21 - UNE NOUVELLE CHANCE (2/2)

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Tibérius les invita à entrer dans la demeure. Le hall aux cloisons décorées de colonnes en marbre blanc contrastait avec un carrelage au sol d'une teinte bleu minéral assez foncée. Des tableaux de peintres célèbres ornaient les murs et quelques statues de dieux aïdolariens aux regards figés conféraient une touche antique à l'ensemble. Ce fut dans un silence pesant que Lyra emboîta le pas au maire, sa main enserrée dans celle de son père, jusque devant une large porte de bois sombre finement sculptée.

— Par ici, je vous prie.

Ils pénétrèrent dans un cabinet d'allure somptueuse. Toujours blottie contre Allister, Lyra sentit son cœur s'affoler dans sa poitrine et ce fut avec un regard inquiet qu'elle détailla la richesse des lieux. Le soleil illuminait la pièce au travers d'immenses baies vitrées bordées de rideaux en velours pourpre et se reflétait sur des papiers peints ton crème. Des bibliothèques garnies de livres et de dossiers couvraient tout un pan de mur tandis qu'un splendide pupitre en chêne verni prenait place dans un angle. L'apparence soignée du bureau témoignait de la minutie du propriétaire et rien ou presque ne dépassait des rayonnages. Les lieux paraissaient trop beaux pour y être jugé.

Tibérius contourna son bureau et s'installa énergiquement sur son siège avant de reposer ses éternelles lunettes sur son nez bien trop crochu au goût de la jeune fille. Cette particularité lui donna l’envie de le surnommer « Bec d'aigle ». Amusée et satisfaite de ce sobriquet, elle attendit la décision du rapace dans le plus grand des silences.

Sire Bolkiah se gratta le menton, puis pressa ses mains l'une contre l'autre tout en fixant son assistance de son regard pénétrant.

— Bien, nous allons commencer cette entrevue. Savez-vous pourquoi vous êtes ici, mademoiselle Lyra ?

La concernée tressaillit devant le ton sec employé et, n'étant pas très sûre de sa version des faits, se contenta de hausser les épaules pour toute réponse. Face à cet étonnant silence, Tibérius cligna des yeux, les doigts toujours joints, et arqua un sourcil avant de se relever promptement de son siège.

— Je ne vais pas vous faire languir plus longtemps, entrons dans le vif du sujet.

Il gratifia son majordome d’un bref hochement de tête.

— Arthur, pourriez-vous nous servir du café, s'il vous plaît ?

— Tout de suite, Monsieur, acquiesça le domestique en se précipitant vers le couloir.

Le noble arpenta son bureau de long en large, les mains derrière le dos, tandis que ses talons claquaient sur le carrelage en grès ocre.

— Je voudrais avant tout vous remercier de nous avoir aidés à mettre les Red Skulls derrière les barreaux. Cela n'a pas été chose aisée, car ces brigands nous provoquaient beaucoup de soucis depuis longtemps et malgré mes sollicitations auprès de la capitale pour faire intervenir les forces impériales, je n'ai pas obtenu gain de cause. Heureusement, mon statut me donne le droit d'agir dans certaines circonstances, mais... il reste encore quelques membres de cette maudite guilde en liberté...

Le vieil homme ventru s'arrêta, puis fixa Lyra, les yeux plissés de doute.

— Et en ce qui vous concerne… Mademoiselle Lyra…

— Lomassac, Monsieur… mon nom est Lyra Lomassac, balbutia-t-elle.

— Mademoiselle Lomassac… vous avez été reconnue coupable de vols et de complicité avec ces voyous. Vous auriez dû être condamnée à cinq ans de prison ferme, mais votre acte de bravoure envers monsieur Estieral ici présent vous a permis d'alléger votre peine. Il est aussitôt venu me voir lorsqu'il a su que vous alliez être incarcérée et a plaidé en votre faveur.

Lyra trembla et sa gorge se serra d'appréhension. L'acte héroïque dont faisait mention Sire Bolkiah ne lui évoquait rien. Pourquoi Kyle avait-il décidé de l’aider ? La dernière image qu’elle gardait du dragonien était celle de lui avoir volé le pendentif pour la deuxième fois juste après leur duel et ensuite... c’était le flou total. Qu’avait-il bien pu se passer entre le moment où elle s'était enfuie et celui où elle s'était retrouvée menottée ? L'esprit de la jeune fille était confus. Elle avait beau essayer de se souvenir, sa mémoire lui refusait ce service. Elle jeta un coup d'œil discret vers Kyle. Celui-ci se sentit observé et croisa son regard avec un sourire en coin.

— Je vais donc rendre mon jugement, reprit Sire Bolkiah de sa voix rocailleuse. J’ai réussi à négocier avec le tribunal de Haute Instance de Lyumara pour l’allègement de votre peine, mais il y aura une condition.

Lyra déglutit et soudain, la poigne d’Allister se desserra autour de sa main. Il était devenu livide. Ses yeux papillonnèrent et il manqua de vaciller. Hayato réagit de suite et bondit pour rattraper le forgeron au moment où celui-ci allait basculer. Lyra paniqua et ses jambes manquèrent de se dérober à leur tour devant l’état préoccupant de son père.

