L'inscription

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L'aquarelle ne tolère par l'erreur. Une goutte de trop et les pigments s’affolent. La transparence pointe l’erreur, visible comme une tâche au milieu de la figure. On se retrouve nu face à ses imperfections. J'aurais du peindre à l'huile, je me serai évité bien des problèmes.

Mais en ce temps-là, j’étais bien décidé à apprendre la maîtrise de l’aquarelle via les ateliers des Beaux-Arts de Paris. Mon inscription à ces cours du soir, déposée fin août, avait enfin reçu une réponse. Elle était favorable, du moins le pensai-je. Une ambiguïté subsistait sur la convocation : dans les cases, ma demande restait en attente. Erreur ou pas, je me rendais au rendez-vous, espérant ne pas me déplacer pour rien. Nous étions déjà fin septembre et toutes les autres activités parisiennes, qu’elles soient sportives ou culturelles, affichaient complet depuis juin.

Je descendis du métro à Bastille, goûtant aux vacarmes du lieu. Le rond-point pavé en étoile, typique de la capitale, charriait son flot interminable de voitures. Le coup de klaxon, long et rageur, et pourtant impuissant, y régnait en maître. Sur le parvis de l’opéra, de jeunes skaters rataient leurs rides pendant qu’un haut-parleur crachait de la musique punk-rock. Mon casque audio me permettait de faire sécession avec ces bruits en y ajoutant une couche. Avec soulagement, je retrouvai le calme en m’engageant rue de Charenton.

J’essayai de ne pas me perdre. Après dix ans dans la capitale, mon orgueil s’accommoderait mal d’une perte d’orientation. Ne pas se retrouver dans Paris était une affaire de touristes et j’espérais bien de ne plus en être un.

Je trouvai sans peine la rue Baudelaire après quelques minutes de marche, puis me dirigeai vers l’école où se tiendraient les cours. La porte fermée, conséquence du plan Vigipirate, je sonnai. Une vieille femme m’ouvrit, l’air mauvais.

— Bonjour, je viens pour l’inscription aux ateliers des Beaux-Arts, dis-je sur la défensive.

— Ici, c’est l’école maternelle, me cracha-t-elle. L’école primaire c’est à côté.

Sur ce, elle claqua la porte sans aucune forme de politesse. Plus loin dans la rue, en effet, un autre bâtiment identique tout en briques se dressait de l’autre côté de la chaussée. Les anciennes écoles de filles et de garçons se faisaient face, séparées par la rue. Je me présentai au deuxième bâtiment, y espérant un meilleur accueil. Une petite femme, la cinquantaine, se tenait dans l’encadrement de la porte, attendant les visiteurs. C’était encourageant. Timidement, je m’avançai sur le perron et lui demandai si j’étais au bon endroit.

— Vous avez votre convocation ? me demanda-t-elle.

— Oui, bien sûr.

Pas même un « bonjour », inutile de perdre du temps en préliminaires. Je sortis le papier idoine et elle me laissa entrer d’un signe, ne desserrant pas sa mâchoire. À peine arrivé, j’avais déjà envie de fuir. Mais après trois-quarts d’heures de trajet, j’espérais bien ne pas faire chou blanc.

Une dizaine de personnes attendaient dans le couloir. Le vieux bâtiment brillait par son obscurité, mais nul n’avait le courage de demander un surplus de lumière. Ainsi, nous étions là à nous observer, n’osant dire un mot. Regards détournés, sourires timides et soupirs impatients étaient notre seul langage. Beaucoup avaient apporté leur pochette à dessins, malgré les limpides consignes de la convocation. Ils imaginaient sans doute obtenir un regard sur leur travail actuel, un conseil, un encouragement, voire même une reconnaissance de leur talent naissant. Pour ma part, je voyais le cours comme une remise à zéro, gommant les mauvaises habitudes que j’avais prises avec les années. Avant d’apprendre, je voulais désapprendre. Mes aquarelles ne ressemblaient en rien à mes fantasmes de peintre, comme si les secrets de cette technique m’étaient cachés. J’avais bien tenté d’éplucher des bouquins et des blogs, mais cela n’avait abouti qu’à des achats de matériels jamais utilisés. Il fallait bien que je me l’avoue : j’avais besoin d’un professeur qui m’empêche de me contenter d’un minimum. Seul, je ne travaillais pas mes lacunes en profondeur. J’espérais que ce ne serait pas le genre de cours du soir où l’on flatte l’élève pour s’assurer de sa réinscription.

