Chapitre 21 : L'embuscade

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Albert

Après avoir accompli ma mission une demeure appartenant autrefois à l’un des conjurés me fut donnée. Hélas, tandis que je pensais enfin pouvoir écouler des jours paisibles, je reçus la visite inattendue de ce cher Vassili. Ce dernier s’invita chez moi il y a quatre jours de cela alors que je m’apprêtais à dormir.

Il s’installa sans dire un mot et m’ordonna de prendre une chaise en face de lui. Bien que je ne trouvais pas cette attitude des plus polies, j’imagine que l’on peut se la permettre lorsque l’on est trois à quatre fois plus fort que son interlocuteur. J’obtempérai donc et lui dis :

« Je vous en prie asseyez-vous, je vous proposerai bien à manger ou à boire mais je tiens trop à ma personne pour cela aussi venons-en aux faits, pourquoi dérangez-vous les honnêtes gens à une heure si tardive ? »

Ma boutade lui arracha un sourire non dissimulé, puis il répondit d’un ton léger :

« - Vous m’avez fortement impressionné l’autre jour je dois dire. Un peu trop pour votre propre sécurité d’ailleurs puisque je me vois dans l’obligation de vous réutiliser mais dans un cadre autrement plus dangereux. En effet les deux prisonniers m’ont avoué spontanément que vous étiez un ancien de l’armée de Sartov… Et que donc je suis censé vous exécuter. Vous remarquerez que je n’ai pas eu à utiliser les techniques traditionnelles d’interrogatoire pour obtenir ces renseignements, qui plus est la perspective de vous savoir condamné à mort semblait leur redonner quelque peu le sourire dans leur situation, allez savoir pourquoi.

- C’est à n’y rien comprendre, on se connaissait depuis si peu de temps. Pour le reste il s’avère que j’ai en effet déjà fréquenté cette troupe par le passé. En tant qu’officier de cavalerie si vous voulez tout savoir mais honnêtement, comme vous l’avez vous-même dit, vu mon efficacité, il serait dommage de m’exécuter. Le problème avec notre époque, c’est que pour survivre il faut faire confiance aux bonnes personnes pour les bonnes raisons. Ces braves gens ont compté sur la bonté que je n’ai pas, moi je compte sur votre intelligence. En ce qui concerne votre venue… vous comptez me réutiliser en tant qu’espion, j’en déduis donc que vous voulez m’envoyer infiltrer la révolte humaine du nord… J’espérais que je pourrais continuer à servir en tant qu’ouvrier ici mais bon… C’est toujours mieux que simple soldat dans une de ces misérables armées. Je vous écoute, qu’attendez-vous de moi ? »

- Vous êtes amusant, je vous assure que vous auriez fait un excellent vampire, enfin bon. Votre mission sera de rejoindre Altmar, là-bas vous vous décrirez tel que vous êtes à savoir un ancien soldat de Sartov menacé de mort par les vampires. Intégrez-vous dans l’armée, il ne vous sera sans doute pas trop difficile de devenir officier vu votre expérience militaire. Voici une cage de pigeons voyageurs, cachez-la à proximité de la ville et, lorsque vous le pourrez, nourrissez les animaux et envoyez-moi quelques rapports. Je vais rassembler une armée d’ici l’année prochaine afin de mettre fin à cette révolte moi-même ! Voilà qui me vaudra sans nul doute quelques belles récompenses et peut-être même un titre ! Si jamais vous me trahissez, j’enverrai votre descriptif dans tout le royaume, vous êtes assez… singulier disons. Ainsi, tôt ou tard, lorsque la révolte sera matée, vous ne pourrez plus vous cacher et vous aurez tout intérêt à mourir plutôt que d’être capturé. Par contre si vous me permettez de mater cette révolte, je vous donnerai la plus belle maison d’Altmar dans laquelle vous pourrez couler des jours heureux. Alors, qu’en dites-vous ?