— Papa ! Est-ce que ça va ?

— Ce n’est rien... haleta-t-il, essoufflé. C’est juste un vertige.

— Je l’emmène dehors prendre l’air, déclara Hayato, le visage rembruni.

Lyra acquiesça et réprima une larme d’angoisse. Allister lui adressa un mince sourire pour la rassurer, mais elle n’était pas dupe. La jeune fille voyait bien que sa santé se dégradait. Le vulpian soutint l’homme de son bras et l’aida à se redresser avant de le guider dans le hall. Lyra se sentit démunie, mais tressaillit lorsqu’une paume réconfortante se posa sur son épaule. Quand elle leva les yeux, Kyle la dévisageait avec compassion. C’était la première fois qu’il affichait cette expression, lui qui était toujours d’humeur hautaine ou moqueuse.

Derrière eux, Tibérius se racla la gorge, cachant difficilement son inquiétude.

— Il n’a pas l’air en forme, votre père... J’espère que tout ira bien pour lui. Bref, continuons si vous le voulez bien, vous pourrez le rejoindre ensuite.

Au même moment, Arthur réapparut, un plateau dans les mains avec plusieurs tasses remplies d’un café fumant qu’il déposa sur le bureau. Le maire hocha la tête en silence et le majordome disparut de nouveau dans le couloir. Tibérius désigna les boissons chaudes.

— Un café ?

Lyra refusa poliment sa proposition tandis que Kyle s’emparait d’un des récipients de porcelaine. La jeune fille aurait préféré boire un grand verre d’eau fraîche pour réhydrater sa gorge sèche. Elle réprima une grimace quand l’odeur écœurante de l’élixir noir agressa ses narines. Sire Bolkiah se saisit à son tour d’une des tasses sur laquelle il souffla avant d’en avaler un trait, puis la reposa.

— Pour en revenir à la condition, il y a plusieurs problèmes à régler. Dans un premier temps, il faudra vous créer des papiers d’identité, car votre père ne vous a malheureusement pas recensée dans le registre communal. Vous êtes donc considérée comme en situation irrégulière et sans affiliation familiale. Et au vu de la santé de ce dernier, je pense qu’il serait préférable de vous assigner à un autre tuteur en attendant...

— Quoi ? Comment ça ? s’insurgea Lyra. Vous n’allez quand même pas... ?

Les sourcils de Bec d’aigle se froncèrent davantage.

— Si vous voulez vraiment éviter la prison, vous n’aurez guère le choix. À compter de ce jour, monsieur Estieral deviendra votre nouveau tuteur. Une fois que vous serez régularisée, vous aurez bien entendu le loisir d’en changer, mais vous devez rester un an sous sa tutelle. Ceci correspond à la période de votre peine allégée. Maintenant, à vous de choisir de quelle façon vous souhaitez vous lier à lui : un contrat d’allégeance maître-esclave ou un mariage.

Kyle manqua de s’étrangler et un jet de café fut propulsé hors de sa bouche.

— A-attendez ! Vous n’êtes pas sérieux ? Vous ne m’aviez pas parlé de ça tout à l’heure ! aboya-t-il après avoir calmé sa toux.

— Parce que vous auriez certainement refusé mon offre, continua Tibérius après une nouvelle gorgée de son précieux liquide noir. Et puis, dois-je vous rappeler que vous avez agi sans mon autorisation ?

Le dragonien baissa les épaules, penaud, et resta muet.

— Après avoir eu la vie sauve, c’est la moindre des choses que vous puissiez faire pour cette jeune fille. À moins que vous ne préfériez la voir croupir en prison ?

— Non, bien sûr que non... maugréa Kyle, le regard fuyant.

Lyra crut cauchemarder. Oui, c’était sûrement un mauvais rêve dont elle se réveillerait bientôt. Elle ne serait pas incarcérée, mais deviendrait soit l’esclave soit la femme de cet idiot aux mèches rousses. La jeune fille n’avait rien contre la servitude si c’était pour échapper à la prison, et ce, malgré son aversion envers ce genre de pratique, mais il était inconcevable pour elle de se marier à un parfait inconnu. Et puis, qu’est-ce que Kyle pourrait bien lui apporter ? Un exterminateur à la mauvaise réputation et au caractère désagréable, qui plus était. Ce dernier était tout aussi embarrassé qu’elle devant cette situation incompréhensible et évitait son regard. Lyra avait cependant trop de questions à lui poser et ne pouvait nier le fait qu’il venait de lui sauver la mise. Ses poings se crispèrent, puis se détendirent. Elle avait désormais le choix entre une seconde chance de vivre normalement ou rester enfermée pour une longue période. La jeune fille se décida vite, mais voulait garder sa dignité. Elle se redressa avec un soupir, les épaules relâchées, et affronta le regard de Tibérius qui attendait sa réaction.

— C’est d’accord, j’accepte le contrat d’allégeance…

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