Après quelques minutes, une vieille femme pénétra dans l’école. La gardienne lui serra la main et elles échangèrent quelques mots. D’un même mouvement, nous regardâmes celle qui serait notre professeure pour l’année. Dans la clarté de l’entrée, elle nous contempla d’un regard sévère, telle une prêtresse fustigeant ses ouailles dans l’ombre de leurs péchés. Nous eûmes tous, imperceptiblement, un frisson qui nous parcourut l’échine. Elle s’humecta les lèvres avec un claquement de langue.

— Bonjour. Je suis Ingrid Bérenger. Je serai votre professeure pour le cours de l’atelier des Beaux-Arts consacré à l’aquarelle.

Elle était sèche comme un coup de trique. Sa voix rocailleuse raclait les mots. Des années de tabagisme avaient sculpté ses cordes vocales en un gouffre sans fond. Je l’imaginais dans une maison close, maquerelle impitoyable armée de son fume-cigarette et d’une longue robe moulante noire. Aujourd’hui, elle ne portait qu’un chemisier blanc, à l’encolure dentelée, et un pantalon noir. Elle était d’une élégance racée. Si son sang avait coulé, il aurait été bleu nuit.

Quelques sourires timides apparurent dans l’assemblée, qu’elle éteignit d’un regard.

— Vous êtes vingt-cinq à avoir été convoqués pour vingt places. Je vais devoir décider qui restera à ce cours.

L’atmosphère se refroidit en un instant. Nous étions-nous déplacés sans garantie ? Plus que la colère, l’angoisse nous pris à la gorge.

— La première année, vous ne travaillerez pas les couleurs, seulement les valeurs. La couleur demande une maîtrise de la lumière en premier lieu. Si vous ne comprenez pas ça, vous n'avez rien à faire ici.

Quelques murmures s’élevèrent dans l'assistance. Une femme se leva et quitta l'école sans dire un mot. Ingrid attendit quelques instants, laissant l'opportunité à d'autres de la suivre dans son abandon. Personne ne se manifesta. Le jeu de chaises musicales reprit :

— L'apprentissage de l'aquarelle demande de la rigueur. Nous réaliserons des études, des natures mortes, du modèle vivant… N'espérez pas amener des photos de votre chat ou de vos petits-enfants ! On ne fait pas de ça ici, annonça-t-elle, implacable. Le premier trimestre, vous ne toucherez pas un seul pinceau ; vous ne travaillerez que le dessin.

Personne ne moufta. Troupeau de moutons devant notre berger, nous pliions l’échine, acceptant ses coups de bâton. La rareté des places aux ateliers valait l’humiliation. Du moins, nous le croyions suffisamment pour mettre notre dignité au placard. J’avais compté le nombre de personnes présentes. Nous n’étions plus que vingt-deux désormais. Certains ne s’étaient visiblement pas déplacés. Je me demandai s’ils n’avaient pas fait preuve de clairvoyance en restant chez eux.

Ingrid relança le jeu à l’élimination directe :

— Je ne tolère aucun retard. Si vous arrivez après l’heure,  même de cinq minutes, on ne vous ouvrira pas. Et au bout de trois absences, je me réserve le droit de refuser votre réinscription. Un cours du soir, ça ne se prend pas à la légère, ça se suit assidûment !

La dernière remarque eut l'effet escompté : une femme, la quarantaine, se leva excédée et quitta le groupe. Après un moment d'hésitation, sa voisine la rejoignit, lançant un regard de regret en arrière avant de disparaître vers la lumière.

Sans un sourire ni même un rictus, Ingrid annonça :

— Le groupe est désormais formé, nous pouvons descendre à l'atelier.

