Chapitre 1.1 - L'apprenti

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1.
L’apprenti


Le froid glacial de l’air ambiant... Je le sentais parcourir la moindre parcelle de mon corps. S’enroulant de mes pieds gelés, dont les os se seraient brisés au moindre choc un peu trop violent. Passant sur mes genoux, paralysés sous les effets du froid, ces derniers me suppliant de leur offrir une nouvelle source de chaleur, la circulation de mon propre sang ne leur suffisant visiblement plus. Sans oublier mes épaules … Comme si le poids de l’armure ne suffisait pas à leur calvaire, elles devaient en plus subir l’air froid, s’insinuant insidieusement pour remonter le long de mon dos, jusqu’à venir les caresser de sa main glacée. Si je continuais à rester ainsi, à l’arrêt, aucun doute que je finirais par tomber malade. Je m’étais figuré que la cuirasse, qui pesait lourdement sur mon corps, aurait au moins le mérite de me tenir chaud, mais la porter eut tôt fait de me départir de mes fausses idées à ce sujet. Que dire alors de l’allure qu’elle me donnait ? Je ne ressemblais à rien ainsi vêtu, mon apparence actuelle se rapprochant honnêtement plus de celle de l’épouvantail que de toute autre chose. Moi qui avais toujours adoré les contes pour enfants et les chevaliers qui y étaient dépeints, je me sentais trahi. Où était passé le charme de l’homme en armure, arborant fièrement le blason de son empire en allant porter secours aux démunis, voyageant sur les terres en compagnie de son fidèle destrier ? Loin d’en être une parfaite interprétation, j’attirais sur moi les regards pleins de pitié des vétérans, à chacun de mes déplacements … Et pas que les leurs, pour tout vous avouer. Il faut dire qu’il n’y a guère besoin d’expérience pour reconnaître la bleusaille camouflée derrière l’équipement : tendu comme un piquet, obligé de réaliser des mouvements amples pour avancer sans trébucher à chacun de mes pas, les grincements et autres claquements métalliques rythmant mon avancée d’une symphonie dissonante … Cependant, peut-on vraiment en demander plus à un homme qui porte l’armure pour la toute première fois ?

Pour me réchauffer, j’avais décidé de faire le tour du campement, espérant que l’exercice de la marche suffirait à apporter de nouveau un peu de chaleur à mes membres transis. Il ne me faudrait pas des heures pour le parcourir, celui-ci n’ayant été construit pour compter qu’une centaine d’hommes, tout au plus, mais si cela pouvait m’éviter de finir gelé dans un coin, dans l’attente d’un ordre … Surtout que celui-ci risquait de mettre du temps à arriver, étant donné que j’avais plutôt l’impression que l’on m’avait mis dans un coin, pour éviter de gêner ceux qui, contrairement à moi, ne seraient pas trop mauvais pour apporter réellement de l’aide. Dans un sens, ça n’était pas totalement éloigné de la réalité, étant bien trop étranger aux arts de la guerre pour pouvoir réellement prêter main-forte, mais un soldat qui se sent faible est un soldat à moitié mort. L’idée de séparer les hommes, pour mettre nos tentes à l’opposé de celles des combattants les plus reconnus, était donc pour moi négative. Nous enseigner le nécessaire pour que nous ne soyons plus des poids morts pour les autres m’aurait paru plus efficace pour tout le monde, mais, très clairement, on n’avait pas envie de s’embêter avec des débutants et on ne nous le cachait pas … Autant dire que cela ne contribuait pas à notre activité spontanée sur le camp, l’impression d’inutilité venant vite étouffer le potentiel enthousiasme de certains. Sans compter sur l’organisation des quartiers, qui pouvait rapidement jouer sur le moral lorsque, comme c’était mon cas, l’on se retrouvait particulièrement éloigné des entrées, dans l’incapacité de voir arriver supérieurs ou ravitaillement.

Perdu dans mes pensées, mes pieds avançaient d’eux-mêmes d’un pas hasardeux, au milieu des toiles tendues nous servant actuellement d’abris. Chancelant plus qu’autre chose, je marchais, tout droit, en direction de l’entrée sud, longeant la tonnelle principale située plus ou moins au centre de nos installations, ayant l’impression de tirer derrière moi une ribambelle de casseroles, à cause du bruit qui parvenait à mes oreilles à chacune de mes foulées.

