Chapitre 6 - Alec

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3 ans plus tôt

Un sourire niais sur les lèvres, je viens de quitter Hailey sur le pas de la porte de sa maison.

Je ne sais pas si c'est son côté candide, ou ses lèvres, son corps, ses doigts, son odeur, mais elle m'a totalement retourné la tête.

Putain cette fille est une vraie bouffée d'oxygène.

Je me suis fait violence pour ne pas rester avec elle, de la prendre contre sa porte ou de l'amener dans sa chambre. Mais avec elle je sens qu'il faut que j'y aille doucement.

Je marche tranquillement en direction de mon appart, l'esprit tourné vers ma jolie blonde, quand un groupe de gars à l'allure inquiétante me demande,

– T'as des clopes gamin ?

Pour avoir connus quelques salops du même genre, je leur tend mon paquet sans broncher.

– Du feu ?

– Yep.

Je leur donne et commence à continuer ma route.

Fait profil bas, tu as promis de ne plus faire de vagues.

– Eh gamin ! On ne t'a jamais dit de partir ! Donne nous ton fric !

Nous y voilà…

Je les détaille rapidement, des tatouages dont je ne comprend pas la signification sur leurs bras, cous et certainement sous leurs cuirs et jeans, à moitié défoncé à l'alcool et sûrement plus. Ils sont loin de ressembler à des enfants de chœur.

Je vide mes poches, sachant que je ne fais pas le poids contre eux, leur tends les dix dollars que j'ai.

– Il se foutrait pas un peu de notre gueule le môme ? se marre un des types.

– Je sais pas mais j'ai bien envie de lui foutre sur la tronche ! Répond un deuxième.

Quand soudain le premier me fout un uppercut en plein sur le nez, j'entends celui-ci craquer sous le choc. Puis un deuxième, troisième coup.

Je commence à voir trente-six chandelles. Ma tête tourne, je ressens le goût de mon sang dans la bouche et mon nez me fait un mal de chien.

Un cri affolé perce la nuit et se rapproche de moi et de mes agresseurs.

Je m'affole quand je comprend que c'est Hailey qui arrive ! Il faut que je la protège et que je la ramène en sécurité chez elle, mais je n'arrive pas à faire le moindre mouvement.

J'entends ses pleurs, ces connards qui rigolent, et des bruits de gifles.

Après quelques secondes j'arrive péniblement à ouvrir les yeux et la vois allongée par terre, son regard larmoyant dans le mien. J'essaie de toutes mes forces de la rejoindre, mais mes côtes me font un mal de chien.

La douleur est si insoutenable que mes yeux commencent à se fermer d'eux même malgré toute ma volonté d'être à ses côtés.

Et puis c'est le trou noir.

Bip. Bip. Bip. Bip.

C'est quoi ce putain de son ?

Mon corps et ma tête me font souffrir le martyre.

J'arrive difficilement à ouvrir les yeux. Une forte lumière blanche m'éblouie.

Je regarde partout autour de moi, des murs blancs, une odeur aseptisée.

Merde je suis à l'hosto ?

Je n'arrive pas à me souvenir. Qu'est-ce que j'ai fait pour me retrouver dans cet état ?

Une infirmière, petite, toute en chair, un carré blond et yeux marron, rentre dans ma chambre et me dit tout en regardant mes constantes :

– Ah jeune homme, vous êtes enfin réveillé. Je suis l'infirmière Mandy. J'appelle le médecin et je vous change vos pansements après.

Elle sort de la pièce.

Quelques minutes plus tard une femme brune d'une quarantaine d'année entre suivie de la même petite bonne femme de tout à l'heure.

Au vu de sa blouse ça doit être la doc.

– Bonjour Alec, je suis le docteur Young, savez-vous pourquoi vous êtes ici ?

Je me racle la gorge. Ma bouche pâteuse a le goût de sang lorsque j'avale ma salive.

– Non je ne me rappelle de rien. J'ai un putain de mal de crâne, au nez et au bide.

– Vous avez été agressé hier soir, vous avez été retrouvé dans un sale état. Plusieurs de vos côtes, ainsi que votre nez sont cassés et vous avez également un léger trauma-crânien.

Putain de bordel de merde !

– La police va venir prendre votre déposition. Votre mère et vos amis aimeraient vous voir. Comme vous venez de vous réveiller, ça ne sera pas plus de vingt minutes, vous devez encore vous reposer.

Dès que le docteur Young quitte la chambre, Mandy vient finir de refaire le bandage de ma tête.

À peine terminée, que quelqu'un frappe à la porte et elle s'ouvre à la volée.

Ma mère, telle une furie, fait son apparition et fonce sur moi.

– Alec ! Oh mon Dieu, Alec, mais que t'est-il arrivé ?!

Je grogne quand elle me sert dans ses bras.

– Oh pardon mon chéri !

Elle rapproche une chaise de mon lit et prend ma main dans la sienne.

– Est-ce que tu sais ce qu'il s'est passé ?

– Non maman, je ne me souviens de rien.

– Tu me promets que tu n'as pas replongé dans les emmerdes, hein ? Promets-le moi, Alec.

