14 - LYRA (2/2)

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Hayden se rembrunit et joua avec ses doigts d’un geste nerveux avant de reprendre la parole, mal à l’aise.

— Je vais partir... Je vais m'enrôler dans l'unité spéciale d’extermination à Lyumara.

Lyra loupa un battement de cœur et ses lèvres s’arrondirent dans un bégaiement incontrôlé.

— Que... Quoi ? Mais... pourquoi ?

— Je sais, c'est un peu soudain, mais j'y réfléchis depuis un moment et hier soir j’ai pris ma décision. J’ai eu une proposition il y a quelques semaines. Le poste promet un excellent salaire. Le double de ce que je gagne ici, alors je vais accepter.

Lyra fixa Hayden d'un regard empli d'incompréhension et en lâcha sa lance qui tomba dans l'herbe à ses pieds. Une plaie béante se forma au fond de son cœur et le paysage autour d’elle se troubla. Il n’y avait plus qu’elle et Hayden. Pourtant, elle eut l’impression que le jeune homme s’éloignait pour s’effacer peu à peu. Elle allait se retrouver seule alors qu’ils avaient toujours été inséparables. C’était inacceptable. Ses mains tremblèrent et une boule se forma dans sa gorge.

— Tu ne peux pas partir ! rugit-elle. Tu ne peux pas me laisser comme ça ! Et ta famille ?

Le brun baissa la tête avec un air grave.

— Désolé, je voulais t’en parler plus tôt, mais j’avais peur de ta réaction.

La paume réconfortante d’Hayden se posa sur l'épaule de Lyra, mais cette dernière se déroba avec un grondement. Trop bouleversée pour dire quoi que ce soit, elle continua de fouler le sol de ses bottes et tourner en rond, les bras resserrés autour de sa poitrine. Les mâchoires crispées, la forgeronne oscillait entre colère et déception. Elle aurait tant aimé trouver les mots justes pour le dissuader, mais quand Hayden prenait des décisions, il était difficile de le faire changer d'avis.

— Ton père n'acceptera jamais que tu partes, murmura-t-elle sur un ton amer. Il t’en empêchera. Il veut que tu reprennes son commerce.

— Il est déjà au courant... Ça n’a pas été facile de le convaincre, mais il a fini par accepter, grommela Hayden.

Lyra détourna le regard, perturbée. Il lui faudrait du temps avant de digérer le départ de son ami. Ses yeux s’humidifiaient, mais elle ne voulait pas qu'Hayden la vît pleurer. Après s’être recomposé un visage faussement serein, elle se risqua à lui poser la question tant redoutée.

— Tu pars quand ?

— À la fin du mois, dernier délai, mais le plus tôt sera le mieux...

Un coup de hache lui fendit le cœur. Submergée par le chagrin, elle ne put empêcher les larmes de ruisseler sur ses joues et son corps trembla. Elle chancela sous le poids de l'amertume tandis que deux bras la rattrapaient pour l'enlacer très fort.

— Lyra, pardonne-moi... Je ne voulais pas te faire de peine...

— Je ne veux pas que tu partes. Je ne veux pas que tu ailles là-bas, sanglota-t-elle avec désespoir.

Hayden rompit son étreinte et planta ses yeux d'un vert intense dans les siens. Lyra avait toujours aimé admirer cette teinte qui lui rappelait celle des prunelles d’un chat. Même si Hayden n’était qu’un métis, elle adorait chez lui ce petit côté félin hérité de son père mérien.

— Je reviendrai de temps en temps, je t'en fais la promesse.

— Mais, et ta maladie ?

Le jeune homme lui montra alors un flacon rempli de comprimés qu’il sortit de sa poche : un traitement qu’il prenait quotidiennement depuis son jeune âge pour soigner ses problèmes cardiaques.

— J’ai toujours mes médicaments sur moi, je ne risque rien.

