3 - LE CHARME N'OPÈRE PAS TOUJOURS

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Angélina, 3/7/2606, bar de l’auberge de la Vouivre d’Argent

L'auberge était bien remplie et l'ambiance était à la fête. Un groupe de musiciens jouait des airs entraînants et chaque client mangeait ou buvait dans la bonne humeur. Les chopes de bière s'entrechoquaient tandis que des rires et des chants paillards d'hommes déjà ivres retentissaient aux quatre recoins de l'immense pièce dans une cacophonie assourdissante.

La Vouivre d’Argent avait bénéficié d'une rénovation récente. Les grandes poutres en chêne du plafond apportaient un côté chaleureux tandis que les murs recouverts de plâtre peint en blanc donnaient une touche lumineuse. L'ensemble contrastait avec le mobilier en bois de noyer d'où émanait une légère odeur de neuf et de peinture encore fraîche mélangée à celles de la bonne nourriture et des divers alcools.

Angélina adorait sentir ce doux parfum de convivialité. Occupée derrière le bar à essuyer des verres avant de resservir quelques clients assoiffés, elle observait tout ce petit monde avec un sourire aux lèvres, ravie d'afficher encore complet. Les soirées musicales étaient très appréciées et beaucoup n'hésitaient pas à faire des kilomètres pour venir manger et passer un bon moment dans cette auberge accueillante.

Pour l'occasion, Angélina avait revêtu un chemisier blanc et une petite robe à bretelles noires. Ses cheveux coiffés en deux couettes lâches retombaient en cascade de boucles blondes sur ses épaules et lui donnaient un air ingénu. Elle servait une nouvelle bière quand elle fut complimentée par une voix suave et charmeuse qu’elle reconnut immédiatement.

— Tu es magnifique, Angel !

Elle se retourna et tomba nez à nez avec Hayato qui la dévorait du regard, les yeux brillants de désir et l'oreille gauche agitée de soubresauts. Angélina fut à la fois gênée et flattée par son compliment.

— Merci Hayato, il faut bien faire bonne impression devant les clients !

— C'est vrai et cette tenue te va à merveille ! confirma-t-il d'un sourire enjôleur.

Le Vulpian tentait de la séduire par tous les moyens depuis des mois, sans succès. Elle connaissait les sentiments qu'il éprouvait à son égard, mais elle ne les partageait pas.

Les prunelles bleu azur fendues d'une pupille ovale de son interlocuteur la déstabilisaient et elle n'osait bien souvent pas soutenir son regard. Tout comme les créatures des romans fantastiques qu'elle lisait, les Vulpians étaient des êtres surnaturels, mi-homme mi-renard, à la beauté extraordinaire, jouissant d'une longévité exceptionnelle et possédant des capacités hors-normes. Même si Hayato ne laissait aucune fille indifférente, ce dernier avait jeté son dévolu sur la jolie blonde.

Il continua de la dévisager avec un sourire béat tout en faisant tourner sa chope sur le comptoir du bout des doigts.

— Je sais que je te l'ai déjà demandé, mais... tu es sûre que tu veux pas sortir avec moi ?

Angélina leva les yeux au ciel et soupira d'embarras. « Décidément, il n'abandonne jamais. » pensa-t-elle.

— Désolée, Hayato, je vais me répéter, mais tu es trop jeune...

— Et alors ? La différence d’âge n’est pas un problème pour moi, ajouta-t-il après une gorgée de bière.

Il avait toujours la réplique à tout et c'en devenait presque agaçant pour Angélina, qui devait prendre des pincettes pour ne pas le vexer. De plus, lorsqu’il était alcoolisé, il devenait encore plus entreprenant, ce qui n’arrangeait pas la situation. Elle vint s'accouder face à lui, les yeux plongés dans les siens, son menton posé sur le dos de sa main.

— Je te rappelle que d'après les coutumes de ta tribu, tu n'as pas le droit de fréquenter une humaine. Je sais que tu respectes les traditions de ton clan donc...

— Donc ? répéta-t-il avec un sourcil haussé.

— Toi et moi c'est impossible, lui souffla-t-elle au nez avant de se redresser pour servir d'autres clients qui attendaient.

Hayato afficha une mine déconfite, mais ne sembla pas admettre sa défaite pour autant. Il allait renchérir quand une voix féminine au ton arrogant l'interrompit.

— Tiens, voilà mon renard préféré ! Toujours en train de roucouler à ce que je vois ! Tu ne lâches jamais l'affaire !

