Drame de la séparation

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Journaliste, je suis affecté à la rubrique faits divers du quotidien régional où je travaille. Vous ne savez pas tout ce qui se cache derrière ces deux-trois lignes que je résume pour vous. Beaucoup veulent en savoir plus... Par égard envers mon employeur, je publie ici sous un pseudonyme et vous délivre les histoires les plus insolites ou sordides que j'ai pu connaître dans ma carrière, en modifiant certains détails bien évidemment...

Drame de la séparation.

Généralement ces quatre mots associés me donnent la nausée. Je sais l'histoire qui se cache généralement derrière, la plus glauque, la plus morbide qui puisse exister. On pourrait croire à un concours niveau barbarie. Cette semaine, entre la femme qui a cuit sa fille sur un barbecue improvisé et l'homme qui a découpé ses deux gamins à la disqueuse, j'ai visité plusieurs fois les toilettes vétustes de la rédaction, et ce n'était pas pour la petite commission...

En tant que journaliste, niveau rhétorique, on joue dans la même cour que les avocats. On enrobe ça bien gentillement dans un paquet cadeau, de façon à ce que le papier distraie bien le gamin qui va le recevoir. Si le cadeau ne plait pas, il pourra toujours se rabattre sur l'emballage.

Quand j'ai commencé, je disais toujours à mon supérieur: "pourquoi tu conclus ton article toujours de cette façon quand ça concerne une histoire de ce type?". Aujourd'hui, quand je dois rédiger un article sur cet euphémisme de drame humain, je me cache derrière la formule toute faite, dès le titre. Si je le pouvais, je mettrais une mention comme sur les paquets de cigarettes "cet article nuira à votre perception de l'espèce humaine"

Ma compagne, féministe au fond de l'âme, talons aiguilles sur le coeur, m'interpelle souvent là-dessus. Pourquoi ne pas dire la vérité ? Pourquoi ne pas écrire "Monsieur Tartampion, desespéré d'avoir perdu la femme qui lui servait de boniche/vide-couille/maman/coach/psychologue, rayer la mention inutile si nécessaire, a décidé de se venger d'avoir été plaqué du jour au lendemain sans qu'il s'y attende en tuant de sang-froid sa progéniture avant de faire semblant de se suicider, histoire de plaider la folie devant les tribunaux".

Je sais très bien qu'elle a raison. Un couple bien établi, dans l'amour et le respect, ne peut pas commettre de telles choses, même quand l'amour s'éteint et surtout quand il y a des enfants entre les deux partenaires. Non, ça se chicane plutôt pour le montant de la pension alimentaire, le partage des meubles, la facture de l'avocat façon "guerre des Roses" tout en jouant en façade sur le tableau "on ne s'aime plus mais on reste bons amis pour les enfants"

Cependant, comme la cruauté n'est pas que l'apanage des mâles, quand je lui ai parlé de la petite transformée en saucisse par sa génitrice, j'ai eu le droit à la mine dégoutée, partagée entre stupéfaction et terreur, et à sa petite voix "A partir d'aujourd'hui, tu ne me parles plus de ton boulot".

Encore heureux pour elle, et pour mon estomac, que je ne suis ni pompier, ni policier!

On ne devrait même pas faire de la publicité pour des crimes pareils, rien que pour le respect des victimes, déjà.

Cependant, de quoi je remplirais les pages de mon journal? "Aujourd'hui, un jeune homme a aidé une vieille dame à traverser la rue". Dans l'heure qui suit, la rédaction sera inondée de mails de mécontements et la courbe des abonnements tirera la tronche sur l'année.

Le seul journal de bonnes nouvelles que je connaisse, c'est un projet qui a fait "pshiiit" version papier, version télévisée, l'aventure a duré le temps que les actionnaires de la chaîne finissent d'éplucher leur rapport annuel de dividendes, et verion numérique, le site n'est plus à jour depuis juillet. Les optimistes diront que le stagiaire est parti en vacances et a oublié de rentrer, les pessimistes, eux, diront que faute de lecteurs et de contenu, le créateur laisse son site en jachère, à défaut de le vendre.

Vous savez ce que j'en déduis? Dans le monde animal, deux écoles: des couples unis à la vie, à la mort ou ceux qui jouent à "je t'ai fécondé, je me casse". Je connais peu de cas où un des deux partenaires tue la progéniture dans le but de faire souffrir l'autre. Vous me direz que les animaux n'ont pas de conscience, et encore moins de sentiments ? Permettez moi d'en douter. Mon constat reste le même: l'homme n'est pas un animal.

Non

IL EST ENCORE PIRE !

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