13 - AUJOURD'HUI ET POUR TOUJOURS (2/3)

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Duncan et Vaemar défièrent Kaaleas et Alyria dans une course contre la montre. Le dragonien tira sur les épines de sa monture pour la faire obliquer, bien décidé à ne pas laisser sa rivale gagner. Enfant, il adorait se lancer dans ce genre de défis avec elle et ses frères, mais malgré leur rapidité, il était impossible pour des dragons d'atteindre Astoria. Le jeune homme aimait voler. C'était sa plus grande passion et la sensation du vent qui lui fouettait le visage lui prodiguait un sentiment de liberté infinie et de symbiose parfaite avec son partenaire. Dans ces instants, il oubliait tous ses tracas ainsi que ses responsabilités de roi. Il redevenait Duncan.

Assis sur le dos de l'imposante bête, l'étendue d'écailles miroitantes lui donnait l'impression d'être un grain de sable perdu au sein de cette immensité dorée. Les cornes du dragon, situées à plusieurs bons mètres devant lui, se démarquaient à peine de sa crête tandis que les extrémités de ses ailes étaient difficilement perceptibles tant ces dernières s'étiraient à perte de vue. Seul le claquement qu'elles produisaient en fouettant l'air parvenait aux oreilles de son cavalier. Si Vaemar était un animal de taille colossale, il était pourtant loin d'avoisiner la stature d'Aleiron, presque deux fois plus grand que lui.

Le dragon doré n'eut aucune peine à distancer sa cadette qui tentait de le talonner. Duncan jeta un coup d'œil en arrière et ricana lorsqu'il sentit sa victoire proche. Alyria était bien trop loin derrière lui et avait peu de chances de gagner.

— Plonge droit vers l'horizon, elles ne doivent pas nous rattraper, lança-t-il à son ami.

« Pas de problème ! » répondit le dragon d’une voix rocailleuse.

Vaemar fondit tel un rapace droit vers l'océan après avoir replié ses ailes. Duncan dut resserrer son étreinte pour ne pas être désarçonné par la vitesse, mais cette dernière ne l'impressionnait pas. Il avait volé tant d'heures sur le dos de son dragon qu'il était devenu un cavalier hors pair et même Alyria n'avait pas autant d'expérience que lui. Pourtant, arrivé au-dessus de la mer, Duncan hasarda un énième regard en arrière et constata à sa plus grande stupéfaction que Kaaleas les suivait sans difficulté. Le roi pesta avec une grimace déconfite et pressa Vaemar d'accélérer la cadence. La dragonne aux écailles de platine restait certes jeune, mais plus agile que son aîné grâce à l’élément magique auquel elle était liée : le vent. Elle réussit à le rattraper et les deux reptiles planèrent côte à côte au ras de l'eau, s'amusant à fendre les vagues de leurs serres.

Duncan et Alyria échangèrent un sourire de défi. Le cœur du jeune homme se gonfla d'excitation devant cette impression de retourner en enfance. Le disque rougeoyant de l'astre solaire s'amenuisait au fur et à mesure qu'ils s'en approchaient et bientôt la clarté s'estompa lorsqu'il disparut.

— Encore raté ! hurla Alyria pour se faire entendre.

— Oui, ce sera pour une prochaine fois ! clama Duncan avec un haussement d'épaules.

La course terminée, ce fut avec une déception non cachée qu'il intima à Vaemar de reprendre de l'altitude avant de retourner en direction du château. Duncan aurait préféré ne jamais quitter les cieux. Son sang palpitait encore suite à ce jeu excitant, mais il devait revenir à la réalité. Rentrer pour rejoindre cette fête ennuyeuse et supporter tous ces gens qui ne gravitaient autour de lui que par intérêt l'agaçait. Il aurait cent fois préféré rejoindre l’ambiance silencieuse de son laboratoire ou de sa chambre.

Au bout de quelques minutes de vol, Duncan remarqua qu'Alyria ne le suivait pas. Intrigué, il se retourna et l’aperçut au loin conduire Kaaleas vers une petite île au sud. Curieux, il empoigna plus fermement les épines de Vaemar.

­— Fais demi-tour.

Le dragon acquiesça d'un grondement appréciateur signe d’une réticence réciproque à regagner Néo Dragonia et, d'un gracieux mouvement d'ailes, fit volte-face. Ils ne tardèrent pas à rejoindre leurs partenaires et Vaemar se posa au sommet des hautes falaises, juste à côté de Kaaleas qui chuinta en guise d'accueil. Leurs cavaliers se laissèrent glisser le long de leurs flancs avant d'atterrir dans l'herbe asséchée par les vents marins.

À peine les dragonniers foulèrent-ils le sol que les deux créatures reprirent leur envol pour se lancer dans une nouvelle course plus qu'amicale. Elles poussaient de temps à autre des feulements sourds qui résonnaient dans le ciel et le battement de leurs ailes s'entendait à plusieurs centaines de mètres. Alyria observait leur ballet amoureux tandis qu'au loin, la clarté laissait place au crépuscule. Duncan déglutit avec nervosité. Ils étaient enfin seuls, avec pour compagnie, le souffle du vent et le bruit des vagues se fracassant plus bas sur les rochers. Alyria se tourna vers lui avec gaieté.