Angélina reconnut la jeune femme qui vint s'installer sur un des tabourets juste à côté du Vulpian. Celle-ci rejeta sa longue tresse aux cheveux bleu indigo dans son dos d'un geste désinvolte de la main avant de fixer son voisin de bar d’un regard espiègle. Malgré une tenue vestimentaire qui lui donnait l'apparence d'un garçon manqué, Karen Montallac avait été nommée récemment cheffe de la guilde de chasseurs que gérait anciennement son père Alaric. Hayato jeta sur elle un regard noir avant de répondre sur un ton sarcastique.

— J'appelle ça de la persévérance, ma chère Karen ! Souviens-t-en, ça pourrait t'être utile !

— Oh, merci du conseil, mais je te rappelle que je suis mariée, lui répondit-elle sur le même ton. Je pense que tu as encore des progrès à faire de ce côté...

Interrompu dans sa tentative de séduction, Hayato attrapa sa chope de bière et s'éloigna d’une démarche titubante tout en bougonnant. Karen adorait le taquiner sur ses échecs, car malgré son physique séduisant, le Vulpian n'était pas très doué pour courtiser la gent féminine.

Angélina le regarda partir avec un air décontenancé.

— Je crois que tu l'as vexé…

— Mais non, tu verras. Il va faire la gueule quelques temps et il s'en remettra ! ricana Karen avant de reprendre son sérieux.

Angélina remarqua son visage s'assombrir et, intriguée, voulut en connaître la raison :

— Quelque chose ne va pas ?

— Oh... rien de grave... Je surveille juste un groupe d'indésirables là-bas...

Angélina observa alors une table que Karen lui désigna du menton. Cinq hommes y étaient installés et riaient entre eux à gorge déployée. Ils portaient tous des vêtements sur lesquels le symbole rouge d'un crâne traversé d'un poignard était représenté et la blonde devint livide en reconnaissant ce blason.

— Ce sont des Red Skulls ! Que font-ils ici ?

— Je ne sais pas, mais ils ont l'air de se tenir à carreau pour l'instant.

Angélina blêmit et laissa échapper accidentellement un verre qui se brisa net sur le plan de travail. L’embarras s’empara immédiatement d’elle quand plusieurs paires d’yeux se retournèrent suite au bruit.

Karen s’inquiéta pour elle.

— Hey, ça va ? Tu ne t’es pas coupée ?

La blonde retrouva son aplomb et vérifia ses mains.

— Non, ça va je n’ai rien.

Karen soupira de soulagement et l’aida alors à nettoyer les morceaux éparpillés. Angélina ne connaissait que trop bien la réputation malfamée des membres de la guilde des Red Skulls et elle déglutit bruyamment tandis qu’elle ramassait les débris d’une main tremblante. Dernièrement, ils avaient encore fait parler d’eux en commettant du grabuge dans l’auberge d’une ville voisine. Partout où ces brigands passaient, les habitants gardaient de mauvais souvenirs de leurs méfaits et les forces de l’ordre levait à peine le petit doigt pour intervenir. Ce qui commençait d’ailleurs à entraîner, depuis quelques temps, des tensions entre la population et les soldats impériaux.

La jeune serveuse les fixa un instant du coin de l’œil, angoissée.

— J'espère qu'ils ne sont pas venus pour chercher des ennuis…

— Ne t'inquiète pas, j'interviendrai s'il le faut, la rassura Karen.

— Où sont Aymeric et Emmett ?

— Pas loin, à la table là-bas, répondit-elle en montrant deux hommes occupés à manger à l'opposé des malfrats. Bon, et sinon, comment va Kiki ? Il paraît qu'il a paumé son pendentif ?

Angélina poussa un profond soupir lorsque Karen mentionna le surnom de son cadet. Ce sujet lui posait beaucoup de soucis et ses mains se crispèrent autour d’un autre verre qu'elle était en train de servir.

— Oui, on ne l'a pas retrouvé malgré les recherches…

— Ça craint… Comment a-t-il fait ? Jusqu'à maintenant, il avait toujours fait attention.

— Oui, je sais et je ne sais pas du tout quoi faire… j'espère qu'on lui a pas volé…

— Essaye de mettre une annonce en ville, suggéra Karen. On ne sait jamais, si quelqu'un le retrouve…

Angélina acquiesça à cette idée. C'était peut-être une solution envisageable pour l'instant, mais elle ne pouvait s'empêcher de redouter le pire. Avec la perte de cet objet précieux, elle avait l'impression d'avoir manqué à son devoir et bafoué la promesse faite au dragon. Continuant son service, ce fut l'estomac noué qu'elle se mit à prier intérieurement pour que tout s'arrange.

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