Chapitre 16 - Hailey

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Je me réveille doucement. Ma tête, mon ventre et mon sexe me font un mal de chien. Que s’est-il passé ? Je veux porter mes mains à mon front quand celle-ci sont bloquées. Stupéfaite, j’ouvre les yeux en grand. Je m'aperçois qu’elles sont entravées par des menottes reliées à un lit qui n’est pas le mien. Il est sale, des traces rouge - marron sur ce qui reste d’une couverture en laine gris crade. Ma salive devient acide tant la bile essaie de remonter dans ma bouche. Par réflexe je regarde fébrilement mon corps, quand je prends conscience que je suis totalement nue. La panique me gagne. Une goutte de sueur dégouline le long de ma colonne vertébrale. Le haut de mes jambes est recouvert de sang séché. Les larmes coulent sur mes joues alors que mon corps est pris de tremblements. Une boule se forme dans ma gorge. J’ai juste le temps de tourner la tête pour vomir par terre.

Putain ! Mais que s’est-il passé ?

D’un coup les souvenirs reviennent.

Alec m’embrassant sous le porche de chez moi.

Les sales types qui se sont mis à l’agresser.

Moi voulant jouer à Wonder Woman.

Eux me frappant, relevant ma robe et me prenant de force ma virginité.

Oh mon Dieu !

Je pleure de longues minutes. Tellement fort que je suis prise de soubresauts. Je tremble pendant que mon corps se balance d'avant en arrière. J'ai envie de hurler mon désespoir, mais le son ne sort pas de ma gorge nouée. Qu’est-ce que je vais faire ? Pourquoi suis-je attachée ? Il faut que j’aille à l’hôpital rapidement. Et que je retrouve Alec ! Pourvu qu’il aille bien ! Et mes parents doivent me chercher partout !

Des bruits de coups, suivis de cris et de pleurs provenant de la pièce d’à côté me font sursauter alors qu'un cri étouffé sort de ma bouche. Il faut que je sorte d’ici au plus vite.

Je balaie la pièce du regard. Il n’y a que ce lit dégueulasse, un lavabo crade, un miroir où je doute pouvoir réellement voir mon reflet, et des toilettes à l’hygiène plus que douteuse.

J’inspecte mes entraves. Je tire dessus, jusqu'à me faire saigner les poignets, mais rien n'y fait. C’est solide, et je n’ai malheureusement pas assez de force.

Le bruit d’une clé dans la serrure de la pièce où je me trouve, m’indique que quelqu'un arrive. Je suis enfermée comme une prisonnière. Par réflexe, je me recule dans le coin du lit jusqu’à me mettre en boule, et je ferme les yeux.

La porte s’ouvre, et des pas lourds arrivent jusqu’à côté de moi.

— Réveille toi salope !

La voix est grave, dure et sans appel. J’ouvre les yeux et regarde l’homme qui me fait face. Il est grand, costaud. Ses cheveux blonds, mi longs, encadrent un visage carré, sévère. Ses yeux bleus me jettent un regard glacial. Tout en lui me fait peur, et je sais que ce n’est malheureusement pas qu’une impression.

Il enlève son cuir qu’il pose sur le lit et s’assied à côté de moi.

— Voilà comment ça va se passer. Tu feras tout ce qu’on te dit de faire et on verra pour t'enlever ensuite tes liens. Est-ce que tu as bien compris ?

Je hoche de la tête. Mon esprit de protection me dit de ne pas le contrarier.

Il se redresse et va chercher un gant qui était posé dans le lavabo, le mouille et me le jette au visage.

— Nettoie-toi vite. Quand je reviens dans cinq minutes tu as intérêt à être propre.

Son regard de prédateur me fait frissonner. Mais pas de ceux qui sont agréables, non je sais dès ce moment que ma vie ne sera plus jamais plus comme avant.

Assise par terre, je tremble comme une feuille dans les bras d’Alec. Ses mains et sa voix douce me rassurent. Je suis comme dans un cocon de protection. Les minutes passent lentement, et j’arrive à reprendre le contrôle de mon corps. Enfin, si on veut. Là tout de suite, il me faudrait un rail de coke. J'ai besoin d'oublier les souvenirs qui viennent de m'assaillir, pour plonger dans ce monde onirique où ma douleur n'existe plus, mais je me suis fait la promesse de ne plus y toucher. Je relève la tête et le fixe. Encore une fois il est là. C’est lui ma nouvelle drogue, mon salut. Je me jette sur ses lèvres, comme une désespérée. J’ai besoin de le sentir sur moi, en moi. Besoin de la sensation lorsque j'atteins le septième ciel dans ses bras. Besoin de lui.

