11 - ACCEPTER SON DESTIN

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Princesse Alyria, 10/7/2606, archipel des Sélénés, sud de Néo Dragonia

Sur une île voisine de la capitale, Alyria foulait l’herbe de ses pieds nus avec une démarche contrariée. Elle allait et venait le long de la falaise en s’arrêtant de temps à autre, les bras croisés pour contempler l’océan, puis reprenait sa marche frénétique. Ses longs cheveux auburn, hérités de son défunt père, et sa robe en satin blanc ondulaient au gré du vent. Ses yeux d’un bel or vif, typiques des dragoniens, se perdaient vers l’horizon. L’heure imminente de son mariage approchait et la jeune princesse peinait à contenir son angoisse.

Quand l’embarras ou les soucis la rattrapaient, elle aimait trouver refuge sur cette petite île où poussaient d’immenses arbres de lune. Ils se nommaient ainsi en raison de la couleur de leur feuillage bleu-argenté pareil à Zéphyria. Chaque nuit d’été, pendant environ un mois, ces géants se parsemaient d’une multitude de fleurs blanches qui embaumaient l’atmosphère de leur parfum enivrant.

Kaaleas, sa dragonne aux écailles d’un platine étincelant, était couchée au pied d’un des troncs. Elle fixa la future souveraine d’un regard impassible avant de bâiller à s’en décrocher la mâchoire, découvrant des crocs aussi longs que des poignards. Alyria la dévisagea avec lassitude, puis se retourna devant l’étendue infinie des eaux bleues et limpides du sud-ouest.

L’esprit doux, mais ferme de Kaaleas vint se connecter au sien. De sa voix à la fois claire et grave, elle tenta de raisonner sa maîtresse.

« Alyria, pour la énième fois, nous devons rentrer au palais. La cérémonie commence dans moins de deux heures. Nous n’avons pas le temps de flâner... »

— Je sais, mais j’ai peur… gémit la rousse, les bras plaqués autour de sa poitrine. Et si la cérémonie se passait mal ?

L’animal gronda tandis que sa queue s’agitait derrière lui sous l’effet de l’impatience.

« Il n’y a aucune raison pour que votre union soit un échec. Un mariage est un grand moment de bonheur et d’amour dans la vie, il sera réussi. J’en suis persuadée. Et puis vous ne pouvez pas rester éternellement dans votre relation actuelle. Cela finira par être mal vu des citoyens si vous la poursuivez ainsi. »

Alyria grogna, peu convaincue, et le manque de soutien de la part de sa partenaire la décontenança.

— Bien sûr, je le sais, mais tu pourrais quand même faire preuve d’un peu plus d’empathie.

Kaaleas poussa un profond soupir, puis allongea son cou bardé d’épines d’un mauve vif pour approcher son imposante tête de la princesse. Alyria posa une main sur son museau et caressa les chaudes écailles sans un mot tandis que Kaaleas ronronnait de plaisir sous cet agréable contact.

« Je comprends ta peur, mais Duncan t’aime plus que tout. Il ne t’épouse pas uniquement à cause de son devoir de monarque. S’il décide de s’unir à toi, c’est parce qu’avant tout, ses sentiments sont forts et sincères. Et il doit certainement être aussi angoissé que toi. » affirma la dragonne.

Pour continuer d’apaiser Alyria, Kaaleas lui montra par images mentales des bribes de sa relation vécue avec le roi. La jeune femme vit défiler dans son esprit des scènes de son enfance où elle et Duncan jouaient ensemble avec ses frères. Depuis toute petite, Alyria avait toujours admiré ce garçon calme et instruit qu’elle considérait comme son prince charmant idéal. À l’inverse de son défunt jumeau, Kyeran, qui passait son temps à s’entraîner à l’épée et à la magie, Duncan et elle n’appréciaient pas trop la violence.

