13 - AUJOURD'HUI ET POUR TOUJOURS (1/3)

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Duncan, 10/7/2606, salle du trône, château de Néo Dragonia

Le repas fut d'un profond ennui pour Duncan. Guère friand des réunions mondaines et mal à l’aise au contact de la foule, il dut supporter à contrecœur toute cette mise en scène. Les joues gonflées, il poussait un soupir lorsqu’il réussissait à obtenir un maigre instant de répit. Enfoncé au fond de son trône, le monarque remerciait, avec un sourire forcé, les seigneurs venus le féliciter d’une poignée de main. Réservé et solitaire depuis l’enfance, ce genre de cérémonial ne l'intéressait pas aussi le dragonien n'attendait qu'une chose : être enfin seul avec Alyria et consommer son mariage.

Duncan jeta un œil à cette dernière, en pleine conversation avec d'autres femmes. Elle s'était changée et avait opté pour une robe sirène en mousseline bleu roi fendue sur le côté jusqu’à mi-cuisse. Le vêtement soulignait à la perfection ses généreuses courbes et dévoilait un prestigieux dos nu.

Le monarque ne put empêcher ses joues de s’empourprer devant cette magnifique créature digne d’une divinité. La voir ainsi radieuse et enjouée le rendit un peu plus souriant. Rien ne lui faisait plus plaisir que de la savoir heureuse. Quand Duncan n'était pas enfermé dans son bureau avec ses conseillers pour établir des plans de guerre inintéressants, Alyria était bien la seule à pouvoir illuminer son quotidien.

Zathias se posta à ses côtés et lui proposa du vin qu'il accepta volontiers.

— Finalement, cette cérémonie s'est plutôt bien déroulée, chuchota-t-il.

— Oui, mais je ne peux m'empêcher d'avoir l'impression que les gens ici parlent sur moi. Ils doivent se dire « Oh mon Dieu ! Vous avez vu ? Le roi est un infirme ! Un dragonien avec une seule aile, quelle honte ! » Je n'ose même plus leur adresser la parole après cette humiliation... marmonna Duncan avec la plus grande discrétion.

— Je crois que tu t’inquiètes pour rien. Regarde-les ! Chacun mange, boit et rit dans la bonne humeur. Personne ne parle de toi ni de ce qu'il s'est passé plus tôt. Arrête donc de voir le mal partout ! Tu es le roi, tu es tout puissant même si tu n'as qu'une...

— Je ne compte pas rester longtemps avec une seule aile... le coupa Duncan avec une mine sombre et la main levée.

Le regard de Zathias s'illumina.

— Oh ? Tu l’as terminée ?

Duncan opina en silence tout en buvant une gorgée de son vin.

— C'est une excellente nouvelle !

— Oui, mais ce n’est encore qu’un prototype...

Le souverain tourna ensuite la tête vers son garde royal posté juste à sa gauche. L'homme d'acier se tenait droit, stoïque, et contemplait l'assemblée, caché derrière son masque de mort.

— Soul, veux-tu goûter un peu de vin ? C'est un très bon cru ! lui proposa-t-il.

Il n'eut que pour seule réponse un heaume qui s'agita négativement dans un cliquetis de métal. Duncan afficha une moue boudeuse et échangea un regard décontenancé avec Zathias qui haussa les épaules avec une grimace.

Lassé de tous ces faux semblants, le monarque se leva d'un bond et posa son verre avant de marcher d'un pas assuré pour rejoindre sa dulcinée. Il avait besoin d’être auprès d'elle. Alyria devina sa présence, puis se retourna vers lui avec un sourire tandis que ses trois jeunes interlocutrices se retiraient dans une gracieuse révérence. Elles ne manquèrent pas de dévorer du regard le royal apollon avec une pointe de jalousie envieuse envers leur souveraine. Duncan les observa avec un sourcil haussé, mais tout en restant courtois, leur adressa un hochement de tête cordial. Il reporta alors son attention sur sa belle et lui proposa son bras.

— Veux-tu marcher un peu ?