Ma langue se force un passage jusqu'à la sienne. Je veux le goûter comme si c’était vital. Mes mains se glissent frénétiquement sous son tee-shirt. Mes gestes sont rapides, dans l’urgence, alors qu'Alec n’est que tendresse. Je me positionne à califourchon sur lui, bougeant le bassin sur son érection. Tandis que je commence à m’attaquer aux boutons de son jeans, iI attrape mes mains pour m’arrêter. Je me recule légèrement. Nos souffles sont saccadés, ses obsidiennes encore plus noires. Pourquoi m’arrête-t-il ?

— Tu ne veux pas de moi ?

Mon ton est plus sec que ce que j’aurais voulu, mais je suis énervée, frustrée.

Je suis vexée que l’homme qui m’est indispensable ne me désire pas.

— Ma puce, pas comme ça. Et pas ici.

Il me parle doucement. Comme à un animal égaré.

C’est ce que je suis de toute façon. Egarée, brisée.

— J’ai besoin de ça Alec. J’ai besoin de toi.

Ma voix se brise sur la fin de ma phrase. Il me prend dans ses bras.

— Non Hailey, ce que tu as besoin c’est de te faire aider. J’aurais beau être là, j’aurais beau te rassurer, tout ce qui se passe dans ta tête ne pourra guérir que si tu vas voir un spécialiste. Moi je ne peux m’occuper que de panser ton cœur. Je serai à tes côtés pour traverser tout ça, mais on n’y arrivera pas si tu ne te fais pas aider.

Les larmes coulent sur mes joues. Je sais qu'il a raison, mais je n'arrive pas à penser autrement qu'une pauvre fille blessée. J’ai tellement peur de ne jamais me relever. J’essaie de le repousser, mais il me sert encore plus fort contre lui.

— Fais moi confiance, ma puce. On va surmonter tout ça. Et même si j’aime beaucoup nos parties de jambes en l’air, on ne peut pas faire ça. Et n’essaie même pas d’envisager de retourner dans la ruelle où je t’ai retrouvée !

Il attrape mon visage dans ses deux mains. Ses yeux me sondent. Il essuie les traces des larmes sur mes joues que je n’avais même pas senti couler, et dépose un baiser sur mon front.

Plusieurs minutes passent alors que je suis lovée dans ses bras. Trois coups sont portés à la porte nous sortant de la bulle réconfortante qu’Alec avait réussi à créer. Tyler passe la tête par le chambranle et nous inspecte.

— Navré de vous déranger les tourtereaux, mais ton client t’attend, Alec.

Mon tendre brun hoche la tête pour acquiescer, puis se retourne vers moi.

— Ca va aller Hailey ? Le biker ne fait pas partie d’un gang d’accord ? Il vient juste pour un tatouage. Tu ne crains rien. Je te le promets.

— D’accord, lui soufflé-je.

Il se redresse puis m’aide à me relever. Après un baiser sur ma tempe, il nous dirige dans la pièce d’accueil du shop. La cliente qui parlait avec Tyler a disparu cependant le motard attend au comptoir. Je ne peux m’empêcher de me figer lorsqu’il porte ses yeux sur moi, malgré le sourire qu’il m’adresse. Frénétiquement je me mets à frotter mon poignet pour me libérer de mon angoisse, mais aussi du manque qui se fait de plus en plus ressentir.

Eh oui Hailey, tu es comme n'importe quel junkie.

Le fait de me rendre compte de cet état de fait, me démoralise. J'espérais naïvement que je pourrais m'en passer du jour au lendemain, en claquant des doigts.

Je suis amenée délicatement sur la banquette où le matériel de dessin est resté.

— Je suis à côté ma puce. Ne bouge pas surtout.

Il attend ma réponse, alors je valide en déposant un léger baiser sur sa joue.

Satisfait, il reporte son attention sur l’homme à la moto.

— Kyle, mon pote ! Désolé, je suis tout à toi, suis moi dans ma pièce.

Je me retrouve toute seule avec Tyler qui me dévisage derrière la banque. Je ne le connais pas et je me sens toujours mal à l'aise avec les inconnus. Par contre je sais que je vais devoir m'excuser pour tout à l'heure, mais pour le moment je ne m'en sens pas du tout le courage.

