Chapitre 23

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En reprenant la route, François n’osait pas croire, à ce qu’il allait vivre. Il croyait avoir tout rencontré comme situation, mais cette fois, celle-ci qui arrivait dépassait son imagination.

Il arriva au magasin juste avant la fermeture. Il s’informa auprès d’Élisa pour savoir si la journée avait été bonne. À son sens, celle-ci répliqua qu’elle l’avait trouvée plutôt calme. Il y avait des jours sans et avec.

Avant de fermer leur commerce, François profita de quelques minutes pour lui raconter son entrevue avec monsieur Gourdon.

Depuis quelque temps, Élisa avait retrouvé la foi. Tous les soirs, avant de se coucher, elle priait la vierge Marie et parlait souvent à Dieu. Elle disait à François que ça l’apaisait et celui-ci ne comprenait pas du tout ses croyances. Elle, qui pourtant se trouvait si cartésienne, il y a si peu de temps. Il fallait croire que sa rencontre avec sa mère, lorsqu’elle se trouvait inconsciente après avoir perdu son enfant, avait totalement ébranlé son esprit.

— J’espère que tu n’as pas accepté de l’aider !

— C’est que…

— Mais il n’a pas le droit de faire ça ! s’emporta Élisa.

— C’est ce que je lui ai dit, rétorqua François. Mais si tu le rencontrais, je crois que tu te ferais avoir comme moi.

— Te rends-tu compte que c’est un péché auprès du seigneur ?

— Je respecte ta foi en Dieu, mais on ne va quand même pas se fâcher pour des broutilles chrétiennes !

— Comment ça des broutilles chrétiennes ? Te rends-tu compte qu’il va mettre ses enfants dans la douleur de l’avoir perdu pour toujours ?

— Et eux, tu crois qu’ils ne l’insèrent pas dans la douleur depuis plus de dix ans ?

— Ça, ce ne sont pas tes histoires, François ! Tu dois annuler ce contrat !

— C’est signé, je ne peux plus revenir en arrière !

— Oh, qu’est-ce que tu peux m’agacer parfois ! s’écria-t-elle.

— L’argent que nous gagnerons nous permettra de payer notre gîte pour nos vacances dans les Hautes-Pyrénées, fit-il remarquer. Il faut voir le bon côté des choses.

— Pour ta peine, on fera le chemin de croix à Lourdes ! J’espère que Dieu saura te pardonner.

— Parfois, j’ai l’impression de vivre aux côtés d’une…

— Attention à ce que tu vas dire ! coupa-t-elle.

— Il serait peut-être bon que tu te calmes un peu sur tes croyances ! Le Saint-Père est un homme auquel je ne peux pas rivaliser ! Et je préfère l’avoir comme ami qu’ennemi.

Sans aucun autre mot, ils s’exécutèrent tous les deux à fermer leur commerce. Ensemble, ils filèrent ensuite sur le parking de La Rochefoucauld. En sortant du parking, François affirma que ça lui faisait drôle d’en sortir ce soir. Il y a un an, jour pour jour, ils s’étaient rencontrés ici même. Une pensée folle arriva à l’esprit d’Élisa, à la suite de cette remarque. Elle demanda à François de laisser sa voiture sur le parking pour cette nuit.

— Pourquoi donc ?

— J’aimerais retourner dans cet hôtel où nous avons…

— Tu crois que c’est une bonne idée ? demanda-t-il. Je sais qu’au fond de toi, tu aimerais retomber enceinte, mais rien n’affirme que nous réaliserons dans cet hôtel ce que tu souhaites le plus au monde. De plus, je ne veux pas retrouver ma voiture brûlée !

— Celle-ci n’est pas immatriculée en Corse, fit observer la jeune femme.

— La tienne ne l’était pas non plus, l’année dernière !

— Dans ce cas, je vais devoir me trouver un autre pigeon, lâcha Élisa.

— Ah, certainement pas ! Et j’espère que tu plaisantes en disant cela ! objecta François.

— Bien sûr. Bon, tu te gares ou pas ? relança-t-elle.

François possédait peut-être certains délires, mais depuis quelque temps, c’était Élisa qui prenait sa relève de ce côté-là. Il finit par céder à sa folie passagère. Ensemble, ils filèrent dans cet hôtel où ils avaient fait l’amour pour la première fois, mais rien ne se passa comme l’an passé. Ils se côtoyaient depuis un an et s’aimaient plus que tout. Lorsqu’ils arrivèrent dans le hall, bras dessus, bras dessous, l’hôtelier les reconnut de suite.