— Et si tu te faisais kidnapper ou enfermer ?

— Je vais bosser en tant qu’exterminateur, qui voudrait me kidnapper ? Ces gros monstres qu’on doit tuer tous les jours ?

Lyra fixa Hayden droit dans les yeux, les lèvres tremblantes. Elle n'avait d'autre choix que d'accepter sa décision, même si ça lui brisait le cœur. Il essuya une énième larme du pouce tandis que la jeune fille fermait les paupières sous ce contact apaisant et chaleureux.

— Écoute, si tu veux, une fois que je serai bien installé, tu n’auras qu’à me rejoindre.

La forgeronne cligna des yeux de surprise sous la séduisante proposition. Elle aurait tant aimé pouvoir le suivre, mais la maladie de son père la ramena à la réalité. Elle baissa la tête, dépitée.

— Hayden, j’adorerais, mais...

— Je sais, tu as peur pour ton père. Mais ne t’inquiète pas. Ma famille s’occupera de lui s’il le faut, il ne sera pas seul. Tu pourras te trouver un travail qui te permettra de gagner assez d’argent pour lui payer un médecin. Ensuite, toi et moi... on pourrait vivre ensemble et se... marier ?

Alors qu’elle ramassait sa lance, Lyra la laissa échapper de nouveau sous la surprise. Elle ne s'attendait pas à ce qu’Hayden lui fasse une telle demande. Elle resta figée quelques longues minutes à dévisager le jeune homme d’un air ahuri avec la sensation que sa mâchoire allait se décrocher.

— Ça fait longtemps qu’on sort ensemble en cachette toi et moi. Je pense qu’il serait peut-être temps de tout avouer à nos parents, tu ne crois pas ? reprit-il avec un haussement d’épaules.

Lyra resta muette. Elle devait digérer le départ de son ami et réagir à sa proposition. Cela faisait beaucoup de choses à assimiler. Depuis leur rencontre à Chateauneuf huit ans auparavant, les deux enfants étaient devenus inséparables. Ils avaient voyagé ensemble avec leurs parents pour finir par s’installer dans cette région reculée et calme de l’empire d’Aïdolara. Avec le temps, l’amitié s’était transformée en un sentiment plus fort entre la jeune fille et le métis. Elle ne pouvait oublier tous ces moments passés avec lui. La forgeronne se voyait tout à fait partager sa vie avec lui un jour, mais le destin en avait décidé autrement.

Lyra finit par sortir de sa stupeur et dans un élan de désespoir, elle s’accrocha au cou d’Hayden. Ce dernier la dépassait d’une bonne tête et même dressée sur la pointe des pieds, elle peina à sceller ses lèvres aux siennes. Il pouffa de rire avant de la soulever dans ses bras pour l’aider à atteindre son but.

Le baiser dura de longues minutes pendant lesquelles elle laissa libre cours à sa passion. Son sang palpitait dans ses veines alors que leurs deux langues se caressaient dans un ballet voluptueux. Fébrile, elle rompit leur étreinte pour plonger ses deux rubis dans les émeraudes de son compagnon tandis qu’elle jouait avec les mèches de sa nuque.

— Je peux pas te donner de réponse tout de suite. Il faut que j’y réfléchisse.

Le jeune homme acquiesça et s’empara de nouveau de sa bouche. Lyra aurait voulu que cet instant durât éternellement. Son corps s’échauffa lorsqu’Hayden la coucha dans l’herbe tout en caressant sa peau, mais la voix d'Allister au loin coupa aussitôt les ébats des deux tourtereaux.

— Bon, je crois que je vais devoir y aller, soupira Lyra avec une déception perceptible au visage.

Le brun acquiesça avec une grimace et l’aida à se relever. Après avoir rappelé Oz, ils retournèrent ensemble jusqu'à la forge. Quelques mètres avant celle-ci, Hayden bifurqua pour rentrer chez lui après avoir échangé un dernier baiser furtif, mais passionné. Elle le regarda partir avec un pincement au cœur et rejoignit son père dans la cuisine.