— Ça faisait longtemps que nous ne nous étions pas amusés ainsi... Ça me rend heureuse de pouvoir partager des moments comme ça avec toi.

Les prunelles de Duncan s'embrasèrent alors de joie tandis que ses lèvres s'étiraient en un sourire des plus ravageur.

— Je savais que cela te ferait plaisir.

Il passa derrière elle pour l'enserrer de ses bras forts tandis qu'il respirait le parfum suave qui s'échappait du creux de son cou, les yeux fermés.

— Je suis désolé de ne pas avoir été plus présent pour toi ces derniers temps. J’ai été très occupé, mais je te promets de faire des efforts à l’avenir.

— Ne t’excuses pas, le coupa Alyria sur un ton vif. Je sais que tu tiens beaucoup à ta mère et que ton souhait le plus cher est de la ramener à la vie. Je ne t’en veux pas.

Apaisé et rassuré, Duncan déposa de tendres baisers le long de sa gorge avant de la mordiller, puis redescendre sur son épaule. Alyria soupira d'aise à ce contact et rejeta sa tête en arrière. Des doigts s'aventurèrent bientôt dans le décolleté et commencèrent à masser la généreuse poitrine. Alyria poussa un faible gémissement, puis se retourna. La jeune femme se retrouva collée contre lui et s’empara de sa bouche. Emporté par la passion, Duncan devint plus pressant dans ses caresses. Une de ses mains passa sous le fin tissu de la robe, mais quand il atteignit les hanches d'Alyria, celle-ci rompit le baiser, haletante. Troublé et euphorique, le souverain plongea ses prunelles de cuivre dans les siennes tandis que son pouce se promenait sur ses lèvres charnues étirées en un sourire espiègle.

— Tu t'es ramolli avec le temps ! Pourquoi n'as-tu pas fait appel à Aleiron pour ce défi ? C’est un dragon de foudre, il aurait été plus rapide que Vaemar.

Duncan fut décontenancé par ce revirement de situation. Il n'avait qu'une envie à ce moment, s’unir charnellement à la femme qu'il aimait, et cette dernière venait de gâcher l'ambiance. Déconfit, le désir redescendu au niveau le plus bas, le roi rompit leur étreinte pour se diriger vers une petite cavité formée dans le large tronc d'un arbre de lune.

Là, il s'assit contre la paroi d'écorce avec une mine sombre, la mâchoire crispée, tandis qu’Alyria le rejoignait, le sourcil haussé. Le regard perdu face au sol, la semelle d'une de ses bottes frottait l'herbe d'un geste frénétique.

— Aleiron est mourant, lâcha-t-il, la gorge nouée.

Alyria resta sans voix et s'agenouilla face à lui, une main posée sur les siennes. La paume chaude et réconfortante de la jeune femme l'apaisa et il releva les yeux sur elle avec une peine non mesurée. Duncan aurait aimé ne pas avoir à lui annoncer cette mauvaise nouvelle le jour de leurs noces, mais il n'en avait guère le choix. Elle l'aurait découvert tôt ou tard.

— C’est Vaemar qui m’a fait part de la triste nouvelle. Il ne se nourrit plus et ne sort plus.

— Dunk, Aleiron a appartenu à plusieurs rois avant toi. Un dragon n'est pas immortel et comme tout être vivant, il doit un jour disparaître.

— Je sais, mais j'ai peur qu’Aïdolara voit sa disparition comme une opportunité pour se liguer avec d’autres pays et tenter de...

Duncan n’acheva pas sa phrase. Un index doux et froid se posa sur ses lèvres et il écarquilla les yeux de surprise devant le regard franc et chaleureux d'Alyria.

— Nous avons encore deux dragons, sans compter les futurs œufs qui écloront. Vaemar n'a peut-être pas la taille d'Aleiron, mais il est capable à lui seul de réduire une ville à néant s’il le faut. Un dragon ne montre jamais ses faiblesses, alors ne me déçois pas. Tu es le Roi Dragon, Duncan, alors comporte toi comme tel !

Les iris cuivrés de Duncan s'illuminèrent suite à de telles paroles. Son manque de confiance en lui, qui jusqu'à présent le dominait, s'effaça pour laisser place à une détermination farouche.

— J'ai consenti devant notre déesse de te protéger et de te rendre heureuse jusqu'à la fin des temps alors je m'y tiendrai. Alyria, tu es la personne la plus importante à mes yeux et jamais je ne cesserai de t'aimer.

— Je t'aime aussi, Duncan.

— Je réussirai à mener à bien ce projet pour remonter le temps et je changerai le passé. Je sauverai ma mère et tout redeviendra comme avant. Je t’en fais la promesse et ensemble, nous perpétuerons la race des dragons, décréta-t-il, certain de ses convictions.

Alyria acquiesça en silence et caressa la joue de son époux de sa main douce et fraîche.

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