Mail 11 | From : Etienne Leconte | To : Serge Cassini | 6 mai 2016

6 minutes de lecture

Salut Serge,

Je reviens seulement de vacances, je vais me remettre sous peu à dactylographier le reste des carnets. Tout d'abord, je vais répondre aux questions que tu m'avais posé la dernière fois.

a) Son milieu familial était-il particulièrement croyant ? 

Particulièrement ? Oui ! De ce que je sais, tous ont été baptisés etc. et ont suivi des initiations au catéchisme, jeunes. Je suis étrangement surpris du fait que Francine, qui depuis l'adolescence jusqu'à ses 22-23 ans (cf. lettre de André, 17 - 12 - 62) ne portait pas particulièrement sa famille dans son cœur (cf. extrait suivant)

"Je crains énormément qu'à l'occasion des fêtes de Noël, de leur chaleur, un contact avec Andeville, lieu de ton enlisement avec ta famille, piège d'amour - égoïste et possessif -, tu ne subisses les pouvoirs de l'habitude et de la facilité, du renoncement.

Il ne faut pas, Francine. Saches vouloir. Saches exiger. Saches imposer. Tu n'ES pas à Andeville. Tu n'ES pas à l'ombre de ta famille. Il faut que je te voie."

ait pourtant dédié corps et âme à la religion. Religion imposée par ses parents depuis sa plus tendre enfance. Ma réaction aurait été l'extrême inverse : Rebelle et ne portant pas mes parents dans mon cœur, j'aurait rejeté en bloc tout ce qu'il auraient essayé de me transmettre, encore plus ce qu'il auraient tenté de m'imposer, surtout la religion. Peut être s'agit-il ici de mon caractère ? Peut-être que Francine était plutôt de nature influençable et fragile, se laissant porter par ce qu'on lui impose et se réfugiant dans la religion comme on pourrait se réfugier dans la lecture ou les jeux vidéos pour les adolescents d'aujourd'hui.


A titre personnel, quand je lis cette première page du carnet de Francine, j'y vois une adolescente plutôt mature pour son âge mais tout de même juvénile. J'entends par là qu'elle se rebelle contre le monde entier, les injustices, la guerre et rêve d'une paix globale, rêve utopique typique de la quasi-totalité des adolescents mûrs et révoltés. La différence entre Francine et ses derniers, est que ceux-ci finissent tout naturellement par calmer leurs ardeurs et se "ranger", pas elle, puisqu'elle s'est immolée pour protester (dit-on) contre la guerre.

J'ajoute qu'en lisant ces carnets, nous finirons bien par savoir ce qui l'a poussé à commettre son acte. Déjà, dans cette première page, nous voyons apparaître certaines faiblesses (cf extrait suivant)

"Je voudrais pouvoir leur envoyer de l'argent, des munitions. Mais vie en ce moment vaut si peu et l'existence en ce monde apparaît si peu digne d'être vécu au milieu de tant d'injustices. Je donnerais bien mon sang et celui de ceux que j'aime pour sauver ce pays martyr. Si je pouvais partir là-bas... Je crois que j'aimerais mourir ainsi."

Faiblesse que nous retrouvons dans la totalité des lettres qu'André à écrit à Francine (cf extraits suivants)

 1) " Francine, je voudrais tant que tu prennes ce monde à bras le corps et que tu y trouves ta force. Je t'y aiderais dans la mesure des moyens qui me sont accordés. "

2) " Je suis convaincu que tu as la force de te prendre en charge – d'accepter le « cahier des charges » de l'existence -, d’échapper à cette complaisance à l'irresponsabilité pour laquelle « Dieu » te sert d'alibi et de confort déchiré. "

3) " Je crois avoir été bien dur avec toi, dans ma lettre du 10 déc. Pardonnes-moi. Mais c'est parce que je te voudrais solide, sûre de toi, capable de devenir RÉELEMENT ce que tu es."


Belle transition vers la question suivante n'est-ce pas ? 


b) Qu'est-ce que tu déduis du contenu des 4 lettres que tu as mis sur Scribay ?"


Déjà, je trouve la plume de cet André tout à fait à mon goût, belle gestion du langage. Ce beau maniement du français est la principale motivation pour laquelle je les ai postées. Ensuite, comme tu as pu le constater, cela donne des indications supplémentaires sur Francine qui, selon moi, sont d'une importance capitale. Nous cherchons à savoir qui est Francine, nous sommes d'accord ? Qui, pour savoir qui est une personne, se contenterai des écrits de ladite personne. Pour moi, il nous faut aussi l'image que d'autres personnes entretiennent de Francine pour savoir réellement qui elle est. 


