Chapitre 35

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L’eau coulait le long de son corps pour lui enlever la sueur et le stress qu’il avait accumulé durant cette journée. Pendant ce temps-là, Élisa préparait le dîner. Lorsqu’il revint à sa hauteur, il n’y avait plus qu’à surveiller les casseroles et le four. Celle-ci avait prévu des cordons bleus accompagnés de petits pois. François prépara la table et comme chaque soir, il alluma la télévision et mit la chaine de BFMTV pour suivre l’actualité. Tous les jours, on débattait sur les décisions du Président qui se trouvait au pouvoir, actuellement. Certains éditorialistes se permettaient d’affirmer que la France filait droit dans le mur. D’autres disaient le contraire. Personne n’était sorti de l’auberge dans laquelle tout le pays s’était incrusté.

— Depuis quelque temps, on n’arrête pas de parler des couacs de ce gouvernement, remarqua Élisa.

— Pour moi, d’un parti à un autre, ils sont tous pareils. Ils s’en mettent tous plein les poches, rétorqua François.

— Tu as voté pour qui en mai dernier ? demanda la jeune femme.

— Le HP !

— Qui ça ?

— Le Hors-Parti !

— Ça n’existe pas ! répliqua-t-elle.

— C’est qu’on ne le connaît pas encore assez bien. Mais dans quelques années, il sera en marche ! C’est celui qui prend tout ce qui a de meilleur dans chaque parti politique.

— Tu as donc voté blanc, suggéra-t-elle.

— Pour qui voulais-tu que je vote, sérieusement ? Le seul intérêt qu’ils ont, c’est ce qu’ils vont récolter sur leur compte en banque à la fin du mois, fit observer François. Certains peuvent s’amuser à dire qu’ils vont baisser leur paye personnelle, au fond, ils s’en moquent ! Une fois qu’ils seront Présidents ou ministres, ils auront leur paye à vie !

— C’est vrai que ce n’est pas juste à côté de ce que nous trimons. Mais regarde, ils sont en train de nous remettre les allocations familiales !

— Pour rendre imposables nos heures supplémentaires ! C’est toujours ceux qui bossent, qui se font avoir. 2013 sera une mauvaise année, j’en suis convaincu !

— Seul, l’avenir nous le dira.

— Je ne crois que ce que je vois, ma chérie. Nous pourrons reprendre cette conversation dans cinq ans pour voir ce qui a été fait ou pas.

— Écoute, je ne sais pas comment aborder le sujet. Mais, en début de semaine, j’ai reçu une lettre.

— À quel propos ?

— Je pense qu’il serait bien que tu la lises.

— Tu me fais peur quand je vois les traits de ton visage.

— Disons que j’ai un peu peur de ta réaction.

La jeune femme lui tendit une lettre. Elle se trouvait tâchée de sang. François s’interrogea et lut silencieusement les premiers mots.


« Ma chère Élisa, c’est Caroline.

Cela risque d’être bien dur pour toi d’apprendre que j’ai décidé de me suicider. Je ne suis plus près de toi, aujourd’hui, pour te soutenir comme je l’ai toujours fait. Mais, désormais, j’ai la conviction que tu te trouves entre de bonnes mains.

Je te dois des explications, car au fond de moi, il reste une partie humaine même si j’avoue être devenue un véritable monstre.

Je n’arrivais plus à me regarder dans une glace, je ne m’appréciais plus dès l’instant où tu as retrouvé François, ton pigeon, lors du mariage de Pascal.

J’ai été profondément jalouse de ton bonheur aux côtés de cet homme. Je t’avais conseillé de te trouver le pigeon idéal, mais tu as fait mieux. Tu t’es dénichée seule, le mec idéal. Pourtant, vous êtes si différents. Aujourd’hui encore, je me demande bien pourquoi la vie ne m’a pas autant gâté que toi, sur le plan sentimental. Tu as toujours obtenu tous les garçons que tu souhaitais à tes pieds… »


— C’est vrai ça ? demanda François.

— Quoi donc ?

— Que tu as toujours eu tous les garçons que tu voulais à tes pieds.

— Continue plutôt de lire cette lettre ! s’exclama-t-elle.


« … Moi, j’ai toujours préféré me moquer d’eux et de leur sentiment. J’étais à la fois cruelle, lâche et sale. J’aimais les voir chialer, me supplier. Ils me donnaient du pouvoir qui ne me satisfaisait jamais assez.

Et tu vois, aujourd’hui, je ne suis pas plus fine. La vie m’a bien punie. Depuis quelques soirs, je ne pense qu’à lui. Cet homme que tu aimes et dont tu portes l’enfant. Je ne peux le supporter… »


En lisant cette dernière phrase, François fit des yeux ronds. Cet aveu de Caroline dépassa toute son imagination. Élisa comprit où il en était rendu dans sa lecture.