Sur ce, elle tourna les talons et disparut au fond du couloir. Nous nous levâmes avec hésitation et appréhension, personne n'osant ouvrir la marche. Je me dévouai et nous la suivîmes jusqu’à la cour de récréation. Curieux endroit pour notre groupe, à la moyenne d’âge avancée. Étant enseignant, je n’étais pas dépaysé par le lieu, même si les dessins d’enfants accrochés ici ne correspondaient pas vraiment aux inscriptions que laissaient mes lycéens sur les murs. Ingrid ouvrit une porte menant à un sous-sol. Craintifs, nous descendîmes sans hâte dans ce qui semblait être une cave plus qu’un atelier. À la queue leu leu, nous découvrions les dessous de l’école, cet endroit que les élèves n’avaient aperçu que par une vitre.

Un atelier de peintre se devait d’accueillir la lumière du jour. J’avais en image de hauts plafonds abritant de larges verrières. Le sous-sol que l’on allait occuper ne laissait filtrer par les soupiraux que de rares rayons du soleil. Les néons éclairaient crûment les murs décrépis, donnant au lieu un air délabré. Les chevalets et perroquets entassés au fond de la pièce ajoutaient au désordre de l’ensemble.

Une vague odeur de peinture, de solvants et d’humidité planait dans l’air. Le genre de cocktails à produire des migraines à la chaîne. Ingrid ouvrit les minuscules fenêtres pour apporter de l’air frais à la cave. Des souris auraient traversé la pièce, cela ne m’aurait pas étonné.

Les autres élèves souriaient, ravis. Ils admiraient les plâtres qui traînaient ça et là sur les étagères, des bustes pour la plupart. Quelques écorchés nous observaient, hurlant leur douleur dans une pose vaine et désespérée. J’étais sceptique. Entre un professeur acariâtre et un atelier en ruine, mon enthousiasme vacillait. 

— Prenez de quoi noter, je vais vous donner la liste de matériel à amener impérativement la semaine prochaine, ordonna Ingrid.

Alors que tous fouillaient dans leur sac, je me dirigeai vers le fond de la salle et récupérai un tabouret. Les autres, me voyant assis, firent de même.

— Alors… Pour le cours, il vous faudra : des crayons HB, 2B, 4B et 6B. Une gomme mie de pain. Un cutter. Un grand pinceau en bambou. Des pinceaux ronds petit gris de différentes tailles. J’ai une préférence pour la marque Raphaël. Les autres donnent des résultats médiocres.

On grattait sur nos carnets, essayant de ne rien oublier. Ingrid ne prenait pas le temps de faire une pause, d’attendre que l’on ait fini d’écrire ou même de répéter. Il fallait être réactif. Certains termes abscons nous obligeaient à copier sur nos voisins les plus experts. Je n’aurai pas voulu avoir à lui demander d’épeler les mots.

— Le papier et l’aquarelle sont fournis dans un premier temps, ajouta-t-elle. Ensuite, il vous faudra vous les procurer selon vos aspirations personnelles. On en reparlera d’ici-là. Pour le matériel, vous pouvez vous rendre d’en différentes boutiques. Les ateliers des Beaux-Arts ont des partenariats, mais je vous conseille de les éviter et d’aller chez Adam. C’est près de Montparnasse.

En quelque sorte, de l’autre côté de la Seine et de Paris. Qu’un crayon provienne d’un magasin ou d’un autre n’avait aucune importance. Je n’avais nulle intention d’enrichir les fabricants et irais au moins cher. Les cours pesaient suffisamment sur mon budget.

Pour clore le débat, notre professeure prononça sa sentence :

— Le matériel, c’est essentiel : un mauvais pinceau fait de mauvaises peintures.

— Et un bon pinceau fait de bonnes peintures ? la taquina une femme qui frôlait l’obésité.

Quelques sourires osèrent se montrer, vite réfrénés face à la nervosité ambiante. Ingrid resta silencieuse un temps et demanda à la grosse quinquagénaire :

— Que savez-vous des bonnes peintures, Madame ?

— Non, mais c’était juste pour plaisanter, balbutia-t-elle.

— Mon cours est sérieux, Madame. On n’y plaisante pas.

Nous pensions tous que cette élève vivait ses derniers instants dans le cours. Cédant face à la tension, elle avait tenté, en vain, une pointe d’humour. Mais cela suffisait-il à l’exclure ? Nous étions tous pendus à la réaction d’Ingrid qui coupa court à la discussion :

— Nous allons passer à l’inscription. Vous viendrez quand je vous appellerai dans la salle à côté. J’espère que vous avez les documents demandés, sinon je devrais refuser votre dossier. On commence par Madame Beaulieu.

