Chapitre 18

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Ça faisait plus d’une demi-heure qu’il attendait Patrick. Y aurait-il eu un problème ? François se le demandait. Aurait-il eu un accident ? Non, mais en cette heure, il se trouvait à l’hôpital. L’endroit auquel François n’aurait jamais songé. Il commençait à perdre patience et repensa aux paroles d’Élisa. Il se faisait peut-être avoir comme un bleu ! Peut-être était-il à nouveau en train de se faire plumer. Après la fille, pourquoi pas le père ? Mais monsieur Le Pigeon décida au bout de trois quarts d’heure de partir.

En rentrant dans sa voiture, il découvrit Patrick qui l’appelait sur son téléphone.

— Eh bien, ce n’est pas trop tôt ! S’exaspéra François. Tu arrives quand ?

— Rejoins-moi à l’hôpital, répliqua sèchement Patrick.

— Tu as eu un accident ?

— Non, c’est Élisa qui s’y trouve.

— Comment ?

François n’eut pas de réponse. Patrick venait de raccrocher. Avait-il bien entendu ? Que s’était-il passé encore ? Pourquoi Élisa se trouvait-elle à l’hôpital ?

Brutalement, il ressentit une douleur dans le bas de son ventre. Il n’aimait pas ce sentiment, car cela lui présageait toujours un funeste présage.

Quand il arriva sur le parking de l’hôpital, il observa les bâtiments. Il regarda les pancartes et vit sur l’une d’elles écrit : « Maternité ». Il décida de s’y rendre. C’était certainement là que l’on s’occupait aussi des problèmes liés aux grossesses. À l’accueil, il demanda :

— Bonjour. Il paraît que vous avez accueilli récemment une jeune femme. Elle se nomme : Élisa Lefront.

La secrétaire approuva et déclara :

— Vous ne pouvez la voir. Elle se trouve en salle d’opération.

— Comment ? Elle se fait opérer de quoi ?

— Vous êtes de la famille ?

— Je suis son compagnon.

Patrick venait d’arriver dans son dos. Au regard de la secrétaire, François se retourna et vit beaucoup de contraction sur le visage de son beau-père. Sans aucun mot, François abandonna le comptoir de l’accueil en remerciant la secrétaire.

— Que se passe-t-il ? demanda François.

— Des inconnus ont appelé les urgences. D’après eux, Élisa se trouvait en larmes. Elle courait à toute vitesse quand soudain elle s’est mise à crier de toutes ses forces un « Non ». À la suite de ça, elle est tombée au sol et du sang coulait sur le trottoir.

— Le bébé ?

— …

Patrick baissa la tête. François comprit qu’il ne deviendrait plus père. Comment était-ce possible ? Soudain, il ajouta :

— Dans quelles rues est-elle tombée ?

— La rue Saint-Jean. Pourquoi ?

— C’est la rue où habite Caroline, s’enquit François.

— Tout à fait. Je vois que tu ne perds pas le nord !

— Pourquoi donc ?

— Tu dois certainement connaître chaque recoin de son corps à cette garce !

— De quel corps parles-tu ? s’étonna François.

— Arrête de me prendre pour un imbécile ! J’aime bien jouer la comédie, mais il y a des limites à ne pas franchir avec moi ! s’énerva Patrick. Et moi qui te prenais pour un honnête garçon. Je te jure que s’il arrive la moindre séquelle à ma fille, tu en paieras les conséquences devant un tribunal !

François s’angoissa brusquement suite à la violence de ses propos. Il attendit quelques secondes pour comprendre ce qu’il se passait. Mais que pouvait-il percevoir ?

— J’ignore de quoi tu parles, mais à t’entendre, je suis le responsable de tout ce qu’il se passe !

— Bon sang ! Elle est tombée sur un pigeon encore plus bête qu’il en a l’air. Et cette partie de jambes en l’air que tu as eu hier après-midi, avec Caroline, tu t’en rappelles j’espère ?

— Mais je ne me suis jamais envoyé en l’air avec Caroline. J’étais avec toi, en train de visiter cette maison. Tu ne t’en souviens pas ?

