentait l’effet de la pression sur son corps. Le fait d’avoir été obligée de contracter ses poumons pour ne pas laisser l’eau rentrer l’avait épuisé. Et la stupéfaction de voir son endurance lui avait coupée le souffle. Désormais, elle ressentait comme un poids sur son torse. Il comprimait sa poitrine, sans qu’elle puisse reprendre sa respiration d’un grand coup.

Après s’être assise quelques minutes, elle décida de se mettre en route vers chez elle. D’habitude, elle rentrait à la nage. C’était plus pratique, car ses parents avait fait installer une clôture tout autour de chez eux pour pas qu’un SDF ne puisse pénétrer dans le vaste terrain. Mais étant donné que le fleuve au bout du jardin était capricieux, ils n’ont pas trouvé essentiel de rallonger le grillage jusque-là. Les ronces et le courant feront le sale boulot à notre place, disaient-ils.

Donc Bulle avait pris l’habitude de passer par là pour rentrer, plutôt que de passer de multiples barrières de sécurité.

Au moment de plonger, toute habillée, dans l’eau froide et verdâtre, elle se rappela sa chance de ne pas avoir à se déshabiller pour se faire scanner par les machines de surveillance qui protègent également leur maison.

Mais aujourd’hui, elle ne voulait plus approcher l’eau, la faute à son expérience précédente.

Elle regarda l’heure.

19 :42

Elle devait être de retour chez elle avant 45, car ils recevaient des invités ce soir. Mais avec le trajet à pied et les procédures de sécurité, elle n’y serait pas avant 20h... Et merde ! Si elle ne rentre pas à l’heure, sa mère lui a dit qu’elle serait privée de baignade.

Elle réfléchit. Si elle passe par l’eau, elle arriverait quand même au retard mais moins et elle aurait eu un dernier contact avec l’eau avant la punition.

Bulle se prépara à sauter, préférant cette solution. Au moment de s’élancer, elle fut prise d’un frisson en se souvenant de son dernier frôlement avec le fleuve.

- Bon, finalement, j’irai à pied

Et elle se mit à marcher, grelottant sous ses habits trempés. Et pour ne rien arranger, la pluie se mit à tomber. Pas une pluie torrentielle, qui inonde nos bottes et nous trempe jusqu’aux os. Non, une pluie cinglante et violente, qui, ajoutée à du vent, nous fait ressentir l’effet d’un coup de fouet. Bulle ne portait qu’un T-shirt et un mince bout de tissus qui lui servait de short/maillot de bain. Aussi, la rincée fut brutale au point de la faire tomber à terre. Elle connaissait le chemin, mais n’était pas habituée à cette espèce de brume liquide qui l’entourait.

« Si une voiture arrive, je suis une femme morte » se dit-elle, car de chaque côté de la route, il y a de l’eau et des ronces. Autant se mutiler elle-même !

Paf. Deux lumières se distinguent au loin. Elles se rapprochent de plus en plus jusqu’à ce que Bulle puisse distinguer l’avant du véhicule.

Alors, les pneus grincent sur le sol et la voiture ralenti, lentement, TROP lentement.

Heureusement le chauffeur tente une manœuvre et l’auto (qui s’avère être une limousine blanche) fait un virage soudain jusqu’à se retourner complètement et partir dans l’autre sens.

Bulle se relève et regarde furtivement autour d’elle, cherchant une trace d’un potentiel paradis et jugement dernier (elle n’y croyait absolument pas, mais on ne sait jamais).

Mais non. Elle était sauvée...

Sans trop y croire, elle fit un pas, puis deux, et entendit des cris.

Quelqu’un se précipitait vers elle en appelant : « Je ne vous veux pas de mal, surtout pas, personne, mais mon maitre désire vous voir, pour vérifier si il n’aura pas trop à payer niveau dommages collatéraux ! »

Bulle, indignée par le peu d’importance que cette personne portait à la vie humaine, décida de courir dans l’autre sens. Mais elle avait surestimé ses forces suite à l’horrible frayeur qu’elle venait d’avoir.

Donc, elle tomba, à peine consciente.