— J’ignorais que je faisais autant d’effet à ta copine ! Comme quoi, je suis moins moche que je le pense !

— Le physique est qu’une apparence, mon amour. Et au lieu de t’autocomplimenter, continue donc ta lecture !

— Tu me diras, c’est tellement rare pour moi de recevoir des compliments !

— Pff.


« … L’homme avec qui tu me vois m’exalter s’appelle aussi François. Lui, c’est réellement un pigeon. Je l’ai rencontré, il y a déjà quelques années. Aujourd’hui, il n’a toujours pas changé. Certains mecs n’évoluent jamais dans leur existence. C’est un pigeon, mais un pervers aussi. Il n’a pas perdu son temps pour prendre son pied avec moi. Quand je lui ai demandé de m’appeler Élisa, il n’a même pas cherché à savoir pourquoi. Il m’a obéi comme un chien.

Lorsque j’avais rencontré Antoine, je pensais sincèrement qu’on aurait pu construire quelque chose. Mais à l’instant où François s’est approché de moi, le choc fut brutal. Le coup de foudre ? Je l’ignore. En tout cas, je pense à lui, nuit et jour. Je n’arrive pas à le sortir de mon esprit. Et cela m’écœurait de te voir si heureuse à ses côtés. Je ne trouvais pas cela juste. Quand j’ai vu François t’embrasser, je lui en ai voulu profondément. Je me disais : “Pourquoi il ne me regarde pas, moi ?”. Et le voir inciter son pote à se rapprocher de moi, m’a blessé. Bien sûr, il ne pouvait pas le savoir. J’ai essayé comme j’ai pu de le faire réagir en me rapprochant de son pote, mais rien. J’étais dégoûtée.

Quand j’ai ramené Antoine à Angers, il ne s’est pas passé ce que je t’ai fait croire. Il a été très galant et m’a même proposé à venir boire un verre chez lui. Cela dit, il en voulait profondément à François de l’avoir laissé à ma guise. J’ai essayé de le réconforter au mieux que j’ai pu et lorsqu’il a vu que je ne lui sauterai pas dessus, il s’est ouvert à moi. Or, je n’avais pas du tout la tête à ça.

Par sa maladresse, j’ai compris que je faisais face à un puceau. Il ne me l’a pas avoué. Je me trompe peut-être, mais je suis plus que sûre qu’il n’a jamais couché avec une femme… »


— Sur ce point, elle est observatrice, affirma François.

— Quel point ?

— Antoine est bien puceau. Enfin… aujourd’hui, il l’est peut-être plus. Il a sa vie et moi la mienne.

— Termine de lire, bon sang !

— Ce n’est pas une petite lettre, non plus ! observa-t-il.


« … Je sais que François a mis fin à son amitié avec Antoine, et ce, à cause de moi. C’est la seule chose que j’aurais réussi à faire dans mon plan diabolique. Mais ce soir, je t’avoue que j’ai terriblement mal de tout ce que je vous ai fait subir. Et si votre amour a surmonté toute l’horreur dont je suis l’origine alors, je pense que leur amitié peut aussi revenir à la lumière.

Souviens-toi de ce que tu me disais sur ce sentiment. L’amitié est bien plus solide que l’amour. Aujourd’hui, le penses-tu toujours ?

Je sais que tu aurais aimé porter un autre souvenir de moi que celui que je te laisse. Je ne compte plus revenir dans votre vie. Au contraire, je préfère disparaître à tout jamais. Mais sache une chose, Élisa. Malgré tout le mal que je t’ai fait, tu restes à jamais pour moi, ma meilleure amie, une fois que j’aurai vendu mon âme au diable pour me faire pardonner de toutes mes fautes.

Caroline. »


François redonna la lettre à Élisa. Celle-ci attendit une réaction finale et observant son impatience, il préféra rester silencieux.

— Ne crois-tu pas qu’on…

— Ah, non ! coupa-t-il. Il est hors de question à ce que je reviens vers Antoine.

— Mais…

— Je crois que tu en as assez fait avec mon père ! s’emporta le jeune homme. Je t’en supplie, Élisa. Ne te mêle pas de mon histoire avec ce profiteur, dit-il, en se levant de table pour filer dans leur chambre.

L’orgueil était l’un de ses vilains défauts. François aimait avoir raison et détestait se trouver en torts pour approuver par la suite, des excuses.

Que ce soit dans sa famille ou parmi leurs amis, il y avait trop de mensonges et de trahisons. Ne valait-il pas mieux tourner le dos à toutes ces personnes-là ?

Assis sur le lit, face à la fenêtre qui donnait une vue sur des champs verts, Élisa s’installa près de lui et posa une main sur son épaule.

— Si je t’ai fait lire cette lettre, c’est pour le bien-être de notre bébé.

— Qu’est-ce qu’il a à voir dedans ? s’étonna-t-il.

— Je veux que nous n’ayons plus rien à nous reprocher.

