Chapitre 39

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Quelques secondes passèrent et François ne sut comment réagir. Antoine avait bien changé depuis qu’il avait décidé de ne plus le voir. Il ne paraissait plus aussi coincé, mais plutôt bien sûr de lui. De plus, son look avait évolué. Il ne portait plus ces jeans classiques et serrés ni ces chemises à carreaux voire de couleur unie. Il avait sur lui un pantalon cargo de couleur noir ainsi qu’un sweat à capuche et tenait dans l’un de ses bras, un blouson noir. Ça le rendait plus viril. Il s’était même laissé pousser une barbe naissante. Que lui était-il arrivé pour qu’il puisse faire un tel relooking ?

Le jeune homme remarqua le regard de François, bourré d’interrogations. Il posa ses yeux au-dessus de l’épaule droite de François et demanda :

— Serait-ce ton enfant ?

— Euh… Oui, pourquoi ?

Antoine ne put s’empêcher d’émettre un petit rire intérieurement, ce qui n’échappa pas à François. En se passant une main sur le visage, il ne put s’empêcher d’ajouter.

— Finalement, nos destins sont plus liés qu’on pourrait le croire !

— Pourquoi ?

— Si je suis ici, c’est parce que je viens aussi de devenir papa.

— Sérieux ?

— Oui. Je viens d’avoir un garçon, affirma-t-il calmement. Et toi ?

— Une fille.

Un sourire apparut à nouveau sur le visage d’Antoine. Cette mauvaise habitude de François, à lire dans l’esprit des autres, ne s’empêcha de s’exprimer rapidement.

— Attends ! Tu tiens ton fils à l’écart de ma fille !

— Euh… Laisse-leur le temps de grandir ! Ils viennent à peine de naître et tu penses déjà…

— Justement, coupa François.

— Quel est le problème ? C’est moi ? Je te répugne tant que ça ?

— Non, que vas-tu chercher ? dit François en commençant à s’inquiéter du fait de le voir hausser le ton.

— Bon, mettons les choses à plat de suite ! Pourquoi tu as inventé toute cette histoire avec cette fille que je ne connaissais pas ?

— De quelle histoire tu me parles ?

— La fille avec qui tu m’as laissé en pensant qu’elle allait me dépuceler, fit-il remarquer.

— Je n’ai rien inventé du tout, c’est elle qui a tout manigancé !

— Et tu crois que je vais te croire ?

— Je m’en fiche complètement de ce que tu penses. Mais si tu veux vraiment savoir, tu peux aller à la rencontre d’Élisa.

— T’es toujours avec elle finalement ?

— Bien sûr.

— Tu joueras le pigeon jusqu’au bout ! lâcha-t-il.

— J’en porte le nom, je te signale ! Et entre nous, je préfère mieux être pris pour un pigeon que de l’être réellement !

— Pour ta gouverne, Caroline n’est pas la maman de mon fils.

— Ça, je le savais.

— Ah, bon ?

— Caroline a tenté de se suicider, l’année dernière. Avant de mettre fin à ses jours, elle a écrit une lettre à Élisa où elle lui a tout avoué.

— Elle est morte ? demanda Antoine.

— Je n’en sais rien. La dernière fois qu’on en a entendu parler, on a appris qu’elle séjournait dans un hôpital psychiatrique, affirma François.

— Elle est tombée bien bas.

— Peut-être, mais c’est son histoire, pas la nôtre.

Une infirmière arriva et demanda à l’un comme à l’autre de quitter cet espace pour laisser dormir les nouveau-nés.

Ensemble, ils prirent l’ascenseur. Durant la descente de celui-ci, Antoine résuma en quelques phrases sa nouvelle vie. Il avait rencontré une jeune femme que sa mère ne supportait pas. Actuellement, il était en froid avec sa famille.

Lorsqu’ils sortirent de l’hôpital, il sortit des poches de son blouson, un paquet de cigarettes. Devant les yeux étonnés de François, il en alluma une avec son briquet.

— Laisse-moi deviner. Tu demandes ce que je suis devenu. Un profiteur, un voyou…

— Non, pas du tout.

— T’as vu ta tête franchement !

— Je suis surpris de voir à quel point tu as changé. Serait-ce ta copine qui t’a métamorphosé ?

— J’ai l’impression d’entendre ma mère ! Ce n’est pas parce que je fume une cigarette et que tu as horreur de ça, que tout a changé chez moi. Ces derniers mois, j’en ai vu de toutes les couleurs avec ma famille. Je me suis mis à fumer pour me calmer les nerfs.

— Tu fous en l’air ta santé, pourtant !

— Oh, arrête ! De toute manière, on y passera tous tôt ou tard. Si elles sont si mauvaises que ça, pourquoi les vendent-ils toujours dans les bureaux de tabac ?

— Pour le profit, tu le sais bien, non ?

Antoine ne répondit pas et observa devant lui, ce parking désert, mais rempli de voiture. La pluie s’était calmée, mais l’air restait frais. À cette heure de la soirée, tout le monde dinait ou se préparait pour se rendre à la messe de minuit.

François décida de se rendre sur le parking de La Rochefoucauld. Il réalisa soudainement qu’il n’avait pas les clés de son véhicule. Où étaient-elles passées ? En réfléchissant, il comprit qu’il les avait laissées dessus. Des crampes dans son estomac apparurent. Sans s’en apercevoir, il passa devant sa voiture sur le parking de l’hôpital. Antoine l’accompagna, car celui-ci se trouvait aussi garé sur le parking de La Rochefoucauld.