— Vous vous souvenez bien de vos clients ! remarqua François.

— Que vous avais-je dit l’année dernière ? Les contraires s’attirent plus qu’on le pense. Vous souhaitez deux chambres séparées ? osa-t-il.

— Non, une seule ! rétorqua Élisa. La quatorze si possible !

— Malheureusement, elle n’est pas disponible pour ce soir. Il aurait fallu la réserver. Vous allez avoir la 13 à la place !

— La 13 ? s’étonna la jeune femme. Vous voulez nous porter malheur ?

— Non, mais il n’y a qu’elle de disponible pour cette nuit !

— Le lit est correct ? continua-t-elle.

— Comme dans tous les lits de cet hôtel ! sourit l’hôtelier.

— Tant que le lit est bon, ça va, lâcha Élisa.

Lorsque l’hôtelier remit les clés de leur chambre, Élisa regarda François et lui déclara d’un air sec.

— Ce soir, tu dormiras au sol !

— Pardon ? s’étonna François.

— Tu as bien entendu. Nous allons faire comme l’an passé. À moi le lit, à toi le sol !

— Certainement pas ! s’emporta François.

— Et pourquoi donc ?

— Attends, je veux bien revivre certains moments de notre rencontre, mais il y a des limites à ne pas dépasser !

La jeune femme ignora sa remarque et s’engagea en direction de leur chambre d’hôtel. En rentrant dans celle-ci, elle lui demanda s’il ne pouvait pas aller lui chercher un repas pour le dîner.

— Tu vas aller prendre ta douche ? demanda François.

— Bien sûr.

— N’oublie pas de ne pas fermer la porte de la salle de bain et de sortir toute nue !

— Comme c’est marrant ! Bon, tu vas me chercher mon repas ?

— Ah, les femmes ! Je vous jure ! Si on ne les avait pas, on serait obligé de les inventer !

Il s’en alla lui chercher le même repas que l’année dernière. Quand Élisa sortit de sa douche, celui-ci n’était toujours pas revenu. Son moral tomba. Rien ne se passait comme l’année dernière. Elle aurait donné n’importe quoi pour revivre cette soirée-là. Soudain, on frappa à la porte de leur chambre. Aussi vite qu’elle le put, elle s’enfila une robe de chambre et ouvrit. C’était François. Il avait oublié les clés de celle-ci.

Surpris de la voir vêtue ainsi, la jeune femme lue en lui comme dans un livre ouvert.

— Tu ne croyais quand même pas que j’allais me présenter à poil !

— Je n’ai rien dit, rétorqua-t-il.

— Je connais ton regard.

— Je ne peux plus te dévorer des yeux ?

— Oh, que si ! Et tu sais quoi ? Arrêtons avec ma nostalgie et dévorons-nous tout de suite !

— Et mon big mac ? lâcha-t-il.

Avec elle, il n’avait jamais le temps de décider. Lui qui disait autrefois qu’il n’aurait jamais de temps à consacrer pour une femme. Il en trouvait toujours pour Élisa. Elle l’avait métamorphosé.

À Angers, ils étaient devenus sans le savoir un couple modèle. Tout le monde connaissait leur histoire suite à l’ouverture de leur commerce : « Music Love ».

François partait souvent le week-end, animer des soirées privées. Pour le moment, il ne voulait pas l’avoir à ses côtés. Ce n’était pas qu’il ne lui faisait pas confiance. Non, il avait plutôt peur des autres hommes. Même s’il n’aimait pas du tout montrer sa méfiance voire sa jalousie, il gardait au fond de lui une peur bien cruelle, celle de la perdre pour toujours. Bien sûr, ce n’est pas en l’étouffant ou en l’empêchant de vivre qu’elle restera à jamais près de lui. Ça, il le savait bien.

Comme l’an passé, Élisa se laissa emporter par l’amour que François portait à son égard. Elle le connaissait désormais par cœur, mais elle ne s’en lassait jamais. Au contraire ! Il en était de même pour lui.

À ses côtés, François avait l’impression de vivre un rêve lorsqu’elle l’embrassait, le caressait ou lui mordait le lobe de son oreille. Durant des années, il avait espéré un tel bonheur. Il se demandait souvent s’il n’allait pas payer cher tout ça.

Élisa croyait en Dieu, mais François demeurait à jamais dans son cœur, son corps ou son esprit. Ensemble, ils ne faisaient qu’un. Ce soir-là, Dieu le leur prouvait une nouvelle fois.

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