Chap 1

2 minutes de lecture

— Non, mais on ne sait pas à quelle heure est le dernier mini-bus qui repart pour Chimkent. Le guide dit qu'il y a deux kilomètres jusqu'à la gare de taxi. On va perdre du temps et en plus, on est aux heures les plus chaudes de la journée.

Après tout, n'étions-nous pas venues dans ce restaurant pour manger mais aussi pour nous rafraichir ? Lorsque le serveur nous avait demandé dans son anglais balbutiant « outside or inside ? », n'avais-je pas répondu, dans un cri du cœur « inside » ? J'insiste.

— Écoute, ça va rien nous coûter et ça va nous faire gagner du temps. On est dans le restaurant d'un hôtel, ils doivent bien faire ça, même ici. Je lui demande, il n'y a pas de problème.

— Vas-y, Louise, soupira-t-elle.

À son ton, je sens qu'elle me répond de mauvaise grâce. À moins que ce ne soit la fatigue. Ou la chaleur. La chaleur ?

— Ils ont une coupure de courant, dit-elle alors.

Je n'avais pas réalisé jusqu'à présent. Je pensais que la musique tonitruante qu'affectent les Kazakhs ne s'était arrêtée que parce qu'ils étaient à la fin du cd. Maintenant qu'Adeline le dit, je me rends compte que la climatisation a cessé, que le serveur à côté refuse un plat aux autres invités. Je regarde mon assiette de pâtes à la viande de cheval, par ailleurs délicieuse. Nous avons été chanceuses d'être servies avant la catastrophe !

— J'avais lu que ça arrive de temps en temps.

Je balbutie que je l'ignorais. À cet instant, j'ai à nouveau l'impression d'être venue dans ce pays les mains dans les poches — c'est pourtant l'un des voyages les plus organisés que j'ai jamais fait. Ce n'est pas faute d'avoir tenté de regarder quelques reportages ou lire quelques livres mais rien ou presque n'existe sur le Kazakhstan ! Ce pays de steppes au charme si difficile à décrire me semble vouloir échapper au monde extérieur. Soudain, un désespoir m'étreint :

— Attends, ils arrêtent le service ! Et ma glace ?

En arrivant, j'avais aperçu sur une table, une magnifique glace magistralement surmontée de chantilly. Par cette chaleur, c'était un appel au viol alimentaire. La coupure de courant me coupe aussi dans mon espoir. Tant pis, nous avons presque fini le repas, il est temps d'aller voir notre deuxième étape de la journée : Sauran. Je me retourne vers le serveur et, comme à chaque fois, je lève la main comme une écolière. Dans un mélange de russe et d'anglais, je demande l'addition et un taxi. Le premier est bien compris mais le second semble poser plus de problème. Le serveur s'adresse à un autre client puis nous explique que ce dernier nous y conduira dès qu'il aura terminé son café.

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