- Hmmm c’est un choix difficile, mourir là maintenant ou jouer les espions… L’hésitation est énorme… Je pense que je vais accepter. Mais vous me garantissez que ce sera ma dernière mission ?

- Assurément !

- Et bien qu’il en soit ainsi ! Je pars demain, je vous ferai des rapports aussi détaillés que possibles, en attendant, j’aimerais bien pouvoir dormir cette nuit je vous prie »

A ces mots le vampire s’en alla après m’avoir donné rendez-vous à midi à la porte ouest.

Me voilà donc en chemin pour rejoindre une révolte dont je n’ai que faire avec un risque non négligeable d’y laisser ma peau… Ah que j’envie ma famille… J’aurai dû naître femme en fait, c’est tout de même plus tranquille.

Ivan

Malgré nos presque vingt-mille hommes désormais, nous ne pouvions pas totalement encercler la position ennemie. En effet le diamètre d’un camp entourant une forteresse était bien trop important et si nous l’avions assiégés de façon traditionnelle, notre ligne eut été trop étirée et une sortie adverse aurait été désastreuse.

Aussi notre armée avait avancé et s’était positionnée de sorte à se situer entre le royaume d’Aartov et Zandor. Petit à petit il s’installa une routine durant laquelle nous essayions d’intercepter le ravitaillement destiné à l’ennemi tout en sécurisant le nôtre. Des embuscades étaient régulièrement tendues des deux côtés et la bataille espérée se transforma en guerre d’attrition. Tous les hommes souffraient de la faim et leur seule consolation était de se dire qu’il en était de même pour ceux d’en face.

La semaine dernière j’accompagnai un groupe d’une vingtaine de soldats encadrés par deux vampires intercepter un convoi ennemi. Après presque un mois d’embuscade cela n’avait plus rien d’exceptionnel et nous y allions comme nous nous serions rendus à n’importe quelle autre occupation. La seule chose qui comptait, pour nous les vampires, était de savoir si les hommes que nous allions capturer seraient assez gras pour faire un bon festin le soir venu.

Nous nous avançâmes donc à pas de loup en deux groupes de onze, plus moi dans l’un d’entre eux. La caravane progressait péniblement entre les collines rocailleuses de la région entourée par une soixantaine d’hommes mais aucun vampires. La moitié des soldats était toutefois en train de pousser la charrette, qui n’était visiblement pas faite pour ce genre de terrain. Il faut dire que les routes avaient été désertées depuis bien longtemps, tant le risque d’embuscade y était grand.

Une fois que nos deux groupes furent correctement placés, nous nous ruâmes sur l’ennemi. Ces derniers tressaillirent en nous entendant et n’eurent pas le temps de se mettre en formation avant de se faire embrocher par les nôtres. Les vampires se défaisaient sans mal de leur opposant tandis que même nos hommes avaient le dessus. Ceux qui partaient tendre des embuscades étaient en effet des vétérans, habitués à cette petite guerre et qui n’en étaient pas à leur coup d’essai. J’avais l’habitude de participer bien qu’observateur, car l’aventure était peu risquée et cela permettait d’éventuellement épargner quelques-uns de nos précieux vétérans. Sans compter que cela me plaisait, j’avais toujours rêvé d’être combattant plutôt qu’observateur mais ma faible constitution m’en avait empêché.

Le combat prit rapidement fin et la quarantaine d’hommes restant se rendit au bout de quelques secondes de combat. Nous n’avions de notre côté que deux blessés. Comme d’habitude, afin de ne pas s’encombrer inutilement, nous tuâmes tous les survivants, dévalisâmes la charrette en emportant le maximum de victuailles et chacun des vampires choisit un cadavre qu’il allait dévorer le soir même. C’est donc bien chargés que nous rentrâmes au camp.

