Chapitre II (2/2)

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 Rapheyl trouva son ami biologiste affalé à une table de la cafétéria, non loin des vitres, et dédaignant une tasse de café, froide depuis longtemps. La nuit était déjà bien avancée et l’obscurité presque totale. Le scientifique n’avait pas allumé les lumières, il avait même désactivé les automatiques, contemplant à la Lune artificielle et aux bioluminescants la ville qui s’étendait en contrebas. L’interprète et linguiste s’assit face à lui.

« -Journée difficile ?

-Tu n’as pas idée… »

Cor appréciait en cet instant la présence de son ami. Il songeait que ce dernier devait se sentir bien plus impuissant que lui face aux derniers évènements… Il aurait pu converser avec un véritable témoignage vivant de l’ancienne ère, il aurait été le premier à échanger avec un voyageur temporel ! Et cet espoir était comme ceux de tous : détruit ! En y repensant, Cor constata que son ami était bien plus mal loti que lui.

« -Je suis désolé, s’excusait-il alors auprès de son camarade.

-A quoi fais-tu référence ?

-C’est moi qui suis déprimé alors que tu as bien plus de raison de te plaindre ! J’avais appuyé ta candidature pour remplacer l’ancien fil rouge linguiste… Et regarde notre situation maintenant… »

-Parce que c’était mon ambition. Tu as bien agis, en quoi as-tu besoin de t’excuser ? »

Cor détourna pour la première fois ses yeux du spectacle urbain pour regarder son locuteur. Si excuses devaient être faites, elles passeraient aussi par le regard !

« -Tu as travaillé longtemps pour pouvoir nous traduire des données, on trouve une mémoire vivante et tu ne peux même pas faire usage de tes talents. Tout ce travail pour rien ! Et puis tu as toujours voulu savoir si tes accents étaient corrects… Elle aurait pu aider, si elle s’était réveillée !

-Tu as toujours été trop pessimiste.

-Et toi soumis aux évènements !

-Je plaide coupable. »

 Ce genre d’échange était habituel après une journée éprouvante. Surtout si Cor déprimait. Et face à lui, Rapheyl gardait encore et toujours son sourire d’ange, comme il l’avait toujours fait. Absolument inébranlable !

« -Tu sais, j’ai beaucoup d’autres choses à traduire, je ne suis pas si inutile que ça. C’est peut-être un raté, mais certainement pas la fin du monde ! Au lieu de te demander si j’ai servi à quelque chose, essaye plutôt de penser à tout ce qui m’est arrivé de bien depuis que je suis devenu interprète ici. »

Cor l’écoutait alors avec la plus grande attention. Il était têtu, pessimiste et boudeur, mais son camarade trouvait souvent les mots justes pour l’aider à aller mieux.

« -J’ai rencontré Caelesti, c’est le plus important ! Ensuite, j’ai pu avoir accès à des ouvrages que je n’aurais jamais pu ne serait-ce que toucher dans mon ancienne situation. J’ai obtenu une reconnaissance mondiale de mes capacités et j’ai pu passer de belles années avec toi comme au bon vieux temps, à l’école. Je ne trouve pas que ce soit si malheureux. »

 Il marquait un point. En y repensant, même avec l’échec de leur mission, les dernières années n’avaient pas été inutiles… Ni tristes. Il avait de bon souvenirs de ces heures dans leur laboratoire, il avait lui-même assuré sa carrière scientifique et tissé des liens avec des êtres d’exceptions. Cette fraternité cultivée dans l’adversité les avait liés à jamais. Il pensait au docteur Seite, qui faisait parfois office de père pour lui, à Alectra qui jouait les mères poules avec tout le monde (rien d’étonnant pour un médecin), et à Caelesti en qui il avait découvert une amie précieuse, une sœur de substitution. Et parfois une psychologue ! Même si elle se refusait à assumer cette tâche pour ses amis ! Il pensait à cette famille qu’il s’était fabriqué.

