Chapitre 14

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Il avait une tête pitoyable. François quitta Angers et se rendit au super U à Saint Sylvain d’Anjou. Après s’être garé sur le parking, il fila dans le magasin et s’acheta quelques provisions pour son déjeuner.

En revenant près de sa voiture, il attendit quelques instants à côté de celle-ci et se mit à manger un bon sandwich, sous le regard d’un bon soleil généreux. Même s’il était dix heures du matin, pour François, il n’y a pas une heure spécifique pour déjeuner. On ne vit qu’une fois ! Inutile de se laisser mourir de faim même si l’on possède peu de moyens.

Garé à côté d’une place d’infirme, il vit une femme maghrébine, coupée devant un autre véhicule en lui volant sa place. Cette jeune femme n’avait pas du tout l’air handicapé. La conductrice qui s’était fait voler sa place, sortie de son véhicule en demandant gentiment.

— Vous possédez un handicap, mademoiselle ?

— Pourquoi donc ?

— Mon fils est handicapé dans mon véhicule. J’ai besoin de cette place.

— Il n’y a rien qui l’indique, osa la jeune révoltée.

— Pourtant la place est en bleue et il y a ce panneau.

— Désolé, je ne sais pas lire et je ne connais pas le Code de la route ! répliqua-t-elle, méchamment. Et puis, allez vous faire voir !

— Oh !

François écoutait gentiment sans rien dire, mais la colère montait en lui. C’était lors de situation comme celle-ci, qu’il était préférable de se taire. Sinon, on vous qualifierait de raciste.

Pour François, peu importe ses origines, cette jeune femme devait respecter la loi et rester respectueuse envers son prochain comme tout le monde.

— Je serai vous, dit-il calmement, en relevant la tête vers la jeune femme, j’irai me garer ailleurs !

— De quoi je me mêle ? s’énerva-t-elle. Vous êtes poulet ?

— Heureusement que non ! Sinon, j’aurai toujours un train de retard. C’est toujours ainsi avec la cavalerie. Je parle simplement d’expérience !

— D’expérience ?

— La dernière fois que je me suis garé dans un parking où je n’avais pas le droit, on a brûlé ma voiture. Aujourd’hui, quand je vois agir quelqu’un de cette sorte, je fais de même. Car la police de toute manière n’interviendra pas. La preuve ! Elle n’a pas retrouvé ceux qui ont brûlé mon ancien véhicule.

— Vous êtes cinglé, ma parole ?

— Et vous hypocrite, intolérante et…

— Et quoi ? coupa-t-elle sévèrement.

— Emmerdante !

La femme le regarda droit dans les yeux. Ce jeune homme n’avait pas peur d’elle et elle, non plus. Pour montrer qu’elle n’était pas si mauvaise que cela, elle retourna dans son véhicule et alla se garer plus loin. La personne qui transportait un handicapé bloquait la circulation. Du coup, des klaxons retentirent. Décidément, les gens n’avaient vraiment plus aucune patience.

Lorsqu’elle se gara, la femme âgée d’une cinquantaine d’années, remercia François. Elle demanda s’il pouvait l’aider à descendre son fils, de son véhicule. François s’exécuta et devint soudainement blême en découvrant Cédric, l’ex-conjoint d’Élisa. Ne sachant pas comment réagir, celui-ci entama :

— Tu vas bien ?

— C’est plutôt à moi de te le demander ! s’enquit François.

— Vous vous connaissez ? demanda la mère de Cédric.

— Nous étions collègues, avoua celui-ci.

Une fois, le fauteuil au sol, Cédric comprit la gêne de François qui le trouva changé. Cédric s’était laissé pousser les cheveux, il avait perdu quelques kilos et une barbe naissante s’ajoutait à son visage qui ne paraissait plus aussi dur qu’avant, mais plus humain. Est-ce que Élisa le reconnaîtrait ? Tomberait-elle de nouveau sous son charme ?

Afin de le rassurer, Cédric lui affirma :

— J’ai appris pour toi et Élisa. Sur le moment, je t’en ai voulu à mort. Mais avec le temps, l’émotion s’entasse. Tu la mérites plus que moi. Au travail, beaucoup te prenaient pour un pigeon…

— C’est toujours le cas ! coupa François.

— Oui, mais, tu ne dis jamais rien, car tu connais le sens du mot « Respect ».