C'est la première fois que je vois ma mère dans cet état là, et pourtant elle est venue me voir souvent à l'hôpital quand nous étions à L.A. La peur ne quitte pas son visage pourtant si beau habituellement. On peut dire qu'elle fait partie de ces femmes bien conservées, grande, élancée, brune aux yeux bleus, elle est plutôt canon.

– Promis maman, je n'ai rien fait d'illégal.

Rassurée, elle s'en va, à contre cœur, au bout de plusieurs minutes tout en me promettant de revenir le lendemain à la première heure.

Wyatt, la nana qu'il saute et son cousin entrent à leur tour. Les visages dévastés, les yeux rougis, ils n'osent pas me regarder en face.

– Ça va vieux ? me demande finalement mon pote.

– J'ai l'impression d'être passé sous un train mais à part ça, ça peut aller. Pourquoi vous faites cette tronche ?

– Où est Hailey ? souffle Betty.

Hailey ? Merde c'est qui cette nana ?

– Je … Je ne me souviens de rien de ce qu'il s'est passé. Et je ne me souviens pas de cette fille.

– Cette fille ?! hurle T.J. Hailey, c'est celle avec qui tu es rentré, après avoir passé ta soirée à lui bouffer la bouche ! continue-t-il complètement enragé.

Sa cousine le prend dans ses bras pour le calmer.

– Mais surtout, c'est ma meilleure amie, dit-il entre deux sanglots. Et elle a disparu.

Merde c'est vraiment le vide dans mon cerveau, comment ça se fait ? Surtout qu'apparemment j'ai passé du bon temps avec cette fille.

Ça me gonfle ce putain de black-out !

– Je suis désolé, je ne me rappelle pas d'hier, qu'est-ce qui s'est passé ? demandé-je complètement déboussolé.

– Hier soir c'était l'anniversaire d'Hailey, nous y étions tous les cinq, commence Betty. On a dansé, rigolé. Toi et Hailey vous avez passé votre soirée à roucouler. La dernière chose que je sais, c'est que tu l'as ramené chez elle, toi tu finis à l'hosto et elle, elle s'est évanouie dans la nature.

Les trois me font face et attendent je ne sais quoi de moi. Mon dernier souvenir date d'il y a presque une semaine. Et pas de Hailey dedans.

Pourtant je sais que ce prénom me dit quelque chose, mais impossible de savoir quoi.

Putain !

– Vous avez une photo de cette nana ?

Sa copine cherche dans son téléphone et me le tend.

Je l'attrape et là c'est comme une décharge dans la tête. Je revois ses yeux vert, ses cheveux blond qui sentent la coco, et un sourire à tomber. Une douce chaleur dans mon bas ventre s'installe.

Je me souviens d'elle ! Mais pas d'hier soir. Pourtant c'est comme si mon corps se rappelait de l'effet qu'elle me fait.

T'es bizarre mec, tu te souviens de ton pote, du fait qu'il couche avec la black, de son prénom même. Tu sais que l'autre gars est le cousin de Betty, par contre, t'as zappé la fille qui te plaît.

Et vu la réaction sous ma blouse en bas, elle me plaît c'est sûr.

Je n'ai pas le temps de réfléchir là dessus plus longtemps que la porte s'ouvre sur deux agents de police

– Alec Smith ? Bonjour je suis détective Mc Clenahan se présente une rousse d'une quarantaine d'année. Nous aimerions vous interroger.

Mes amis prennent congé.

Le deuxième policier, un Amérindien, très grand, cheveux court, yeux noirs, ouvre son carnet.

– Alec, je suis le détective Isha. Nous aimerions le témoignage de ton agression, d'accord ? me demande-t-il.

J'opine du chef même si je sais que je n'ai rien à leur raconter avec mon cerveau en vrac.

– Que s'est il passé hier soir ?

– Je ne sais pas détective, je ne me souviens de rien. Mon dernier souvenir date d'une semaine et c'était une engueulade avec ma mère au sujet de mes notes et d'une admission à l'Université.

– D'accord. Mais après ça? Est-ce-que vous vous souvenez de Mademoiselle Hailey Clarks. De votre soirée avec elle.

– Non, soufflé-je. Mes amis m'ont dit que nous étions ensembles, mais rien, c'est le trou noir.

Je commence à m'agacer, mes poings se serrent,cette sensation me fait chier, il faut que je me souvienne ! Une panique me prend sans que je ne sache pourquoi.

Je vais sortir d'ici, traquer les mecs qui m'ont foutu sur ce lit d'hôpital, retrouver Hailey pour comprendre tout ce bordel !

Les flics se regardent et hochent la tête.

– D'accord, nous reviendrons un peu plus tard. Reposez-vous. Si quoi que se soit vous reviendrez, voici ma carte.

Mc Clenahan me tend son bout de carton avec ses coordonnées. Au même instant des éclats de voix se font entendre dans le couloir.

La porte s'ouvre avec fracas et un homme blond avec une barbe à la hipster aux yeux émeraude entre et se dirige en courant sur moi.

Les mêmes yeux que cette fille.

– Mon garçon dis moi où se trouve ma fille, me supplie-t-il. Dis moi ce que tu sais. S'il te plaît.

Le chagrin ravage son visage.

Je le fixe et ses yeux se superposent à d'autres. Les mêmes, mais le visage change et celui d'Hailey apparaît en même temps que mes souvenirs.

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