Tous ces événements brusquaient la mémoire de Patrick. Et soudain, il réalisa qu’il avait certainement en sa possession, le montage d’une vidéo bien cruelle pour tuer Élisa voire le bébé. Mais pourquoi cette hargne ? Qu’avait-elle commis de grave ? En réalisant que François disait vrai, Patrick se calma et demanda de le suivre dans sa voiture.

Il alluma le moteur. Il sortit de sa veste un DVD et l’inséra au milieu du tableau de bord de son Audi A6. Il allait tout de suite savoir si François se moquait de lui ou pas.

Quand le jeune homme découvrit Caroline qui s’exaltait sur le corps d’un inconnu en criant son prénom, il en eut le souffle coupé :

— Mais c’est quoi cette horreur ?

— Je te le demande, objecta Patrick.

— Tu ne vas quand même pas croire que c’est moi qui suis sous elle.

— Je l’ignore.

— Mais jamais je ne pourrai faire ça à Élisa. Je ne suis pas un monstre non plus.

— La comédie, c’est facile à jouer.

— Jouer le rôle d’un pigeon, OK ! Mais le rôle d’un con, sûrement pas ! Et puis, mentir, je ne sais pas faire.

— C’est ce que tu dis.

— Je sais ce qu’il me reste à faire.

François sortit de la voiture et se mit à courir en direction de la rue Saint-Jean. Patrick démarra sa voiture, il n’avait plus vingt ans. Décidément, ce jeune homme était encore plus volatile qu’il aurait pu le croire. Heureusement, il n’y avait pas beaucoup de circulation. Il arriva avant lui à son objectif. Avant de rentrer dans l’appartement de Caroline, Patrick stoppa François dans sa course.

— Qu’est-ce que tu veux faire ?

— Je veux qu’elle m’explique pourquoi elle a manigancé tout ce cirque ! Et d’ailleurs comment savais-tu que Caroline habitait ici ?

— Un soir, j’ai récupéré ma fille, pas loin. Et, j’ai mené ma propre enquête en vitesse ce matin, pendant que tu cessais de me harceler d’appels. N’oublie pas non plus que je partage un minimum de part du magasin à Caroline, voué à l’échec, je pense.

— Laisse-moi passer !

— Dans ce cas, laisse-moi t’accompagner.

François se résigna. Avec Patrick, il fila dans l’appartement de Caroline qui se trouvait au premier étage :

— C’est quelle porte ? Droite ou gauche ?

— Tu n’es jamais rentré chez elle, s’étonna Patrick.

— Puisque je te dis qu’elle a tout manigancé ! Quand est-ce que tu me croiras ?

— Essaye celle de gauche.

La porte était simplement fermée, mais pas à clé. Il n’y avait personne dans l’appartement. Était-ce celui de Caroline ? En pénétrant dans ce domicile, François parcourut toutes les pièces. Il eut bien raison d’agir ainsi. Lorsqu’il arriva dans la salle de bain, il demanda à Patrick de lui venir en aide.

Caroline était nue dans sa baignoire, avec au sol une mare de sang. Elle venait de s’ouvrir les veines. Elle était inconsciente. François blêmit brutalement et ne savait pas du tout quoi faire. Patrick prit le pouls de Caroline. Elle vivait encore. Il regarda François et demanda de compresser le poignet de celle-ci afin qu’elle ne se vide plus de son sang.

— C’est que je ne me sens pas bien.

— Oublie tes peurs quelques instants ! Sa vie est entre tes mains ! Je vais appeler les urgences.

Machinalement, Patrick prit le poignet de Caroline. Il fit en vitesse un bandage autour de celui-ci et compressa son poignet aussi fort qu’il le put. Puis, il le plaça entre les mains de François qui devait juste le maintenir à l’horizontale en attendant l’arrivée des pompiers.

