14 - LYRA (1/2)

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Lyra, 11/7/2606, forge de Dabéorn

Lyra se réveilla dans son lit en sursaut pour la énième fois depuis plusieurs jours. Elle se frotta les yeux et resta assise quelques minutes avec un air hagard, le souffle court. La jeune fille tentait de comprendre la signification de cet étrange cauchemar qu’elle faisait chaque nuit dans lequel d’immenses monstres noirs la poursuivaient sans cesse. Elle ignorait à quoi ils étaient dus, mais ces songes inquiétants avaient commencé à se manifester juste après sa rencontre avec l’imbuvable exterminateur. Était-ce là un hasard ?

Lorsqu’elle tourna la tête vers sa table de chevet, sa pendule affichait déjà 10h20. Elle s'étira de tout son long en faisant craquer ses doigts de pieds, puis se leva avant de revêtir un débardeur rose à motifs blancs, son préféré, et un pantalon cargo à moitié rapiécé. Lyra n'était pas le genre de fille à se pomponner comme les autres villageoises de son âge, et pourtant son joli minois aux fascinants yeux rouges attirait les prétendants. Nombreux s’étaient vu éconduits après lui avoir fait des avances, car la belle n’était pas de celles qui aimaient conter fleurette auprès des hommes. Son caractère belliqueux, sans compter son penchant pour la boisson, refroidissait très vite les ardeurs des plus téméraires.

Pendant qu'elle terminait de s'habiller, le reflet de son miroir lui renvoya l'image d'une jeune fille de petite taille. Du haut de son mètre cinquante-deux et malgré ses dix-huit printemps, on la prenait encore pour une adolescente de treize ou quatorze ans. C'était l’un des détails qui la complexait le plus, car les adultes ne la prenaient pas au sérieux et cet inconvénient lui fermait bon nombre de portes dans le domaine professionnel.

Lyra commença ensuite à s’occuper de sa toilette, mais grimaça lorsque le démêlage fastidieux de sa longue chevelure indisciplinée se présenta.

— Une chose est sûre, c’est que ce soir, je n’oublierai pas de me refaire une natte... marmonna-t-elle alors qu’elle s’acharnait sur sa brosse.

Lyra chercha ensuite son éternelle écharpe noire et la trouva, lovée sur le lit.

— Hé ! Debout Oz ! On se lève ! siffla-t-elle.

La curieuse étoffe en fourrure s’anima et releva une tête surmontée de deux oreillettes. Ses yeux ronds clignèrent avant de se poser sur la jeune fille. L’étrange créature s’ébroua et rampa le long du bras de sa maîtresse pour s’enrouler autour de son cou. Lyra caressa le doux pelage et Oz ronronna aussitôt de contentement.

Son intrigant ami l’accompagnait depuis quelques années, mais elle ignorait ses origines. La forgeronne n’avait aucun souvenir de leur rencontre, car elle souffrait d’épisodes amnésiques partiels, mais avait finit par conclure qu’ils avaient peut-être toujours été ensemble. Elle était donc incapable de savoir ce qu’était exactement Oz, bien que la question tournât encore en boucle dans sa tête. Un jour, c’était certain, elle réussirait à élucider les secrets de son petit compagnon.

Ensemble, ils se dirigèrent vers la fenêtre pour ouvrir les volets. Dehors, le soleil étincelant annonçait encore une belle journée, mais l'air matinal sembla plus frais, car Lyra remarqua son haleine dessiner un nuage de vapeur. Une petite brise agitait les feuillages aux riches nuances. Ces derniers commençaient à quitter la ramure des arbres et formaient au sol des tapis multicolores.

— Ça va bientôt être l’automne, constata-t-elle avec un sourire.

La forgeronne s'accouda sur le rebord de sa fenêtre, pensive. Elle écouta le gazouillis des oiseaux, unique bruit de fond dans cette ambiance paisible, et caressa son compagnon. C'était le jour de son duel et elle s’était entraînée toute la semaine, bien décidée à faire payer l’humiliation que le vil exterminateur lui avait fait subir.

— Dommage qu’il soit aussi rustre, parce qu’il est mignon sinon, souffla-t-elle avec dépit. J’ai rarement vu des yeux pareils. On aurait dit des galaxies ! Ce type ne doit pas être humain...