L’unique jeune fille du groupe se leva et rejoignit Ingrid, comme une condamnée suivant son bourreau. Un silence s’installa dans la salle, troublé par les bruits de papiers administratifs que les plus angoissés vérifiaient frénétiquement. En quelques minutes, Ingrid nous avait soumis, prenant un ascendant psychologique sur nous tous. Son cours se passerait exactement selon ses propres souhaits ; nos envies n’y avaient aucune place. Je n’avais pas envisagé un cours du soir comme un instant aussi tendu et rigoureux. J’avais imaginé un espace convivial, fait de rencontres, de rires, d’apéros et de partages. Ces notions étaient exclues du lieu.

Après toutes ces déceptions, je me demandais ce que je faisais ici. Cette mauvaise impression reflétait mon état du moment. Mon existence traversait un flou artistique inhabituel. Positiver me devenait difficile. Au lieu d’être heureux de rencontrer du monde, je restais fermé d’esprit. Pourtant, ces cours du soir constituaient ma bouée de sauvetage, une socialisation à marche forcée. Cette perspective se heurtait au mur implacable de la réalité. Outre la rigidité pathologique d’Ingrid, la plupart des élèves étaient des femmes dépassant la date de péremption. Personne n’avait mon âge ou quoi que ce soit d’approchant. Pas de quoi sauter au plafond. J’avais imaginé de jolies jeunes femmes, à la sensibilité à fleur de peau et aux mœurs légères, prêtes à poser pour moi lors de séances torrides. Pour mener mon existence, mes fantasmes étaient de bien mauvais conseillers.

Quelques personnes avaient fini par discuter. Ingrid n’étant pas loin, ils chuchotaient, lançant des regards vers l’ouverture de crainte qu’elle n’apparaisse. Je restais silencieux, n’ayant aucune envie de me mêler aux autres. Malgré tout, un homme, portant une large moustache, m’interpella, me sortant de ma léthargie. Il cherchait sans doute un comparse pour discuter. Entre mâles, on se serrait les coudes.

— C’est la première fois que vous vous inscrivez aux ateliers des Beaux-Arts ? me demanda-t-il pour lancer la conversation.

— Oui, répondis-je. Et vous ?

— Oh ! Ça fait bien des années que j’en fais. Je suis le cours d’Ingrid depuis huit ans.

— Ha bon ? Mais… Vous n’avez jamais eu envie d’aller autre part ? Elle a l’air un peu… rigide, non ?

J’étais passé à un doigt de dire « frigide ».

— C’est vrai qu’elle a son caractère, mais c’est la meilleure prof de Paris, vous verrez. C’est la dernière à enseigner encore la peinture à l’ancienne.

— À l’ancienne ? Vous voulez dire « avec des sévices corporels » ? plaisantai-je.

L’homme sourit. Un bon point pour lui : il avait de l’humour.

— L’académisme ! Ça disparaît ! regretta-t-il. Et pourtant, Michel-Ange, Raphaël, ils ont baigné dedans ! Pourquoi faire autrement ?

— Ils utilisaient plutôt la peinture à l’huile. Nous, on fait de l’aquarelle.

— Le dessin reste le même. Bon, c’est vrai que l’aquarelle est moins précise et académique. Le papier mouillé rend le résultat imprévisible.

— C’est justement ce que j’aime dans l’aquarelle.

Il opina du chef et me tendit la main.

— Patrick. Enchanté !

— Enchanté ! Moi, c’est…

— Monsieur Garenne ! annonça Ingrid à la porte.

— Alexis Garenne. Enchanté également !

Je pris congé de Patrick et rejoignit ma tortionnaire. Elle se tenait déjà à son bureau, impatiente :

— Alors… J’ai besoin d’un justificatif de domicile, de votre dernier avis d’imposition et de deux photos d’identité.

Je lui donnai les documents, n’osant pas m’asseoir sur la chaise qui lui faisait face sans y être convié. Elle me tendit une fiche d’information à remplir et un stylo.