Le jeune homme crut qu’il allait à son tour perdre conscience. Il voyait ce sang errant au sol. Ses mains en étaient salies et il en avait horreur. Il avait eu raison d’avoir mal au ventre ce matin. Cette journée n’était remplie que de sales mauvais présages ! Sa peur principale était le sang. Pourquoi devait-il la surmonter aujourd’hui ? Son corps tremblait de partout. Il imagina ce qu’Élisa avait pu ressentir hier soir, avec l’araignée. Le destin se moquait bien des gens parfois ! Il avait envie de partir à toute vitesse de ce lieu, mais une chose le retenait, il ne savait pas quoi. Il n’osait pas regarder le corps de Caroline. Ce n’était pas le moment d’y attacher la moindre importance. Mais en se penchant sur celui-ci, il découvrit dans la baignoire une lettre écrite, tenue par l’autre main de celle-ci. Il décida alors de la prendre, mais la lettre se trouvait trop éloignée de lui. François se trouvait obligé de poser son nez sur ses seins s’il souhaitait atteindre la lettre. Non, ce n’était pas le moment que Patrick arrive en même temps. Mais malheureusement ce fut le cas.

— François ! Mais que fais-tu ? Tu n’as pas honte ?

À toute vitesse, le jeune homme essaya de se relever en tenant toujours le poignet de Caroline, mais ses pieds glissèrent. Du coup, il tomba la tête la première sur le bas du ventre de celle-ci et se fit mal en se cognant les côtes sur le rebord de la baignoire. Sa douleur lui fut brutale. Patrick l’aida à se ressaisir. François montra ce qu’il avait voulu récupérer de son regard en faisant des grimaces et en se touchant les côtes avec la main qui lui restait de libre. Il avait la tête dans un tel état que Patrick ne put s’empêcher de rire. Pourtant la situation était plus que dramatique. Leur chemise à tous les deux, était tâchée de sang. En lisant la feuille, Patrick affirma :

— Si avec cela, ma fille ne s’excuse pas. En tout cas, moi, je m’excuse vis-à-vis de toi, François.

— C’est quoi ?

— Lis par toi-même.

— Je ne peux pas, mes mains sont prises. Les pompiers arrivent bientôt ?

— Oui, ils arrivent.

Patrick installa devant ses yeux la lettre de Caroline. Face au contexte actuel, François ne déchiffra que quelques bribes de celle-ci. Il se demandait bien pourquoi Caroline en était arrivée à mettre fin à ses jours et pourquoi elle s’était métamorphosée en monstre. Une part d’elle au fond n’était pas si cruelle, vu les mots qu’elle avait écrits avant de vouloir se suicider.

Ils entendirent enfin la sirène des pompiers qui se rapprochait d’eux. Patrick ramassa la lettre tâchée de sang et ne laissa pas François la lire plus attentivement.

Le jeune homme lâcha le poignet à l’instant où un pompier prit sa relève. Deux autres s’exécutèrent à soulever Caroline et à l’allonger sur un brancard. Chacun savait exactement les tâches qu’ils devaient accomplir pour ce genre d’opération.

— Ça fait longtemps qu’elle se trouve ainsi ? demanda un des pompiers.

— Nous sommes arrivés, il y a dix bonnes minutes.

— Son cœur bat encore. Je pense qu’elle va s’en sortir. Sans votre aide, monsieur, je pense qu’elle ne serait plus de ce monde, conclut le pompier en regardant François.

Les pompiers étaient rentrés aussi vite qu’ils en étaient sortis. François avait surmonté sa peur grâce à l’aide de Patrick. En même temps, il n’avait pas pris le temps de réfléchir. Tout s’était tellement vite passé.

Quand ils se retrouvèrent seuls, Patrick regarda François et réalisa à quel point son visage était blême.

— Je ne sais pas pourquoi, objecta François, mais…

— Ah, non ! Pas maintenant ! s’exclama Patrick.

Brutalement, François se précipita dans les toilettes pour aller vomir de tout son être. Il ne se sentait pas du tout bien.

— Mais quelle chochotte fais-tu ! affirma Patrick.

Lorsqu’il ressortit des toilettes, François découvrit le visage d’un policier qui venait juste d’arriver. Un homme qu’il connaissait bien. Une personne qui ne s’était pas gêné de le mettre en garde à vue pour son insolence :

— Vous ! S’interloqua le policier, en le découvrant.

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