Celui-ci s’énervait contre son briquet pour allumer sa cigarette avant de suspendre son geste quand il remarqua ses yeux rougis.

— Ça va ? On dirait que tu as pleuré !

— Hein ? Ah, non, non... mentit-elle avec un sursaut avant d’avouer la vérité. En fait, si...

Allister fronça les sourcils.

— Je t'ai entendu parler avec Hayden juste avant que tu rentres, il s’est passé quelque chose entre vous ?

— Non, rien de spécial...

Lyra se sentit mal à l'aise et se trémoussa avec nervosité, le regard fuyant. Elle hésitait à révéler à son père ce dont Hayden lui avait parlé, aussi resta-t-elle muette sur ce sujet et se servit un verre d’eau pour rafraîchir sa gorge sèche.

— Une idée m’est venue à l’esprit l’autre jour... continua le forgeron. Hayden est un brave garçon. Il est dévoué, intelligent, cultivé et issu d'une famille aux origines nobles. De plus, il reprendra très certainement le commerce de son père et donc je pensais qu'il aurait pu faire un époux convenable pour toi...

Lyra but une gorgée, mais manqua de s’étouffer devant un tel aveu. Prise d’une horrible quinte de toux, la main d’Allister lui tapota le dos.

— Hé ! Ça va ?

La jeune fille continua de tousser quelques minutes, la gorge en feu, puis se redressa, haletante, les yeux larmoyants.

— C'est déjà fait, hoqueta-t-elle.

Le forgeron haussa un sourcil.

— Déjà fait ? Quoi donc ?

Lyra hésita quelques secondes, mais à quoi bon cacher la vérité ?

— Hayden et moi, nous sommes ensemble.

Le visage anxieux d’Allister se dérida et un sourire l’illumina.

— Mais... c'est merveilleux, ma chérie ! Je suis tellement content pour toi !

Allister allait la serrer dans ses bras, mais Lyra l’arrêta d’une main. Sa gorge se noua et elle inspira un grand coup pour réprimer ses larmes.

— Ne t’emballes pas trop vite. Il va partir à Lyumara pour rejoindre une unité spéciale d’exterminateurs.

— Quoi ?! s'étrangla le forgeron. Mais, je croyais qu'il devait reprendre le magasin de Lucian et...

Lyra secoua la tête et expliqua alors toute l'histoire à son père. Ce dernier s'affala sur une chaise, déconcerté.

— Ça doit être un coup dur pour sa famille qui comptait sur lui... et ma santé se dégrade de plus en plus. J'ai peur qu'un jour tu te retrouves seule. Je pense que tu devrais accepter sa proposition et partir avec lui. De toute façon, tu réussiras mieux ta vie là-bas plutôt que de rester dans ce trou paumé et il saura te protéger mieux que moi.

— Mais je ne peux pas te laisser tout seul ! protesta la jeune fille. Qui s’occupera de tes soins ?

— Ne t’inquiète pas pour moi. Je suis sûr que Lucian et Éva se feront un plaisir de me materner, plaisanta-t-il.

Lyra esquissa un léger sourire et avisa l’heure sur la grande pendule en bois. Il était bientôt midi, mais son estomac n’avait pas l’air très enclin à avaler le moindre repas après ces émotions. Aussi s'empara-t-elle juste d'un petit pain avant de se diriger vers la porte sous le regard interrogateur d’Allister.

— Tu ne restes pas manger ?

— Non, je n’ai pas très faim et il faut que je retourne m’entraîner un peu.

— Pour le duel de ce soir ?

— Oui.

— C’est avec le garçon de l’autre jour ?

Lyra hocha la tête, mais remarqua, intriguée, le regard de son père s’assombrir.

— Fais très attention à toi, ce n’est pas n'importe qui.

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