La personne, qui l’avait repérée à cause du bruit de sa chute, s’approcha d’elle, la saisit froidement par les épaules et la secoua comme un pommier. Elle lui cria d’arrêter, ce qu’il fit avant de l’emporter dans la voiture.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Adrien de saint-Alban


J'aime chiner dans les brocantes, chercher l'objet qui n'existe pas mais dont je suis pourtant certain qu'il existe dans un coin de mon cerveau. Cet objet qui me pousse à faire des kilomètres pour aller à sa rencontre. C'est un livre poussièreux que je ne lirai peut être jamais. C'est cette vieille guitare encore neuve qui finira de me convaincre à la musique ou alors ce DVD d'un vieux film oublié mais ravira mon coeur de cinéphile. Bref, pour moi, une brocante c'est avant tout une rencontre et une invitation au voyage. Un voyage dans le temps. Vous entrez dans une vaste machine à remonter le temps. Ce voyage vous prendra toute la journée et quand vous en sortirez,vous aurez en main le témoin de ce qui aura été votre périple dans le passé. Vous en sortirez heureux, prêt à revenir dans le quotidien du présent, douleureux et inquiétant.
Je vis seul avec mon chat.
Je m'étais fait un petit plaisir. Oh, un si petit plaisir ! Rien de plus banal et simple qu'un jeu vidéo. Je me suis offert un jeu de foot dont personne ne voulait. Il était neuf.
Oui, un jeu vidéo, pourquoi pas?
J'avais une console qui prenait la poussière. Elle était lasse de ne plus servir à rien. Et moi j'étais fatigué de jouer seul les dimanches après-midi.
La mélancolie des dimanches. La pluie fine chante par terre et sur les feuilles des arbres. Moi, je reste planté là, devant la grande fenêtre de mon salon à attendre. Le chat dort sur le sofa. Attendre quoi ? Qu'il se passe quelque chose dans ma vie qui s'écoule tel un fleuve tranquille que rien ne vient perturber.
Ma console est là dans son meuble à me regarder. Va-t-il se décider, ce con, à introduire quelque chose dans la fente, se dit elle ? Je veux reprendre du service. On m'a condamnée au chômage sans raison que celle de rendre las ceux qui jouent.
Je déteste le foot. Il n'entre plus dans mon imaginaire de lycéen depuis longtemps. La faute à qui ? La faute au fric. J'étais pourtant un passionné pendant mes jeunes années. Une communion d'esprit me liait au destin heureux ou malheureux de ces dieux adorés de ma jeunesse. J'en ai vu des regards baignés de larmes chez mes copains de lycée. Des larmes de joie. Des larmes de rien. Des visages fatigués des nuits blanches en série. C'était un bonheur infini de voir, de refaire les matchs et en disséquer la trame le lendemain dans des discussions interminables avec les potes. Les filles étaient à l'écart pour un moment.
Comment peut on détester avec le dernier ressentiment ce que l'on a aimé avec passion ?
Ayant déchiré le cellophane, je pris le disque et l'insérai dans ma console laquelle, enfin, se mit à rugir de plaisir. J'entendais son râle de satisfaction. Depuis qu'elle attendait cette belle et douce pénétration. Le moment est venu.
Le jeu démarre...
Maintenant, je joue, seul devant mon écran. Le chat dort toujours. Je sélectionne des équipes adverses. Je suis seul et je fais ce que je veux, jouer comme je veux. Sans règle, sans loi.
L'idée de marquer contre mon propre camp m'effleura l'esprit. Aujourd'hui, pour commencer ce sera l'équipe du PSG contre l'équipe de Marseille. A tout seigneur tout honneur. J'aime foutre la merde, ça va ruer dans les brancards. Je m'en fous. Je suis tout seul.
Le match commence...
Un tumulte grandiose s'éleva dans les airs lorsque mon premier but contre mon camp fut marqué. C'étaient des mouvements de colère. Des grondements lourds et sonores s'élevèrent au dessus du stade bondé de monde et se perdirent dans le ciel bleu. Dès mon deuxième but marqué contre mon camp, à nouveau un tumulte géant secoua la foule, comme le cri d'un volcan pour laisser éclater sa joie ou sa douleur. Mon plaisir était sans limite. Un plaisir jouissif. A chaque but marqué, c'était une bouffée de sang chez le commentateur qui commençait à s'énerver sérieusement. L'arbitre ne savait plus où donner de la tête. Le peuple du football s'agaçait à me voir marquer contre mon camp. J'étais un traître à ses yeux. Les insultes fusaient. Ce fut tour à tour des crachats, des jets de bouteilles qui sortirent de l'écran et qui atterrissaient dans le salon. Mais mon plaisir était tel que rien ne m'arrêtait. Je continuais sans le moindre remords à jouir de mon plaisir égoïste, à envoyer dans les filets, ceux de mon camp, des boulets de canon à la vitesse de la lumière qui allaient mourrir au fond des buts. Et c'était à chaque fois des cris, des vociférations de colère, des hurlements d'indignation contre cet hérétique qui marquait contre ses propres équipiers et qui semblait en tirer un plaisir indécent.