J’attrape les feuilles blanches et crayons, puis commence à gribouiller tout ce qui me passe par la tête. Un crayon, la plante qui fane dans le coin, un dermographe, quelques tattoos exposés.

Je dessine jusqu’à m’en faire mal aux poignets.

J’ai besoin d’une ligne !

Non ! Je ne peux pas faire ça.

Je casse les mines des crayons. Je m’acharne tellement dessus que je troue les croquis.

De frustration, je les réduis en boules. Je souffle un long moment et m'avachis sur le divan. Je me lève, fais les cent pas. Me repose sur la banquette.

Tyler fait mine de ne pas remarquer mon manège, même si je dois ressembler à une folle. Il dessine de son côté, concentré. Discrètement je commence à le croquer.

J’ai toujours préféré les portraits. Les gens peuvent mentir, à eux-même ou aux autres. Mais les visages, les yeux, les rides, tout ça, ça ne ment pas. J’aime entraprecevoir l’âme d’une personne dans son regard. Le miroir de l’âme comme disait ma grand mère.

Quelques heures plus tard et plusieurs dessins traînant sur la table, je me lève pour me dégourdir les jambes et les doigts. Je me dirige vers le coin cuisine pour me servir un verre d’eau.

Dessiner m’a fait plus de bien que je ne le pensais. Ou c’est juste que j’avais oublié la sensation que ça pouvait me procurer. Ça m’a permis de laisser s’envoler une grande partie de mon stress, une plus petite de tristesse et de me reconnecter avec moi-même. Je suis également surprise que pendant ces quelques heures je n'ai pas pensé au manque.

Maintenant que mes pensées sont dans l’ordre, je dois bien avouer qu’Alec a raison. Il faut que je consulte. Il ne sera pas forcément tout le temps avec moi. Et si jamais j'avais une crise en allant faire des courses ou en me baladant ? C’est inconcevable. Il faut que je garde en tête que je dois profiter du moment, je suis libre, avec l’homme que j’...

Quoi ? J’allais vraiment dire ça ?

Je secoue la tête et sors de ma poche la carte blanche de la psy, Dr Lucy Mc Carty - psychologue assermenté.

Mon téléphone à la main, j'appelle immédiatement, tant que j'en ai le courage.

Ça décroche au bout de trois sonneries.

— Cabinet du Docteur Mc Carty, bonjour.

— Oh euh … J'appelle pour prendre rendez-vous.

— Bien sûr, c'est pour un suivi ou un premier rendez-vous ?

— Un premier, soufflé-je.

— Dix-huit heures trente demain ? C'est à quel nom ?

— Clarks Hailey.

— C'est noté, à demain mademoiselle Clarks.

Le rendez-vous est pris. Plus de possibilité de faire marche arrière. Je me sens perdue, une boule d’angoisse grossit dans ma gorge. Je ne pensais pas avoir une date aussi vite. J'espère avoir fait le bon choix. Je me frotte de nouveau le poignet et m'en rends compte lorsque celui-ci est rouge, presque à sang. Je passe de l'eau fraîche dessus afin d'en effacer la douleur quand la voix d’Alec arrive jusqu'à moi. Il doit avoir fini. Contente de pouvoir de nouveau me blottir dans ses bras réconfortants, j'ouvre la porte pour le retrouver après avoir soufflé un bon coup, mais tombe nez à nez avec mon tatoueur et son client. De nouveau, mes muscles se crispent. Une goutte de sueur descend le long de ma colonne vertébrale.

Définitivement, mon entretien avec la psychologue tombe à point nommé.

Ils perçoivent mon mal-être, alors le biker, gêné, s'en va après un au revoir de la main en direction de mon mec.

Dès qu'il n'est plus dans mon champs de vision, ma respiration reprend, alors que je ne m'étais pas rendu compte que je la retenais.

— Ça va ma puce ?

Je lui fais un léger sourire pour le rassurer.

— Oui, ça va. Ne t'inquiète pas.

II noue nos doigts ensemble avec un sourire aux lèvres, puis nous retournons à l'accueil.

Tyler se retourne sur nous, mes croquis en main.

— C’est toi qui a dessiné ça ?

Il a l’air surpris, et … ébahi.

— Oui c’est moi, mais c’est loin d’être abouti. Ça fait quelques temps que je n’ai pas eu un crayon en main.