« -Et puis tu sais, moi je crois qu’elle va se réveiller. »

 Cor avait été tiré de ses souvenirs par le seul murmure de son ami. La confiance dont il faisait preuve lui inspirait des sentiments contradictoires. D’un côté, il trouvait cet facette optimiste et bienveillante rafraîchissante, de l’autre, il ne pouvait pas s’empêcher de trouver ça irritant au plus haut point. Son ami en devenait parfois tellement naïf…

S'il avait été moins fatigué, il aurait sûrement exprimé son désaccord. Mais là, il se contenta de ne pas lancer de débat pour contempler sereinement le paysage. Le temps finirait de toute façon par donner raison à l’un d’eux. Cette idée l’amusa. Il se contenta de proposer :

« -Tu veux parier ? »

Et Rapheyl, pourtant peu joueur, eut un sourire radieux. Enfin… Plus qu’à l’accoutumée.

« -D’accord, je parie pour sa survie.

-Et moi pour sa mort. On met quoi en jeu ?

-Disons… Une tournée ? Soit pour se consoler, soit pour fêter son réveil ?

-Pari tenu ! »

 L'alcool se payait cher de nos jours, le perdant s'en mordrait les doigts ! Ils échangèrent une poignée de main puissante. Cor ouvrit la bouche pour remercier son ami de l'avoir ainsi "remotivé". Aucun son n’eut le temps d’en sortir : leur alarme sonnait !

Leur puce clignotait sous leur ongle. Elle émettait un petit son cyclique stressant. Les deux hommes connaissaient bien ce signal. Oh oui ! Ils ne le connaissaient que trop bien… Les machines ne détectaient plus le pouls de l’émissaire !

Alors en état de stupeur, ils relevèrent les yeux l’un vers l’autre…

 Avant de s’élancer vers la cage d’escalier ! Il renversèrent leur chaise en se levant, ne prirent même pas la peine de les redresser et détalèrent en direction des marches. Pas le temps de prendre l’ascenseur ! Ils escaladèrent au plus vite la tour jusqu’au couloir du sanctuaire. Cor désactiva le signal qui le stressait plus qu’autre chose. Leurs chaussures claquaient sur le sol. Vite, vite, vite ! Aucun mot n’était prononcé mais le bâtiment résonnait sous leur souffle saccadé. Sous le bruit de leurs pas précipités. Les doubles battants de la porte du sas furent violement dégagée du passage.

La course s’arrêta nette !

 Depuis leur petit sas, ils pouvaient voir à l’intérieur du sanctuaire. Ils se figèrent sur place en constatant une situation bien moins tragique que tous les scénarios qu’ils avaient pu s’inventer pendant les quelques secondes qu’il leur avait fallu pour rejoindre l’émissaire. Plutôt que tragique, on aurait choisi « mélancolique » ou « nostalgique » pour décrire le sentiment qui prenait à la poitrine en découvrant le tableau. Le sanctuaire était calme, parfaitement silencieux. Et l’émissaire n’était plus dans son cercueil de container. Non… Elle était agenouillée devant les baies vitrées…

 Ses cheveux étaient libérés de leur charlotte et ses bras des électrodes des machines. Avec la blouse de Caelesti sur les épaules, elle serrait dans son poing les rideaux, les écartant légèrement pour voir au dehors et s’appuyant dessus pour se tenir droite. Ses muscles tremblaient sous l’effort de la seule station assise. Et ainsi affalée, le regard perdu dans l’horizon, éclairée par la seule lune artificielle blanche qui passait entre le tissu, elle pleurait. Des larmes silencieuses coulaient de ses yeux d’adulte le long de son visage d’enfant. Chétive, maigre et tremblotante, elle restait aussi peu attirante qu’auparavant mais Cor revint sur son jugement. En cet instant, il la trouvait dramatiquement sublime.

Rapheyl réagit le premier :

« -Woua ! J’ai gagné mon pari…

-Va chercher Alectra et Caelesti ! »

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