Soudain, alors que je venais d'envoyer mon onzième but dans les filets de mon équipe, une chose inattendue se produisit. Une chose incroyable devait m'occire si je ne m'étais pas esquivé à temps. Une horde de sauvages sortirent de l'écran. Une horde de hooligans, mal rasés, déterminés et en colère, se jetèrent hors de la télé une bate de baseball à la main, prêts à en découdre avec ce type qui avait la manette rebelle. Ils en avaient assez de mes bêtises de grand enfant. Ces supporters ne supportaient plus qu'à chaque ballon dérobé à l'adversaire, il finisse sa course dans les buts amis. Ils n'en finissaient pas de sortir de la télé pour me tomber dessus comme un seul homme et ainsi avoir ma peau de salaud, ma peau de sale traître. J'ai failli y rester. Je devais mon salut à ma réactivité, à mon flegme .
J'ai fui aussi vite que possible, sans demander mon reste.
Sans même me poser la question si cette chose était possible ou pas. Comment se faisait il que des gens puissent sortir de la télé armés d'une bate de baseball et s'attaquer à un honnête citoyen qui voulait jouer à un jeu qu'il avait payé de son argent, un jeu dont il disposerait comme il l'entendait ? Des gens en chair et en os qui ont voulu m'ôter la vie à coup de bate parce que je n'étais pas d'accord avec eux. Je voulais jouir de ma liberté de consommateur. Je voulais marquer contre mon camp. J'aime cela. Ce n'est pas un crime de marquer contre son camp. En politique vous êtes exclu de facto. Mais là, ce n'était pas de la politique. Ce n'était qu'un match de foot. L'esprit de corps était de rigueur. Mais je n'avais pas cet esprit de corps.
Le fascisme à l'état pur. Le football est un fascisme. Le sport en général est un fascisme. Un fascisme dès lors qu'il est arraché à sa finalité première, procurer du plaisir à celui qui le pratique et non enrichir les poches de ceux qui en tirent des intêrêts d'argent.
J'eu le temps de m'extirper du salon, sortir de ma maison et crier "au secours des ânes bâtés, des hooligans veulent me tuer !" .
Seul un chat - le chat du sofa peut-être ? - qui traversait la rue entendit mes plaintes, me fixa de ses yeux mystérieux et fit pivoter ses oreilles en se demandant si je n'avais pas fumé la moquette.
Je regardai autour de moi comme pour me rassurer de ma rationalité intacte. Je ne distinguai rien qui puisse me démontrer que j'étais fou. Puis, après avoir avalé un grand bol d'air frais et, me demandant si le chat n'avait pas raison et que finalement je perdais la mienne, je finis par regagner mes pénates, revenir chez moi. Enfin, ce que je considérais comme chez moi jusqu'à ce que...
La télé était éteinte. Rien n'avait bougé dans le salon. Le chat dormait toujours sur le sofa. Un jeu vidéo était posé sur la table basse encore enveloppé dans son cellophane avec le prix dessus, 49.90 euros.
Une bouteille de whisky trônait sur la table basse, vide. Dans le lit, à moitié bouleversé, l'image de Sybille qui dormait encore de son sommeil paradoxal, mit remit brusquement en mémoire les frasques de la veille.
Le lendemain, je retournai au micromania du coin et je remis le jeu dans les mains du vendeur qui me l'avait conseillé.
Je n'ai pas eu le courage de l'ouvrir.
Oui, le football est un fascisme.

Adrien de saint-Alban
2
0
11
6
Défi
LadyGresham
*Bruit de notification* - Message lu.
______________________________________
Je tiens à préciser que le @ mentionné, comme l'histoire, à été inventé.
4
4
0
4
Défi
Nicolas Raviere
Marathon Poétique 10/52


Encore un petit poème en prose cette semaine.
1 des 7 poèmes que j'ai écrits cette semaine pour le marathon. Les autres seront publiés plus tard.
8
18
3
1

Vous aimez lire Angèle & Compagnie ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0