1 - DU SANG NOIR ET DES YEUX ROUGES (partie 2/2)

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Les yeux de Kyle se rouvrirent brusquement quelques minutes plus tard lorsque Sköll arrêta le véhicule d'un violent à-coup. Le chasseur manqua presque de passer par-dessus bord en poussant un cri de frayeur et son cœur bondit dans son torse. Il eut juste le temps de se rattraper au siège avant de fusiller du regard son conducteur. Ses iris d'or brillèrent d'une lueur incendiaire sous l'ombre de sa tignasse auburn.

— Ça t'amuse ? gronda-t-il. Pourquoi freines-tu comme ça ?

Sköll recula avec un visage blême tout en se protégeant derrière ses mains.

— Désolé ! Je l'ai pas fait exprès, vraiment... s'excusa-t-il avant de reprendre : euh... on est arrivé !

Encore déboussolé par ce réveil forcé, Kyle scruta les lieux et reconnut les abords de la jolie ville de Camélia. Il était enfin chez lui. Il retrouva le sourire et n'hésita pas une seule seconde. Il s'empara de son sac et rejoignit d'un bond la terre ferme, presque soulagé. Il se retourna vers Sköll qui s'apprêtait à reprendre la route.

— Bon, ben, à la prochaine ! Passe le bonjour à Hayato et à ma douce Angélina ! s'écria celui-ci avec un signe de la main.

Kyle lui rendit son salut avec un rictus agacé. Il n'aimait pas ces hommes qui tournaient un peu trop autour de sa sœur.

— Fous-lui la paix tu veux, mais la prochaine fois, arrête-toi pour venir boire un coup.

— J'y penserai...

Un claquement de rênes plus tard, Sköll repartait. Kyle n'entendit bientôt plus que le grincement lointain des roues en bois sur la rue pavée. Le jeune chasseur poussa un soupir, épuisé par cette dernière mission, et prit le chemin jusqu'à son domicile. Il allait enfin pouvoir se reposer et cette idée le réjouissait au point qu'il s'imaginait déjà allongé dans son lit, la tête enfoncée dans son oreiller. Il était désormais en congé et allait aussi pouvoir profiter de sa soirée avec sa petite amie Éléonore qu'il n'avait pas vue depuis une bonne semaine.

Un calme insolite régnait depuis plusieurs jours dans le centre. Camélia connaissait cette année-là une forte canicule qui lui donnait une apparence de ville fantôme. Cette charmante bourgade d'un millier d'habitants, nichée au fin fond de la vallée d'Arendale, était d'habitude bien plus animée. Les gens s'étaient terrés à l'intérieur de leurs maisons, et la végétation au-dehors commençait à souffrir du manque d'eau. L'herbe des pelouses était grillée par les rayons impitoyables de l'astre de feu tandis que les arbres épuisés de lutter contre la chaleur arboraient déjà les couleurs d'un automne précoce.

Kyle passa à proximité de la grande place où siégeait en son centre une fière et magnifique fontaine en granite. Cette dernière, malheureusement à sec, était agrémentée d'une splendide scène de chasse où un cerf rouge géant était encerclé par plusieurs loups. Les animaux sculptés paraissaient presque vivants dans les reflets scintillants de la pierre au soleil.

Autour de celle-ci, Kyle repéra un petit groupe de personnes âgées installé à l'ombre des marronniers. Parmi eux, assis sur une chaise en osier tressé, son grand-père l'interpella d'un signe de la main.

— Oh, Kyle ! Tu rentres de mission ?

— Oui, je suis enfin en repos.

— Ah, bien. C'est un travail dangereux que tu fais là. Tiens, viens donc un moment avec nous, fit l'ancien, dont les lèvres ridées s'étirèrent sur un sourire édenté tandis qu'il tapotait un siège vide à ses côtés.

— Désolé, Papi, une autre fois. Je suis fatigué. Je vais aller me reposer un peu, refusa poliment le jeune homme.

Le vieillard acquiesça d'un hochement de tête et Kyle continua sa route. Au passage, il croisa plusieurs villageois qui le saluèrent avec enthousiasme. Tous le surnommaient « Le Miraculé » suite à son sauvetage, dix ans plus tôt, par sa famille adoptive. Les enfants l'admiraient pour ses démonstrations de magie liée à la glace et son excellent maniement de l'épée. En revanche, il n'était pas apprécié d'une petite partie de la population. Cette minorité le considérait comme un être sans humanité à cause de son métier d'exterminateur ou encore comme une pièce rapportée en raison de sa véritable nature. Ces ragots de comptoir, Kyle s'en moquait. Il ne vivait pas pour les autres, mais pour lui-même, quitte à déplaire.