— Je croyais que c’était le cas après la discussion que j’ai eu avec mon père. Non ?

— …

— Et toi, tu en penses quoi de cette lettre ?

— Je n’ai pas réussi à la lire jusqu’au bout, avoua-t-elle.

— Comment ? Tu plaisantes, j’espère.

— Non. C’est papa qui me l’a donnée en début de semaine. Il l’a récupérée là où vous avez retrouvé Caroline qui se vidait de son sang.

— Évite de me rappeler ces mauvais souvenirs, rétorqua-t-il.

— Pourquoi n’agis-tu pas comme ton père a fait avec toi ?

— Comment ça ?

— Va vers Antoine et excuse-toi ! lâcha-t-elle.

— Jamais ! Contrairement à mon père, Antoine était un profiteur !

— Et ton père, un abruti !

— Certes, peut-être. Mais si je ne t’avais pas rencontré et accumulé toutes ces gaffes à tes côtés, je serais parti avec lui dans les Hautes-Pyrénées alors qu’il n’avait aucun sou en poche. J’aurais dû tout avancer.

— Il t’aurait remboursé. Non ?

— Oui, au travers des soirées que j’animais. Jamais, il s’est proposé à venir bénévolement. À chaque fin de soirée, il me tendait la main pour recevoir sa part. Rassure-moi, tu n’as pas été le voir dans mon dos ?

— Non. De toute manière, j’ignore où il habite.

— Si tu ne veux pas recevoir ma foudre, il est préférable de l’oublier.

— Parce que tu me menaces ? lâcha-t-elle avec choc.

— Je préfère te prévenir que guérir !

— OK. Je veux bien l’oublier si tu me promets de ne pas en souffrir ou de regretter ta décision plus tard !

— T’ai-je parlé de lui cette année contrairement à mon père ?

— Non, affirma-t-elle.

— La seule chose que je lui reprochais, c’est qu’il écoutait trop sa mère. Elle empoisonnait sa vie sans le vouloir et sans cesse, quand j’allais chez eux, elle s’amusait à dire que c’était la mienne qui empoisonnait mon existence.

— En fait, vous vous êtes rapprochés parce que l’autre avait certainement quelque chose qu’il n’avait pas à l’un.

— Peut-être. Il est vrai qu’il avait son indépendance sur Angers. Il pouvait amener qui il voulait, chez lui. Et puis, je n’étais pas son seul ami. Pour moi, il était le seul. Contrairement à lui, j’avais un travail donc de l’argent. Je profitais de la vie, vu que je vivais chez mes parents. Enfin, je m’offrais des séjours à droite et à gauche, car j’avais besoin de prendre des distances. Cela ne se fait pas comme ça, emménager seul avec tout ce qu’il faut pour mener à bien sa vie comme on le veut.

— Tu devrais retourner le voir, relança-t-elle.

— Je t’ai dit que non. Je ne supporterai pas de revoir Rose qui juge les gens sans les connaître !

— Elle est si étouffante que ça ?

— Oh ! Si tu savais ! Il n’y a que ses enfants qui sont bien. Pourtant, dans ce monde, il y a tellement à apprendre de la part des autres. Le parfait n’existe pas, mon amour. De toute manière, plus j’essayais de le distancer d’eux, plus je sentais qu’elle m’appréciait moins. Car elle savait que je pouvais apporter quelque chose à son fils, qu’elle-même ne pouvait pas donner en matière de chant.

— Quoi donc ?

— Le savoir.

— Elle était jalouse ?

— Peut-être. Tu sais, je crois qu’on le dit dans la Bible, qu’on ne connaît jamais assez bien son prochain. Je ne peux pas la juger, car si ça se trouve, c’est moi l’idiot. Je me trompe peut-être totalement sur ce qu’elle est.

— C’est marrant que tu te réfères à la Bible ! osa-t-elle en lui souriant.

— Ne compte pas sur moi pour aller à l’Église, ce dimanche !

Ils revinrent dans la cuisine et comme chaque soir, l’un faisait la vaisselle et l’essuyait. L’autre nettoyait la table et balayait.

En se couchant, François lui avoua qu’Antoine l’avait blessé lorsqu’il lui avait dit, qu’il s’était trouvé un professeur de chant. Il payait une femme alors qu’il n’avait même pas un sou, en poche. Il aimait plus que tous les Mathématiques, mais il avait envie de montrer à François qu’il n’était pas le seul à bien chanter en dehors de sa situation. Élisa comprit mieux pourquoi François ne souhaitait pas revenir vers ce jeune homme, qu’elle pensait être son ami. Non, il se jouait de lui, en était jaloux et profitait certainement de sa situation. Comme le dit François : « Je me trompe peut-être sur toute la ligne. Mais avant d’aller vers l’autre pour le pardonner, il me serait préférable que je me pardonne moi-même et que je me connaisse mieux que je ne le suis, surtout. »

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