« Tiens bon la barre, gamin, tu dérives ! »

La cacophonie provoquée par mon avancée bancale semblait avoir attiré l’attention d’un de nos vétérans, qui m’adressa un sourire amusé, doublé de cette boutade dont le sens comique m’échappa complètement à cet instant, au vu de ma situation. Cependant, une grosse agitation, un peu plus loin, détourna rapidement mon attention ; de nature assez curieuse, je décidai donc de m’en approcher, pour y apercevoir, au milieu des hommes qui s’étaient attroupés, un chevalier à la prestance imposante. Sa voix raisonnait sans mal, malgré le bourdonnement des commentaires murmurés par l’essaim de soldats qui l’entourait. Son ton était clair, mais sans appel, comme celui d’un homme habitué à donner des ordres. Ses épaules solides semblaient faites pour recevoir le poids de l’armure qui les couvrait, tandis qu’il se mouvait sans effort apparent. Tout, dans son allure, rappelait ces héros de contes de fées auxquels j’aurais tant voulu ressembler. Les discussions, allant bon train tout autour, m’apprirent qu’il s’agissait de Charles, notre chef de guerre en personne. Sa présence n’était pas bon signe, signifiant que quelque chose se préparait et, étant donné que j’avais été forcé de rejoindre les rangs en vue d’une future bataille, je craignais fortement que sa venue ne soit annonciatrice de l’imminence de celle-ci. Tendant l’oreille pour savoir exactement à quoi m’attendre, mon inquiétude se vit aussitôt confirmée, le but de sa venue étant de nous informer que l’ennemi était à trois nuits de notre camp. Mille cinq-cents hommes en marche pour nous faire front. Un nombre d’autant plus important que, même en comptant tous les bataillons disponibles à moins de trois nuits de nous, nous ne serions que neuf cents tout au plus pour leur faire face.

« D’autres renforts sont en route et, le temps qu’ils vous rejoignent, il vous faudra tenir le coup. Vous allez devoir vous en charger, une bonne nuit de plus. »

Se battre dans ces conditions, une nuit supplémentaire … Dieu seul savait si nous en serions capables. Tenir une demi-journée relèverait déjà du miracle … La situation  n’était clairement pas à notre avantage, bien loin d’une défense de forteresse où nous aurions été à couvert,  nous étions voués à nous retrouver dans un face à face équitable avec l’envahisseur. Pire encore, notre supérieur venait de nous annoncer que cette offensive se déroulerait en désavantage numérique. Il était clair que le chef passait sous silence le fait que nous ne servirions que de zone tampon, bataillant pour laisser le temps aux renforts de s’organiser plus loin ; inutile de croire que des troupes entières viendraient à notre aide. Cette annonce en tête, nouveau fardeau venant s’ajouter au poids sur mes épaules, je repris le chemin de ma tente où d’autres débutants vinrent me rejoindre. Au repas du soir, beaucoup préféraient se rassembler que de rester seuls, discutant du message reçu cette après-midi. Cependant, plutôt que de se galvaniser et s’encourager les uns les autres, ils se transmettaient maladroitement leurs peurs, tandis que je restais en retrait, préférant les écouter que d’y réfléchir par moi-même. Ils ne savaient pas comment gérer la situation et, honnêtement, moi non plus, faisant ressurgir en moi ce sentiment d’inutilité tandis que je décidais de retourner vers ma couchette. Au moment de m’endormir, la peur vint se blottir contre moi, exécrable partenaire de sommeil dont je me serais volontiers passé, le froid ayant déjà décidé de me tenir compagnie de manière fort peu agréable. Cette nuit fut probablement la pire que j’ai pu connaître jusqu’alors, la mort me semblant terriblement proche et menaçante. Comment un novice tel que moi avait-il une quelconque chance de s’en sortir dans une pareille situation ? J’avais perdu tout espoir de me situer à l’arrière, en écoutant les paroles du chef de guerre. Il ne s’agirait pas d’apprendre les rudiments du métier sur le terrain, en observant les plus adroits d’entre nous au combat, non … J’allais être en première ligne, pour prendre les coups pour nos vétérans. Je serais au-devant, que je sache courir en armure ou non. Je me retrouverais responsable de centaines de morts, en plus de la mienne, si j’étais incapable de tenir … Toute perspective de survie se dissipait à cet instant, étouffée sous la peur et la pression, dominée par la nostalgie de la chaleur de mon foyer.

Moi, Lukas, simple berger de 20 ans, je n’avais jamais autant regretté la petite baraque en bois, dans laquelle je vivais seul. Elle appartenait autrefois à mon père, et je n’avais fait que récupérer sa possession lors de sa mort, deux ans auparavant. Ce n’est pas comme si j’avais réellement eu une quelconque alternative, de toute manière : je n’ai jamais connu ma mère et, désormais orphelin, il me fallait bien réagir pour survivre. La solution la plus simple était alors de reprendre ce qui avait été construit par mes parents, avant moi. Le village à proximité m’avait également épaulé, autre héritage de mon père, et de sa gentillesse l’ayant poussé à venir en aide aux autres, quitte à se mettre lui-même en difficulté. Une générosité que les villageois m’avaient alors rendue, me sauvant probablement la vie. Ce passé à l’absence alors pesante, j’aurais voulu en rêver cette nuit-là. Mon cerveau en avait toutefois visiblement décidé autrement, préférant me rappeler le débarquement de deux hommes inconnus, en armure, sur ma propriété. Deux soldats, venus me chercher car j’étais jeune et en état de combattre, apte à protéger Loncana, l’empire des trois fleuves. On ne me laissait guère le choix, mais, en échange, je recevrais une grande récompense afin de dédommager mon commerce, disaient-ils. Je ne craignais pas encore la mort, ce jour-là, ma seule réserve était alors celle de laisser ma maison à l’abandon …

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