Chapitre III (1/2)

6 minutes de lecture

 Aller chercher leurs collègues médecin et psychologue n’était pas vraiment nécessaire, elles étaient sûrement déjà en chemin suite à l’alarme. Mais plus tôt elles seraient rassurées mieux ce serait. Il s’empressa d’envoyer un message à tous les autres fils rouges pour les prévenir, leur assurer qu’il gérait la situation et qu’il les tiendrait au courant. Il n’attendait pas les réponses. Cor restait là, réfléchissant à la meilleure façon d’aller à la rencontre de l’éveillée. Elle n’avait pas encore remarqué sa présence, le sanctuaire étant insonorisé. Son audition avait aussi peut-être souffert de sa stase et de toute façon, son attention était captivée par l’extérieur. Ce n’était pas non plus un animal sauvage, mais la situation devait sûrement être éprouvante pour elle, il était bien inutile de compliquer davantage les choses. Mais il avait beau se creuser les méninges, il n’arrivait pas à se décider… Il aurait bien confié cette tâche à Caelesti quand elle arriverait, mais il bouillonnait d’impatience à l’idée d’interagir avec elle. Au final, il opta pour la solution la plus simple : y aller à l’instinct !

Prenant son courage à deux mains, il pénétra dans la salle, doucement pour ne pas la surprendre mais suffisamment fort pour annoncer sa présence. Elle décrocha lentement les yeux de la fenêtre pour les fixer sur lui. Elle ne prononça aucun mot, ne paraissait pas particulièrement surprise, ni même craintive. Passive, elle restait simplement sur ses gardes, sans pour autant essuyer les larmes qui coulaient toujours. Avec prudence, Cor s’avança, les mains en évidence :

« -Bonsoir ! »

Au vu de son expression faciale, elle ne comprenait pas leur langue. Rien d'étonnant à cela. Elle en avait probablement au moins compris le sens puisqu’elle lui répondit d’un autre mot court qu’il imaginait avoir probablement la même signification. Sa voix était rauque et étouffée, ses muscles et ses cordes vocales toujours faibles.

« -Comment vous vous appelez ? »

A ce moment-là, le jeune homme se gifla mentalement. Ils ne se comprenaient pas, et à sa tête, elle n’avait cette fois-ci pas saisi un traitre mot de ce qu’il lui avait dit. Il balaya d’un geste de la main sa question et comme ils étaient relativement proches, s’agenouilla face à elle. Avec l’une de ses mains, il se tapota la poitrine.

« -Cor ! »

 Il dirigea alors cette même main vers elle. La jeune femme réfléchit un instant avant de lui répondre : il n’aurait même pas sut comment l’écrire, la sonorité s’éloignait vraiment de tout ce qu’il connaissait. Elle avait sûrement perçu son désarroi puisque, tout en continuant de se maintenir au rideau d’une main, elle se mit à tracer du doigt des signes sur le sol : elle essayait d’écrire. La suivant dans son initiative, Cor sortit de la poche de sa blouse son stylo et activa l’écran de sa puce qu’il lui tendit. Elle passa d’abord sa main à travers l’écran, constatant ainsi qu’il n’était pas fait d’une quelconque matière. Ensuite, le stylo fut scruté sous tous les angles et elle tenta même de l’apposer sur la surface holographique de l’écran, complètement étrangère à la technologie moderne. Le scientifique se déplaçait légèrement pour se tenir à côté d’elle plutôt qu’en face et lui en montrer le fonctionnement. Lentement, il saisit la main qui tenait le stylet dans la sienne et l’éloigna de l’écran. Une petite seconde plus tard, l’extrémité se mit à luire en vert et la lumière se répercutait sur l’interface. Elle semblait avoir compris et put finir la manœuvre, maintenant les deux outils à bonne distance. Rapidement, Cor fut soulagé de constater qu’ils avaient le même alphabet :

I can’t remember my name

 A le voir écrit, il comprenait bien que ce n’était pas un nom. Les appellations n’avait tant changées que ça en cinq siècle. Il était dans l’impasse, avait-elle mal compris la question ? Il n’eut pas le temps d’y réfléchir puisque Rapheyl revenait, suivit de Alectra :

« -Caelesti est partie lui chercher quelque chose à manger, expliqua-t-il rapidement »

L’émissaire ou quel que soit son nom n’eut aucune méfiance à l’entrée de ces deux nouveaux inconnus, elle restait indifférente. C’est Alectra qui demanda d’abord à Cor ce qu’il avait pu découvrir à son sujet.

« -Eh bien écoute, pour le moment pas grand-chose. Je lui ai demandé son nom et elle m’a écrit ça. Raph’, c’est dans tes cordes ?