Toutefois nous n’avions pas fait la moitié du chemin que nous vîmes des chevaliers ennemis chevaucher sur nos arrières. Ils avaient été cachés par le relief de telle façon que nous ne les apperçumes que trop tard. Ils étaient six et se mirent au galop dans notre direction dès qu’ils furent repérés. Nous abandonnâmes notre butin et nous séparâmes afin que quelques-uns d’entre nous s’en sortent. Les chevaliers n’avaient de toute évidence que faire de la piétaille, puisqu’ils se ruèrent par deux sur chacun des vampires. Un des chevaliers et moi-même nous rendîmes sans combattre tandis que le dernier brandit son immense hache.

Le premier chevalier ennemi chargea alors et évita le coup qu’allait lui porter son opposant mais tandis que notre camarade relevait son arme à toute allure, le second chevalier arriva et lui fracassa le crâne avec sa masse d’arme. Les humains ne furent pas poursuivis et un seul fut tué pendant sa fuite, ayant trébuché sur un cailloux en tentant d’escalader une colline.

Les chevaliers ramassèrent autant de vivres et de cadavres que possible, dont celui du chevalier au crâne éclaté, puis ils nous allongèrent sur leur monture afin de ramener le tout au camp des assiégeants.

Ma bien courte carrière militaire comportait déjà deux captures, ce qui n’était guère réjouissant, mais comme pour couronner ce triste palmarès je n’avais cette fois-ci aucune idée de ce que l’avenir me réservait.

Le camp adverse était bien organisé, deux trébuchets s’offraient à ma vue mais ne semblaient pas être en grande activité. L’organisation semblait assez hétérogène entre certains groupes d’humains très appliqués à leur tâche et relativement disciplinés, tandis que d’autres souffraient de la faim et paraissaient au moins aussi mendiants que soldats.

Nous fûmes soulagés de nos armures et je sentis la lumière du soleil m’engourdir. Nous attendîmes une demie heure ainsi au milieu du camp entouré par deux chevaliers jusqu’à ce que le roi Boris II lui-même vint à nous. Il était fort grand, très large d’épaule et sa prestance était renforcée par son escorte ainsi que les étendards flottant au vent derrière lui. Celui que l’on surnommait le « roi chevalier » arriva à notre niveau et, sans descendre de cheval, s’adressa à nous :

« Bien le bonjour messires, j’imagine que ce n’est pas là la meilleure journée de votre vie mais rassurez-vous, cette dernière ne s’arrêtera pas aujourd’hui. Sachez que vous avez été capturé par une troupe de mes meilleurs chevaliers, aussi n’éprouvez nulle honte. J’ai mis en place il y a peu ce genre d’unité afin de rattraper les soldats ayant effectué une embuscade. En effet vous êtes souvent à pied pour arriver discrètement et vous repartez chargés aussi votre capture est facile. Il suffit de faire suivre de loin les caravanes par quelques chevaliers, qui accourent dès qu’ils entendent des bruits de bataille »

Je sentais la fierté qu’il éprouvait d’avoir eu cette idée mais cela n’était pas injustifié puisque j’étais là quelque peu forcé de l’écouter. Il reprit assez vite :

« Vous serez bien traités comme l’exige votre rang et ce chevalier qui s’est vaillamment défendu se verra purifié selon les préceptes de Valass. »

Une fois ceci dit il s’en alla suivi de sa garde puis, presque immédiatement, deux sanguinolentes arrivèrent et, après nous avoir demandé l’identité du mort, commencèrent à effectuer les chants traditionnels devant nous. Elles aspirèrent ensuite avec leurs dents le sang du seigneur occis en ce jour avant de le recracher dans une urne à son nom. Le reste du corps fut finalement brûlé le soir même. C’était la première fois que j’assistai au spectacle de la purification mais j’imagine que les impératifs de la guerre empêchent de faire ça dans l’intimité d’un temple.

Depuis je suis libre d’aller et venir dans le camp, sans pouvoir en sortir et sans armure. La guerre est semble-t-il finie pour moi et elle n’aura pas duré bien longtemps.

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