Ces souvenirs lui réchauffèrent le cœur et lui rappelèrent alors combien elle aimait son roi. Duncan pourrait enfin lui appartenir et elle partagerait la même chambre que lui en tant qu’épouse. Cette évidence la rendit fébrile et elle rechercha du réconfort dans le regard doré de sa dragonne.

— L’imprégnation dragonique est un sentiment plus fort qu’un simple coup de foudre. Ça te tombe dessus sans prévenir, mais c’est le plus bel amour qui soit.

« C’est un lien puissant et nul ne peut le défaire, approuva Kaaleas d’un air sombre. Tu aimes Duncan, alors qu’est-ce qui te fait peur ? Pourquoi tant de réticences ? »

Alyria resta silencieuse. Elle se nicha contre le poitrail de sa partenaire et continua de fixer l’horizon, bercée par le rythme cardiaque sourd et la respiration profonde de la dragonne. Le bruit des vagues se fracassant en contrebas des falaises finit de l’apaiser, puis elle se laissa aller, les paupières closes avant d’avouer son tracas à son amie.

— Duncan a changé. Il est devenu distant depuis ces trois dernières années. Il ne s’intéresse qu’à son projet de remonter le temps et à cette femme qu’il s’évertue à maintenir en vie… marmonna-t-elle avec dépit. Depuis qu’il passe ses journées dans son laboratoire, on ne se côtoie presque plus. Je crains que même une fois mariés, cela ne change rien.

« Cette femme est sa mère, Alyria. Tu ne peux pas lui reprocher de garder espoir de la ramener à la vie. Tu as peur qu’il te délaisse pour elle ? »

— Non, mais…

Alyria se rendit alors compte de sa légère jalousie avec un sentiment de culpabilité. Comment pouvait-elle envier une morte ? Qui plus était, la mère de son futur mari. Ses épaules se crispèrent quand le souvenir de ses prochaines responsabilités revint la hanter, la laissant en proie au doute.

— Quand j’épouserai Duncan, je deviendrai reine de tout un pays. Mais il devra bientôt partir en guerre pour repousser les attaques de l’ennemi. Serai-je assez forte pour régner en son absence et prendre les bonnes décisions ? Serai-je à la hauteur ?

L’œil jaune de Kaaleas cligna d’un coup bref tandis qu’un courant d’air s’échappait de ses naseaux.

« Tu le seras. N’oublie pas tes origines, le sang du dragon coule dans tes veines. Tu es la fille d’Adrian Escalus Dragonia. Tu seras une reine accomplie et pleine de sagesse. Duncan ne pourrait rêver mieux et je suis sûre que tu sauras l’épauler à la perfection. »

Alyria resta figée. Le doute et la fierté bataillaient au fond de son esprit, sans qu’aucune de ces deux émotions ne parvînt à dominer totalement l’autre. Elle fronça les sourcils et jeta un regard déterminé en direction du château de Néo Dragonia avant de se redresser, silencieuse. Mal à l’aise, l’estomac noué, son envie de se ressaisir et d’affronter ses appréhensions finit par prendre le dessus. Elle se retourna vers Kaaleas avec un sourire.

— Rentrons, nous allons être en retard. Il est temps que je fasse honneur à mon futur époux et à ma nouvelle vie.

Kaaleas émit un petit rire mélangé à un grondement.

« Enfin ! La voix de la sagesse a parlé. »

Sur ces mots, la dragonne s’ébroua, puis en se ramassant au sol, invita sa cavalière à prendre place sur son dos. Alyria grimpa le long de son épaule avant d’empoigner fermement les épines dorsales pour s’installer. La créature ouvrit grand ses ailes aux fines membranes blanches et prit son élan grâce à ses puissantes pattes pour s’élever dans les airs. Une forte bourrasque provoquée par son décollage fit plier les branches des malheureux arbres à proximité malgré leur haute taille.

C’était avec un sourire enfin serein que la future reine d’Illurion se dirigeait vers son nouveau destin.

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