En marchant d'un pas pressé, il replongea dans ses pensées avec un sourire béat. Dans la soirée, il rejoindrait Éléonore et déjà, l'idée de la voir se déhancher sur son corps lui procurait un doux plaisir. Perdu dans ses rêves charnels, il ne fit pas attention à l'individu qui courait depuis la ruelle adjacente. Il le percuta de plein fouet et se retrouva projeté au sol.

— Aïe, bon sang, vous ne pouvez pas regarder devant vous ? Qu'est-ce que... grogna-t-il en se redressant.

— Ah, désolée ! Je ne vous avais pas vu ! s'excusa une voix féminine.

Surpris, Kyle tomba nez à nez avec une jeune fille, le visage légèrement dissimulé sous une cape de couleur sombre. Cette tenue lui parut insolite étant donné la chaleur, mais il se laissa subjuguer par les deux magnifiques prunelles qui brillaient dans l'ombre de sa capuche.

« Brune avec de beaux yeux rubis », pensa-t-il tout en se sentant happé par ces derniers.

La demoiselle ne semblait pas en reste, car elle le fixa un long moment d'un air ébahi, puis reprit ses esprits avant de s'enfuir sans explications. Kyle sortit de sa béatitude et se retourna dans tous les sens pour la chercher du regard, en vain. Elle avait disparu aussi vite que son ombre. Il se frotta le menton et, troublé, ramassa son sac pour continuer sa route. Il fut de nouveau interrompu, mais cette fois par des cris provenant de la même rue d'où avait surgi la jeune inconnue et il s'esquiva juste à temps pour éviter une énième collision.

— Au voleur ! Arrêtez-le !

Un homme bedonnant et chauve déboula soudainement tout en vociférant. Il s'immobilisa net au milieu du croisement des deux routes, exténué, et se retourna dans tous les sens pour chercher quelque chose du regard.

— Et merde ! Par où est-il parti ce fumier ?

Kyle le dévisagea avec un sourcil haussé tandis que le commerçant continuait de pousser des jurons inintelligibles et faisait de grands gestes désespérés. Puis, quand ce dernier se retourna vers le chasseur, il afficha un air surpris.

— Tiens, Kyle ? Tu es de retour en ville ?

Essoufflé et en nage, Marius, un bijoutier d'une cinquantaine d'années transpirait à grosses gouttes et donnait l'impression d'avoir couru un marathon. Haletant, il posa les mains sur ses cuisses, le dos courbé par l'effort, avant de s'essuyer le front d'un mouchoir. Kyle agita aussitôt ses doigts et invoqua une brume givrée au-dessus de sa tête pour le rafraîchir.

Marius se sentit apaisé par les minuscules cristaux de glace qui retombèrent sur lui en une pluie fine.

— Aaahh... merci, Kyle, ça fait du bien.

— Vous ne devriez pas courir par cette chaleur. Ça peut être dangereux avec vos soucis de santé, le réprimanda le chasseur en fronçant les sourcils.

— Oui, je sais, mais... je viens de me faire cambrioler. Tu n'aurais pas vu un drôle de type s'enfuir, par hasard ? Il portait une cape noire.

L'aveu du bijoutier interloqua le jeune homme et il comprit alors pourquoi la fille était partie si rapidement.

— Merde ! Je me disais bien que c'était bizarre de se promener avec une tenue pareille, conclut-il en se frottant le menton.

Les yeux de Marius s'arrondirent et il se retrouva bouche bée un court instant avant de réagir.

— Tu... Tu l'as croisé ?

— Oui, c'était... une femme.

Marius afficha un mince sourire déconfit avant d'avouer :

— Ce qui est étrange, c'est qu'elle n'a volé que des bijoux qui se ressemblent.

— Comment ça ? demanda Kyle, intrigué.

— Elle n'a dérobé que des pendentifs en argent. Tout ce qui est en or, les bagues ou boucles d'oreilles, elle n'y a pas touché.

Kyle resta un instant dubitatif, un sourcil haussé, tandis que le bijoutier repartait bredouille en direction de sa boutique non sans l'avoir remercié pour les maigres informations données. Que cherchait cette fille ? Pourquoi avoir volé un seul type de bijou ? Ces questions se bousculèrent dans sa tête pendant un long moment, mais il finit par retrouver son objectif premier. Il s'étira en bâillant et reprit son chemin. Il n'avait qu'une envie, regagner le confort de son lit après ces quelques jours passés loin de chez lui.

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