Alyria acquiesça et y apposa sa main avant de l'entrainer en direction de l'immense baie vitrée donnant sur la grande terrasse. Cette dernière, recouverte de carrelage en marbre blanc, se teintait des reflets rose orangé de l’étoile déclinante. Côte à côte, ils se promenèrent loin du tumulte des conversations ennuyeuses et vinrent s'appuyer aux balustrades. Tout était beaucoup plus calme ici. Alors qu'Alyria contemplait la vue qui s'offrait à elle, Duncan la détailla d'un regard bienveillant et envieux. Les diamants de son collier brillaient de mille feux face à l’astre solaire et une multitude de projections lumineuses dansaient sur le cou de la jeune dragonienne. Un cou que le roi rêvait de couvrir de baisers et de mordiller. Le vent agitait quelques mèches folles autour de son visage parsemé de taches de rousseur et, de ses doigts, Duncan en saisit une pour la lui glisser derrière l'oreille.

Alyria posa ses prunelles d'or vif sur lui et le scruta à son tour avec un chaleureux sourire. Duncan aimait se plonger dans son regard franc et honnête. Si la reine faisait preuve d'une personnalité douce et conviviale au premier abord, elle pouvait cependant se révéler sous un tout autre jour lorsqu'elle était contrariée. Duncan s'était déjà attiré ses foudres par le passé et ce simple souvenir lui déclencha un rire incontrôlé.

— Qu'y a-t-il d'amusant ?

— Oh rien, je me rappelais juste certaines choses de notre enfance, répondit-il avec un mince sourire. Alors, on fait amie-amie avec les dindes de la haute société ?

— Duncan ! s'écria-t-elle, indignée. Quand on est roi, on ne parle pas de cette façon !

Le dragonien s'esclaffa.

— C'est vrai, je m'en excuse. J'ai mentionné des dindes, mais j'aurais plutôt dû dire des vautours ou des hyènes ! Elles me convoitent comme si j'étais un vulgaire morceau de viande !

Alyria le regarda d'un air outré, mais put difficilement résister au sens de l'humour de son époux.

— Quelle idée d'être aussi beau ? C'est un crime de séduire toutes les femmes avec son apparence ! Je pense que l'on devrait te punir pour ça ! pouffa-t-elle.

Duncan plissa les yeux et afficha un sourire carnassier avant de l'enlacer.

— Oh, vraiment ? Tu me ferais ça ?

— Quel autre choix aurais-je hormis celui de te cacher à la vue de toutes ces femmes qui ne désirent qu'une seule et même chose ?

Duncan réprima un rire, puis la rousse reprit avec un air sombre.

— Tu es mon époux, tu es à moi et celle qui osera te faire la cour n'est pas encore née... ou alors, je lui ferai regretter.

Surpris, le jeune homme dévisagea Alyria avec des yeux ronds. Il ne s'attendait pas à tant de détermination de sa part et en fut impressionné.

« Un vrai dragon ! » songea-t-il, amusé.

Il la rapprocha tout contre lui, un bras autour de sa taille. S’il n’était pas toujours très bavard, Duncan manifestait ses émotions par la gestuelle. De sa main, il soutint son menton et déposa un baiser sur ses lèvres. Alyria ne mit pas longtemps à lui répondre de manière plus fougueuse. Le cœur du dragonien cognait si fort sous son torse que sa bien-aimée devait certainement l'entendre et il ne tarda pas à ressentir tout son corps s'embraser de désir. Un problème persistait : ils demeuraient encore en compagnie de tous les invités.

Il rompit leur baiser, à bout de souffle, les joues rosies, et constata au loin l'horizon rougeoyant avec une mine amère. Alyria suivit son regard.

— Le soleil va bientôt se coucher... murmura-t-elle.

À ce moment-là, Duncan ne sut pourquoi, mais la réplique d'Alyria lui provoqua un déclic. Un mince sourire malicieux étira ses lèvres et suscita un haussement de sourcil de sa reine.