-Fais-voir… Elle vient de te dire qu’elle ne s’en souvient pas. De son nom, j’entends. »

 Sans chercher à expliquer quoi que ce soit de plus à ses deux camarades, et dissimulant très bien sa propre surprise, le littéraire spécialiste des anciens dialectes s’approcha à son tour de la jeune femme. Il lui tendit son propre carnet de notes sur lequel il avait listé une bonne cinquantaine de langues disparues. Cor fut surpris de la voir pointer du doigt cinq lignes. De nos jours, la langue universelle facilitait bien les choses, il ne put s’empêcher d’être un peu admiratif. Raph commença à discuter avec l'émissaire, la conversation menée dans une langue morte était un véritable mystère pour les deux autres professionnels présents. Cor se leva donc pour rejoindre Alectra le temps qu’ils échangent un peu.

« -Qu’est-ce que tu en penses ?, demanda-t-il à la médecin.

-A première vue, elle a l’air en plutôt bonne forme. Elle devait être très résistante quand elle s’est endormie. C’est un miracle qu’elle soit seulement en vie, imagine un peu ma surprise de la voir bouger ! Mais il ne va pas non plus falloir trop tarder ce soir, elle va avoir besoin de repos… Je propose de laisser Rapheyl lui poser les questions les plus basiques, de la laisser manger et de ne reprendre que demain. Les prochains jours vont être longs pour tout le monde.

-Tu as raison, même si je dois bien reconnaître que je resterais bien éveillé toute la nuit si c’était possible !

-Ça viendra, ne t’en fais pas. Tu auras tout le temps plus tard de discuter avec elle, mais il ne faut pas la brusquer. Le docteur Seite doit être intenable lui aussi en ce moment…

-Tout le monde a bien reçu le signal ?, demanda Cor.

-Oui, avec Caelesti on était dehors, répondit la médecin, Rapheyl nous a croisé à mi-chemin alors qu’on courrait jusqu’ici. Si Seite n’a pas appelé, c’est qu’il a en toi une confiance aveugle, mais pense quand même à lui envoyer un petit mot, qu’il ne panique pas non plus toute la nuit.

-C’est déjà fait. »

 Cor lui sourit. Alectra était la plus bienveillante du groupe. Elle avait un certain âge et sa peau sombre était souvent illuminé d’un air maternel, en parfait accord avec sa personnalité. Pour la première fois, le biologiste prit le temps de regarder les réponses qu’il avait reçues. Il se sentit fier de la confiance que tous semblaient leur accorder ! Tous les fils rouges les encourageaient : Seite plaisantait en expliquant qu’il allait retourner dormir, et beaucoup avait fait preuve de leur impatience pour le lendemain.

Caelesti arriva peu de temps plus tard, chargée d’un plateau repas dont l’intégralité se présentait sous forme de purée. Passant près de ses deux premiers compagnons, elle installa rapidement une table d’étude près des fenêtres, sur laquelle elle alla ensuite poser le diner. On aurait pu régler la hauteur du plateau pour que l’émissaire, encore faible, y ai accès depuis le sol, mais elle pointa du doigt quelques chaises qui trainaient là. La psychologue suivit son initiative et les installa de chaque côté de la table.

« -Tu penses qu’elle peut se lever ?, demanda-t-elle à Alectra

-Je ne préfère pas prendre de risque… Ses muscles sont encore très faibles…

-Je vais la porter, se proposa Cor »

 L’émissaire suivait l’échange interloquée, elle fut rassurée une fois que Rapheyl le lui ait traduit. Elle laissa donc Cor la cueillir dans ses bras pour la déposer à table, s’assurant avant de la laisser définitivement reposer sur sa chaise qu’elle tenait assise seule. D’après leur interprète, elle le remercia. Le repas ne sembla pas attirer son attention le moins du monde : son premier réflexe fut de tirer sur le rideau pour qu’il s’ouvre davantage. Caelesti l’aida dans son mouvement afin de découvrir le paysage et fut elle aussi chaleureusement remerciée. Une fois fait, elle commença à manger, se délectant avec lenteur du met qui lui avait été servi, mais gardant le regard rivé sur la cité endormie. Alecra surveillait ses moindres mouvements de plus en plus abasourdie par sa condition physique et Rapheyl lui adressa quelques mots antiques qu’elle accueillit d’une approbation de la tête.

« -Je vais vous résumer ce qu’on a pour le moment, annonça-t-il. »

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 3 versions.

Recommandations

Jean-Marc GACHAN
Liban : A Momentary Lapse of Reason.
Liban : Bref épisode d'une guerre sans raison apparente, sauf, selon moi: le mauvais œil...
Sur demande de mon psychiatre : écrire la cause de l'angoisse et de l'obsession et de la paranoïa, précis, concis, le strict minimum...
22
6
0
4
Anaïs Sieffert
Quand on a de l'ambition, on peut toujours atteindre nos objectifs et changer notre destin !
26
0
0
26
A.C. Crossway
Un livre mal rangé, des souvenirs flous, une vague d'angoisse. Il en faut peu à l'homme pour tomber dans la paranoïa.
32
23
4
12

Vous aimez lire Charon ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0