— Tu sais Cédric. Je n’ai jamais voulu…

— Je le sais, François. C’est le destin qui en a décidé autrement. Élisa a besoin qu’on l’aime et toi, tu es parfait dans ton rôle pour lui offrir ce qu’elle désire au contraire de moi. Le Bon Dieu m’a bien puni !

— Ne dis pas ça, s’exclama sa mère. Tu as des chances pour t’en sortir.

— Je le sais, mais je n’en ai aucune envie. Je mérite ce qui m’arrive.

— Le principal est que tu te rendes compte de tes erreurs, déclara François.

— Ce n’est pas qu’une erreur. N’oublie pas que j’ai tué Cindy, dans l’accident de voiture. Il est normal que la justice me condamne et même au-delà, je le serai aussi.

— Certes, c’est vrai, affirma le jeune homme. Mais malheureusement, elle condamne plus souvent des victimes que des coupables.

— Dans mon cas, c’est différent.

— Ça reste un homicide involontaire.

— Peut-être, mais j’aurais dû rouler moins vite. Enfin, on ne peut pas changer le passé. Ce qui est fait est fait.

— Sur ce point de vue, je suis d’accord, constata François.

— Si tu vois Élisa et que tu as l’occasion, dis-lui que je m’excuse pour tout le mal que je lui ai fait subir et que je lui souhaite beaucoup de bonheur à tes côtés.

— Je n’y manquerai pas.

La maman de Cédric remercia une dernière fois François et poussa, avec tout son courage, son fils. Une fois arrivé dans le magasin, il se conduisit seul avec ses mains.

Cédric faisait de la peine pour François. Il payait cher ses erreurs. Mais la vie a une justice. Certainement beaucoup plus exemplaire que celle de son pays. Si Élisa savait qu’il venait de lui parler et qu’il n’avait aucune rancœur, à leur égard, elle s’énerverait sûrement. Mais après un tendre baiser, la situation finirait par s’arranger.

Soudainement, François appela Patrick, content d’avoir de ses nouvelles. En regardant son portable, il découvrit quelques appels en absence d’Élisa. Cela confirmait ce que lui avait dit Caroline, une heure plus tôt.

— Ça me rassure de t’entendre ! Tout le monde te cherche, approuva celui-ci.

— Je n’ai pas encore vu la police pourtant ! À part une simple pervenche !

Patrick réalisa que François avait retrouvé son humour. La nuit, lui avait certainement donné de bons conseils. C’était plutôt Cédric qui lui avait remonté le moral, sans le savoir.

— Quand je dis « tout le monde », je pense à ta famille et en particulier à ma fille.

— Je le sais.

— Où te trouves-tu ?

— Pas loin de Trélazé. Je t’appelais pour savoir si la maison que tu proposais était toujours disponible.

— Oui, elle l’est. Tu veux la visiter ?

— Oui, j’aimerais bien.

— Et Élisa, qu’en fais-tu ? Elle n’avait pas l’air d’être d’accord avec toi, hier !

— Elle le sera. Je ne lui laisserai pas le choix. Au pire, j’emménagerai seul.

— OK, c’est toi qui vois. On peut se voir dans une heure ? proposa Patrick.

— Si tu veux. Par contre, il me faut l’adresse ! renchérit François.

Patrick envoya l’adresse par SMS et fut rassuré de le savoir toujours en vie. Il aurait pu se passer n’importe quoi. Aussitôt, il décida de prévenir sa fille afin de la rassurer. Était-ce bien ? Pour lui, il ne risquait rien. Il souhaitait simplement lui montrer qu’il tenait à elle et l’écoutait.

— Il est où ? demanda-t-elle.

— Pas loin de Trélazé.

— Qu’est-ce qu’il fait là-bas ?

— Je n’en sais rien. Je ne le lui ai pas demandé.

— Tu vas lui faire visiter cette maison, je suppose ? devina-t-elle.

— Je ne peux rien te cacher. C’est lui qui me l’a réclamé. Il a l’air décidé à vouloir prendre sa vie en main.

Élisa soupira et essaya de faire un effort sur elle-même. Après tout, il serait peut-être temps qu’elle fasse confiance à François. Finalement, elle remercia finalement son père en lui demandant :

— Pourras-tu lui dire que j’aimerais le voir ? Il ne me répond pas quand je l’appelle, ajouta-t-elle.

— Je le lui dirai. Ne t’inquiète pas.

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