Le cœur encore battant, sans un mot, il se défit de son étreinte et se dirigea vers l'entrée de la salle du trône d'un pas hâtif. Là, il héla un valet qui accourut aussitôt et lui confia sa couronne. Il se dévêtit ensuite de sa cape et de son manteau de cérémonie, puis connecta son esprit à celui de Vaemar avant de revenir auprès de sa femme. Il lui adressa son plus beau sourire tandis que ses prunelles cuivrées s'illuminaient d'une note de malice.

— As-tu envie de t'amuser un peu ?

Alyria l'observait avec des sourcils froncés, mais le jeune homme allait vite lui faire comprendre. En prenant son élan et d'un geste souple, Duncan escalada la balustrade en pierre sculptée et se tint debout en équilibre, dos au vide.

« Trois, » commença-t-il à compter dans sa tête.

Le visage d'Alyria devint livide.

— Dunk ! Mais enfin qu'est-ce que tu fais ? s'écria-t-elle en l'appelant par son surnom.

Duncan se contenta de lui répondre par un sourire narquois et s'amusa à se balancer d'avant en arrière pour angoisser la jeune femme.

« Deux. »

— Arrête ça ! Tu sais très bien que dans ton état tu ne peux plus voler ! Redescends ! lui ordonna-t-elle.

« Un. »

— En es-tu vraiment sûre ?

Alyria lui lança un dernier regard désespéré tandis que le compte à rebours mental se terminait.

« Zéro. »

Le monarque lui adressa un dernier sourire lorsqu'il sentit enfin la présence de celui qu'il attendait. Il se jeta dans le vide sous le hurlement d'Alyria qui se perdit dans un écho lointain. Le dragonien ne tomba pas bien bas : il atterrit sur une immense masse de chair mouvante et bientôt, se retrouva assis sur un dos écailleux. Satisfait, il tapota la base du cou de Vaemar pour le remercier de sa complicité. La créature poussa un rugissement rauque et remonta son cavalier vers le balcon du palais.

Duncan dut affronter les yeux incandescents de colère d'Alyria et cette dernière n'était plus seule. Alertés par les cris de leur souveraine, plusieurs invités et quelques gardes royaux avaient accouru.

Alyria soupira avant de grommeler :

— Toi alors... sur ce point, tu n'as pas changé !

Le dragonien s'esclaffa, amusé par le visage blême de sa bien-aimée, mais il devinait d'avance qu'il allait devoir se faire pardonner.

— Je n'aurai jamais cru que tu me sous-estimerais à ce point ! Même si Vaemar n’était pas arrivé, tu sais très bien que je ne me serais pas écrasé !

— Tu n'es qu'un idiot ! Ta magie de gravité n’est pas la solution à tout !

Le restant des invités avait fini par rejoindre le premier groupe qui s'était formé pour venir admirer le plus prestigieux dragon de Sa Majesté, mais ils se tinrent à distance. Duncan ressentait les légères bourrasques provoquées par les battements d'ailes et Vaemar poussa un puissant ronronnement lorsque son souverain caressa ses douces écailles de bronze. Le roi reporta son attention vers son épouse tandis qu'il siégeait, fier et noble sur sa monture.

— Tu viens essayer de rattraper le soleil avec moi ?

Cette question, il lui avait posé maintes fois pendant leur enfance et il savait qu'elle ne refuserait pas une telle proposition. Alyria sursauta avec un sourire et ne se fit pas prier. Elle semblait avoir appelé sa dragonne quand un grondement retentit dans le ciel. Kaaleas ne tarda pas à apparaître. Elle tournoya depuis le sommet du volcan et avec un râle sourd, atterrit lourdement sur le balcon, non sans impressionner les convives qui se mirent à reculer. D'épais nuages de fumée blanche s'échappaient de ses naseaux tandis qu'un léger grognement s’élevait de sa gorge, tenant ainsi à distance ceux qui auraient l'imprudence de trop l'approcher. Alyria se débarrassa de ses escarpins et de son collier luxueux avant de remonter sa robe pour escalader une des ailes repliées.

Sa partenaire à présent installée et prête pour une chevauchée aérienne, Duncan flatta l'encolure de Vaemar, qui prit aussitôt son envol.

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