Il secoue la tête et tend les feuilles à Alec, qui s’empresse de regarder mes ébauches un sourire en coin.

— C’est une blague Hailey, continue le tatoué. C’est juste super ! Et j’adore celui où tu m’as croqué en train de dessiner un futur projet ! Tu as beaucoup de talents !

Celui-ci c’est le dernier que j’ai fait après avoir fait des ébauches de tout ce que j’avais sous la main. Il est loin d’être au niveau, surtout si on compare à avant.

Rien ne sera comme avant Hailey.

J’essaie de reprendre les papiers des mains d’Alec, mais celui-ci les lève en l’air, hors de ma portée, pour pouvoir finir son inspection.

— Allez Alec ! C’est moche !

Il me regarde en souriant.

Je saute pour essayer de les récupérer, mais rien à faire. Je me retourne vivement pour fusiller du regard Tyler qui se marre dans mon dos.

— Continue de te foutre de ma gueule et je te fais bouffer un par un ces putains de dessins !

— Ouuuuh c’est qu’elle mordrait !

De colère, je leur tourne le dos et retourne chercher mes affaires dans la cuisine. Je déteste qu’on se moque de moi. A mon retour auprès des deux compères, qui ont arrêté de rigoler, leurs yeux se posent sur moi. Alec fronce les sourcils en m'apercevant habillée de la veste, mon sac à la main, puis se rapproche de moi.

— Tu fais quoi Hailey ? me questionne-t-il.

— Je vais rentrer chez mes parents.

Au moins chez eux, personne ne se fout de ma tronche.

Il se retourne vers Tyler, qui, d’un hochement de tête s’en va derrière une porte que je n’avais pas encore vue jusqu’ici.

Alec reporte son attention sur moi et prend mes mains dans les siennes. Mais je les retire de suite, comme si son touché me brûlait la peau. Je n’ai pas envie qu’on se paie ma poire, je n’ai pas envie qu’on me touche, même lui.

Je vois bien que ça le blesse que je le repousse, mais c’est plus fort que moi.

J’ai été traînée dans la boue en primaire jusqu’au collège avant l’arrivée de Betty et T.J. Et il y a eu ces trois dernières années. J’ai appris à me protéger, quitte à devenir invisible aux yeux de tous. Et si je devais recommencer, je le referais sans aucune hésitation. Surtout lorsqu’on voit ce qu’a donné mon envie de vivre comme toutes les filles de mon âge.

— Ma puce, reste s’il te plaît.

Sa voix devenue rauque me supplie. Mon coeur se brise en me rendant compte que mon attitude le touche plus que ce que je n'aurais pensé.

Mince, je n’aime pas non plus que ça le mette dans cet état.

Je souffle un gros coup et m’assieds lourdement sur la banquette, les yeux baissés sur mes mains. Je me gratte là où la rougeur n'a pas eu le temps de partir. Je l’entend avancer puis sens le canapé s’affaisser sous son poids, juste à côté de moi.

— Hailey, on ne voulait pas te vexer. Surtout que toutes tes esquisses sont superbes. On ne faisait que te taquiner. Tyler n’est pas un mauvais gars, tu sais ? Il a vraiment aimé ce que tu as fait. Et bien que tu n’en sois pas convaincue, tu n’as rien perdu de ton talent.

Il pose sa main sur mon genou et poursuit :

— Tu es douée, bébé. Très douée. J'ai toujours été impressionné par tes dessins, et je le suis encore.

Une larme s’échappe de mes paupières et s’écrase sur ma main. Il me prend alors dans ses bras. Je suis prise d’un énorme sanglot, relâchant la pression des dernières minutes.

— Je suis désolée Alec. C’est juste que je n’ai pas l’habitude de tout ça. C’est beaucoup de choses à réapprendre, à gérer. Je me sens submergée par un trop plein d’informations. D'émotions. Je ne me sens à ma place nul part depuis ma libération. L’entretien de ce matin a fait ressortir beaucoup de choses que je voudrais oublier.

— Ma puce, tu ne pourras jamais oublier tout ça. Mais je te promets de tout faire pour que tu arrives à tout surmonter. Je serai toujours là pour toi. Je te l’ai déjà dit, mais je le répéterai autant qu’il le faut pour que ça rentre bien là dedans.

Il tapote mon front avec son index, ce qui a pour effet de me faire sourire.

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