— Vous vous êtes garés loin ! observa François.

— Anaïs était à terme, il y a deux jours. Le petit n’était pas pressé de sortir. Elle a accouché par césarienne en début d’après-midi.

— Comment l’avez-vous appelé ?

— Joseph.

— Joseph ? répéta François.

— Oui, pourquoi ? Ça te pose problème ?

— C’est assez… vieux… comme prénom. Non ?

— Oui, mais on l’a appelé ainsi pour honorer la mémoire de son papa de cœur. Elle n’a pas eu, elle aussi, une vie facile.

— Il ne faut surtout pas que ma fille rencontre ton fils. Sinon, ils vont nous faire un Jésus !

— Ah, c’est vrai ! Je n’avais pas pensé à ça !

En arrivant sur le parking, François ne vit pas sa voiture et s’inquiéta sérieusement.

— C’est vrai qu’on te l’avait brûlée l’année dernière. Tu t’es repris la même ?

— Tu ne te souviens pas de mon Kadjar.

— Ah, oui, c’est vrai. Le temps passe trop vite. À mon avis, cette fois, ils l’ont amenée à la fourrière.

— T’es sérieux ? Pourquoi ma voiture et pas les autres ?

— C’est vrai qu’au fond, c’est étrange tout ça. Veux-tu que je te ramène chez toi ?

— Non, je vais rester dans l’accueil de l’hôpital.

— À l’époque, tu me rendais toujours service. Tu avançais toujours le fric pour moi. Il faut bien que la roue puisse tourner un jour ! s’exprima Antoine.

À son tour, Antoine alla vers sa voiture ou plutôt celle de sa compagne. Lorsqu’il s’en approcha, François se fit tout petit devant lui.

— Nom de Dieu ! s’écria-t-il. Mais quel est le con qui a foncé dans mon parechoc ? Putain, t’as vu l’état des phares ? Il y en a qui ne manque vraiment pas d’air, ici !

— Ça, tu peux le dire ! osa François, en repensant à sa maladresse, quelques heures plus tôt. J’ignorais que tu roulais ce genre de caisse !

— Ce n’est pas la mienne, mais celle d’Anaïs. Elle va me tuer, laissa-t-il échapper.

— Au fait, tu as toujours le permis ? ajouta François, en voulant faire baisser la tension d’Antoine.

— Ouais. J’ai toujours mes deux points. Putain, là, je ne peux pas te ramener du coup. Si j’appelle un garagiste, ça va me coûter un max ! Surtout un soir de Noël.

— Effectivement, c’est un super beau cadeau ! lâcha François.

— Je te jure, si je retrouve le mec qui a osé mettre ma voiture en l’air, il va passer un sale quart d’heure !

— On devrait la brûler, comme ça, elle vous serait totalement remboursée ! Car les réparations risquent de prendre du temps, fit observer François.

— Ce n’est pas le moment de plaisanter, rétorqua Antoine.

— Vois le bon côté des choses, nous sommes tous en bonne santé ! Que peut-on rêver de mieux que de devenir papa, un soir de Noël ?

— Bon, en tout cas, je ne vais pas pouvoir te ramener. Nos chemins vont se séparer ici. Je vais retourner à pied, chez moi. Je vis dans le centre-ville.

— OK, c’est toi qui vois.

Avant de se quitter, ils finirent par se donner une bonne poignée de main. L’un comme l’autre comprit qu’ils ne se reverraient pas de sitôt. Ils avaient peut-être mis les choses à plat, mais chacun vivait sa vie, désormais.

En retournant à l’hôpital, François découvrit sa voiture sur le parking. Son stress retomba d’un coup. Il était aux anges et remercia la personne d’avoir amené sa voiture, sur ce parking.

Mes clés doivent certainement se trouver à l’accueil. J’irai les chercher dès demain, se dit-il à lui-même.

En rentrant dans le hall, il vit une secrétaire de nuit. Soudainement, il changea d’avis et tenta le tout pour le tout. S’il pouvait éviter de dormir sur l’un des bancs du hall, ça ne serait pas plus mal.

La secrétaire rechercha des clés de voiture et demanda sa pièce d’identité pour confirmer qu’il était bien le propriétaire du véhicule.

Trop content, le jeune homme rentra chez lui. Sur la route du retour, il alluma la radio et entendit la chanson de Léo Ferré, « Avec le temps, va, tout s’en va… ». Il fredonna avec l’artiste, les paroles de cette chanson bien philosophique et qui l’arrangeait bien, au vu du contexte actuel. Au moins, je pourrai dire à Élisa que j’ai parlé avec Antoine et que nous pouvons désormais vivre notre vie, chacun de notre côté, se dit-il à lui-même. Quand je pense à ce que j’ai fait à la voiture de sa compagne. Je n’ai plus qu’à prier le seigneur de ne pas retomber sur lui, demain, dans la maternité.

Tellement épuisé par les heures qu’il venait de vivre, il en oublia de prévenir sa famille, qu’un nouveau venu venait de naître. Le père Noël lui permit plutôt de retrouver paisiblement les bras de Morphée.

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