Oz redressa la tête et fixa Lyra d’une œillade accusatrice.

— Mais non, t’inquiète pas ! Je vais pas tomber amoureuse de cet abruti ! Tu sais très bien que c’est Hayden que j’aime.

À ces paroles, Lyra se plongea dans ses pensées et aussitôt le visage du beau brun lui apparut avec ses yeux pareils à deux émeraudes et son sourire craquant. À la simple vue du jeune homme, le cœur de Lyra fondait comme neige au soleil. Oz continuait de la scruter de son regard pénétrant. La créature n’avait pas l’air convaincu.

— Mais arrête un peu de faire cette tête ! En plus, je me souviens même plus de son nom, se justifia la jeune fille avant de sentir les protestations de son estomac. Bon, allez, un petit déjeuner et entraînement !

Lyra descendit à la cuisine, mais à sa grande surprise, son père était absent. Inquiète, elle se hasarda à regarder dans l'atelier.

— Papa ? Tu es là ? appela-t-elle.

Aucune réponse. Elle revint sur ses pas et une note posée sur la table attira son attention :

« Je suis parti prendre un café chez Claudia, je serai de retour dans la matinée. »

Lyra soupira de soulagement. Au moins, il n’était pas loin, et le savoir en visite chez une de leur voisine la rassura.

Après avoir avalé son chocolat et un petit pain, la forgeronne se rendit là où elle avait l'habitude de s’entraîner ou se prélasser : une clairière bordée de sapins située à une cinquantaine de mètres de sa demeure. Leurs ramures aux épines d'un vert foncé, dont elle aimait humer le parfum boisé, tranchaient avec les nuances chaudes des feuillus et donnaient au paysage l'apparence d'une nature morte. L'automne restait sa saison préférée et elle adorait observer les arbres se transformer au fil du temps.

Quand Lyra arriva sur son lieu d’entraînement fétiche, Oz descendit de son cou pour ramper jusqu’à un coin d’herbe baigné de soleil et s’étendit de tout son long pour paresser. Pendant ce temps, la jeune fille faisait le vide dans son esprit et se concentrait. Elle dégaina son poignard, qui scintilla pour prendre la forme d'une lance, puis enchaîna diverses figures d’attaque, de défense et d’esquive. Personne ne rivalisait avec elle au combat dans le village, hormis Hayden qui demeurait invaincu.

Tandis qu’elle continuait ses arabesques, la petite guerrière détecta une présence derrière elle et pivota. Son arme tournoya entre ses mains et au moment de frapper l'intrus, ses yeux s'arrondirent et elle sursauta. La pointe de sa lame s'arrêta à quelques centimètres du visage blême de son meilleur ami. Le cœur battant à cent à l’heure, Lyra abaissa immédiatement sa lance avec un regard qui se voulut sévère.

— Hayden ? Préviens-moi quand tu arrives, espèce d'idiot ! Pour un peu, tu finissais embroché ! bredouilla-t-elle, le bras encore tremblant.

Le jeune homme au teint livide s'était reculé de justesse et soupira de soulagement.

— Désolé. Tu continues de t'entraîner pour ton duel ?

— Oui, pourquoi ?

— Juste comme ça...

Lyra se radoucit, soulagée de ne pas avoir blessé son compagnon qui se rapprocha d’elle. Il prit une de ses mains dans la sienne et un sourire finit par étirer les lèvres de la brune. Hayden Leonheart était comme une drogue dont la jeune fille ne pouvait plus se passer. Ses cheveux noirs rebelles et son teint mat mettaient à chaque fois le cœur de Lyra en émoi et tandis qu’elle admirait son beau visage, des papillons dansaient dans son ventre lorsqu’elle respira l’odeur capiteuse qui émanait de ses vêtements.

« Toujours ce parfum enivrant... » pensa-t-elle en se mordant la lèvre, les yeux pétillants.

Hayden aurait aimé partager la même expression que sa petite amie, mais son regard devint légèrement fuyant.

— En fait, je te cherchais. J'ai quelque chose à te dire, reprit-il.

La forgeronne haussa un sourcil d'appréhension. Elle n'aimait pas quand il adoptait cette attitude et commençait à redouter le pire. Son estomac se noua et elle se figea.

— Ah... ?

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