D'ailleurs, j'attends impatiemment ton analyse de celles-ci. Si tu souhaites que je t'en transmette une analyse plus approfondie, je le ferai avec plaisir. 


Témoignages


Je ne pense pas qu'il n'y ait eu qui que ce soit dans ma famille qui ai témoigné à qui que ce soit (A vérifier). Mon hypothèse est la suivante : à l'époque où F est passé à l'acte (69), sa famille était composée uniquement de ses parents X ? Y ? (qui vivait à Andeville), son frère Ariel Leconte qui séjournait à Rosoy en Multien, ville dont il était le maire, avec sa femme et ses deux enfants, mon père et mon oncle. Je cite,


"Le correspondant américain interviewe sa famille au moment où la sirène de l'ambulance résonne dans les rues de Paris."


Qui, dans ma famille, aurait été présent sur les lieux aussi rapidement étant donné la distance qui sépare l'Oise de Paris ? Sans doute due au zèle fréquemment usé par la caste journalistique. On en vient logiquement à mon second point. (Que de belles transitions)


Déformation de la réalité


Quel est le rôle d'un journaliste honnête ? Relater les faits tels qu'ils sont. Soyons sincère, qui aurait été enflammé (vilain jeu de mot) à la lecture de ses mots :


" Hier, une française de trente ans s'asperge d'essence et se donne la mort station Kleber à Paris "  ~ Le journal délibérément sincère, défenseur de la vérité et peu palpitant


Il faut du sensationnel, des coupures de journal avec des symboles forts retrouvées dans ses mains prouvant qu'elle protestait contre la guerre du Biafra (A mon humble avis, si un humain brûle, un papier brûle), des lieux forts de symboles comme ladite conférence ou une ambassade, etc. Loin de moi l'idée de penser que tout ceci est faux et qu'elle s'est donnée la mort sans raison. Je crois fortement en ces symboliques, surtout en lisant ce qu'elle a écrit dans ses carnets (elle n'aime pas la guerre etc.).


Je caricature, en effet, dans le but de montrer que les journaux ont besoin de grande figure et pas de fait divers "banals".


De plus, les journaux et j'élargie plus généralement aux médias teintent volontiers leurs brèves de leurs couleurs, pour toujours s'accorder avec leur ligne éditoriale. Un journal communiste et un journal de droite aurait allègrement déplacé de 800 mètres le lieu de l'immolation pour que celle-ci se retrouve liée à telle ou telle idée ne relatant plus les faits mais les déformants légèrement pour les rendre plus intéressant, plus proche de leurs idéaux. Pas assez pour qu'un "lambda" s'en aperçoive mais assez pour qu'un esprit avisé soit éprit de doutes. Peut-être ne sont-ils que rarement embêtés par des curieux comme nous, ce qui explique sans doute les réactions colérique et sur la défensive des différents médias (journaux, site web) que tu as contacté. Un menteur démasqué perd ses moyens comme le ferai une proie impuissante face à son prédateur : rien de plus qu'un réflexe naturel.


Voilà mon analyse de tout ceci. Je te laisse l'occasion de rebondir.


J'ai quelques questionnements pour toi, moi aussi :


a) Cela te dérange-t-il que je poste nos échanges sur Scribay ? Je trouve ton analyse très pertinente sur chaque point. 

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b) Ta question : Sous quelle forme imagines-tu présenter, s'il y a lieu, son histoire ? Site (+ articles Wikipédia) ? E-book auto-édité ? Résumé ou mise en ligne des documents ? Mise en perspective de l'époque ?

Il s'agit de la forme qui est venu la plus naturellement et celle que j'ai choisi pour présenter l'histoire de Francine. Les carnets de Francine décortiqués par notre analyse que je trouve pertinente mais "enfantine" dans le sens où nous jouons en quelque sorte aux détectives. Apportant des spéculations et notre avis sur chaque chose écrite par Francine. La différence entre Francine Leconte et Lecomte est à exploiter car très pertinente. Le mythe et la réalité etc. Le web est un bon compromis pour ne point prendre de risque, pas d'investissement douteux, on regarde si cela intéresse, on lit les commentaires et les critique, on avise. Et si cela fonctionne, on s'improvise écrivain et on transcrit sur papier, traduit en japonais bien sûr.  


https://www.scribay.com/read/text/805920633/carnet-rouge

Je l'ai fait lire à plusieurs personnes qui ont été captivées.


c) Qu'en penses-tu ?


Je me remet au travail pour te transmettre au plus vite une autre page et bien plus ! 


C'est un plaisir de converser avec toi.  


Ciao 

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