— Merci de remplir cette feuille pendant que je calcule votre coefficient familial.

Après quelques instants, le résultat tomba comme une lame de guillotine :

— Ça fera quatre cent cinquante euros pour l’année.

Basée sur l’année précédente, la déclaration indiquait deux parts fiscales et des revenus près de trois fois supérieurs à ce que je gagnais aujourd’hui. Même séparés, mon ex me pénalisait encore pour le calcul de mon inscription. Malgré tout, je fus surpris qu'en regard du quotient familial, j’appartienne aux couches aisées de la société. Ingrid se sentit obligée de m’expliquer :

— Comme vous n'êtes pas résident parisien, la cotisation est majorée.

Un surcoût de quatre-vingts euros m’était facturé. Quelle ironie ! Si j'habitais la Seine Saint Denis, c’était parce que la capitale m'était inabordable. C’était la double peine en quelque sorte.

Ingrid en avait déjà fini avec moi. Elle me donna ma carte d’inscription et récita son texte d'une voix atone :

— La mairie de Paris vous enverra la demande de paiement au cours de l'année. La semaine prochaine, venez avec votre matériel, n’oubliez pas votre carte et ne soyez pas en retard. Bonne soirée.

Elle ponctua ces derniers mots d'un regard équivoque et une autre élève prit ma place. Je rangeai mes papiers dans mon sac à dos, puis, hésitant, remontai à la surface. Une fois la cour traversée, je me retrouvai dans le hall, la porte d'entrée fermée. Je trouvai la sonnette après un moment de flou et la gardienne vint m'ouvrir sans un mot. Le soleil m’attendait, l’été traînant apportant son flot de lumière vespérale. Ma soirée de dessin écourtée, je n’avais nulle envie de rentrer chez moi. Je m’arrêtai dans l’un des bistrots que j’avais croisé rue de Charenton et m’installai en terrasse. Le garçon me demanda si j’attendais quelqu’un. Je lui que non et commandai un café. Autour de moi, de nombreux trentenaires prenaient l’apéritif. Des verres de vin et des assiettes de charcuterie garnissaient les tables. Avec mon café, à dix-neuf heures, j’avais l’air d’un protestant rigoriste.

Il y avait de belles femmes dans le quartier, dans le plus pur style parisien. Elles étaient bien plus séduisantes que par chez moi,  drapée de leur inégalable élégance. Je ne s’en lassais jamais. Rien que pour cela, j’aimais venir dans ces arrondissements centraux, où les boulevards des maréchaux n’ont pas saccagé la grâce.

Sentant poindre mes frustrations derrière l’excitation, je me plongeai dans mon livre.  Je lisais Sur la Route de Jack Kerouac. Le besoin irrépressible  de voyager ne me parlait guère - étant moi-même peu aventureux – mais la tension perpétuelle du livre me happait, me fermant du monde extérieur. Sal cherchait à rejoindre San Francisco comme un moustique vers une lumière divine. Une fois sur place, au bout de quelques heures, il voulait déjà repartir. Sa maladie, cette soif insatiable de mouvement, donnait un sens à son existence. Ce cours d’aquarelle, je m’y étais inscrit pour éviter la passivité. Mais au point de me fournir un but ? J’en doutais.

Quand le bruit de la table d’à devint trop gênant, je repartis vers Bastille récupérer le métro : ligne 5, direction Bobigny, arrêt Hoche, Pantin. Le métro débordait de monde jusqu’à la station Jaurès, la dernière correspondance de la ligne. Ensuite, il se décongestionnait à petit feu, se vidant des belles femmes, ne gardant que les misérables paumés de la banlieue du Nord-Est. La nuit tombait lorsque j’arrivai enfin chez moi, un grand studio tout de blanc vêtu. Je me préparai une plâtrée de pâtes pour calmer ma faim, relevant le tout d’une sauce pesto industrielle et de gruyère pré-râpé. Je m’installai pour la soirée à mon bureau, face à l’ordinateur, oscillant entre Twitter et Facebook. Le temps passa tant bien que mal jusqu’à ce que la fatigue ne me pousse à me coucher. Je devais d’affronter, comme chaque soir, la nuit et ses démons.  

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