Chapitre 11

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Dominique s’inquiétait. Ça faisait plusieurs jours qu’il n’avait pas revu Mylène. Il pensait moitié plus à cette nouvelle fille qu’à ses propres enfants, au grand désespoir de Judith. Le soir venu, pendant le dîner, Judith demanda à François s’il avait trouvé une maison. Il répondit :

— Je cherche toujours. Je suis sûr que Patrick nous trouvera ce qu’il nous faudra, mais Élisa ne veut pas se faire aider par son père.

— Si tu ne trouves pas, il ne trouvera pas non plus, renchérit Dominique.

— Tu sais avec des relations, on peut arriver à tout.

— Tout dépend du genre de relation qu’il a !

— Ce n’est pas un malhonnête homme si c’est à cela que tu penses. Il ne sait simplement pas comment s’y prendre avec sa fille. C’est le genre d’homme qui a toujours pensé à son travail avant de penser à lui.

— Justement, parfois il serait peut-être bon de mettre les affaires de côté ! Regarde où ça le mène, aujourd’hui !

Dominique était de plus en plus dur avec François. C’est à se demander pourquoi. Il n’était pas responsable de l’apparition soudaine de Mylène. De plus, grâce à lui, sa relation avec Judith s’était améliorée. Peut-être n’acceptait-il pas le fait de devenir grand-père.

Soudain, on frappa à la porte. Leur caniche aboya. Petit, mais toujours féroce envers les nouveaux venus ! Il n’appréciait pas du tout Mylène. D’ailleurs, elle n’aimait pas les animaux non plus. Il devait le ressentir.

En l’apercevant, Judith regarda François d’un air désespéré. Le sourire de Dominique revint sur son visage de suite.

— Excusez-moi, dit-elle. J’interviens en plein repas ?

— Ce n’est pas grave, déclara Dominique. Tu veux manger avec nous ?

— Non, j’ai déjà mangé. Je venais prendre de tes nouvelles.

— Je vais bien, merci.

Mylène s’approcha de François et lui fit la bise. François s’en méfiait beaucoup. Il savait reconnaître les gens qui cachaient quelque chose. Pour lui, Mylène en faisait partie.

— J’ai vu Élisa, s’enquit-elle. J’ignorais qu’elle travaillait dans un magasin de vêtement.

— Si. Elle remplace Caroline actuellement.

— Oui, je sais. Elle m’a aussi dit que vous recherchiez une maison.

François devint rouge de colère. Élisa n’était pas obligée de raconter sa vie à tout le monde. Ne pouvaient-ils pas avoir une intimité secrète ?

— C’est exact, répliqua-t-il.

— Elle m’a dit qu’à la fin du mois, dans deux semaines, elle devait déménager. Ça risque d’être chaud pour trouver.

— On ne perd pas espoir, intervint Judith.

— En tout cas, je lui ai proposé mon hospitalité si jamais elle ne trouve rien.

— Contre quoi en échange ? osa François.

— François, ça suffit ! s’énerva son père.

— Je suis désolé, mais quand on rend un service, il y a toujours le revers de la médaille, ensuite. Non ?

— Ce n’est pas grave, dit Mylène en ignorant la remarque de celui-ci à l’égard de Dominique. Tu sais, les temps sont durs pour moi aussi, ajouta-t-elle, en regardant François. Je lui ai proposé de faire colocation en attendant. Comme ça, on se partagera les frais ensemble.

— Il en est hors de question ! pesta François. Je ne te connais pas et elle non plus…

— François, tu te calmes ! cria Dominique. J’en ai marre de ton insolence.

— De toute façon, tu ne vois que par elle depuis une semaine ! Ça en est trop, pour moi. Je me casse ! dit-il, en prenant une veste et en quittant la maison.

Son père n’arrêtait pas de crier. Judith se mit soudainement à pleurer. Le cœur de François battait à cent à l’heure. Il en avait assez de stresser ainsi chaque jour, à cause de sa famille. D’être privé de liberté en mangeant à des horaires fixes, de supporter l’insolence de ses frères qu’on ne voulait pas reconnaître. Il ne souhaitait pas non plus y laisser ses plumes dans leurs problèmes familiaux. Il voulait simplement vivre sa vie. Ah ! Si seulement, on pouvait choisir sa famille comme ses amis !

Sa voiture partit en trombe, mais il eut bien le temps d’entendre son père lui dire :

— Si tu pars d’ici, tu ne seras plus le bienvenu.

Il s’en moquait complètement de sa remarque. Après tout, il avait fait la découverte d’une nouvelle fille. Elle le remplaçait parfaitement bien. Réalisant la détresse de sa mère, il se buta en se décidant à songer définitivement à lui. De toute façon, Mylène ne cherchait qu’une seule chose, le séparer de ses parents. Elle avait réussi son coup. Pourquoi ? Il n’en savait rien. Après, ça ne le concernait plus. C’est leurs histoires et plus la sienne !

Une demi-heure plus tard, il frappa à la porte d’entrée d’Élisa. En robe de chambre, elle fut étonnée de l’apercevoir. Elle comprit que quelque chose s’était passé et le laissa exploser de rage. Elle commençait à le connaître. Son caractère était aussi obstiné que le sien et parfois, très violent. Du coup, son devoir était de le rassurer et de le calmer :

— Pourquoi as-tu raconté notre vie à Mylène ? s’emporta François.

— Je n’ai rien raconté…

— Oh, s’il te plaît ! coupa-t-il. Ne me mens pas. Je ne veux pas que tu fasses de la colocation avec elle.

— Nous ne sommes pas mariés à ce que je sais !

— Oui, mais tu portes mon enfant. On a décidé de vivre ensemble et il est hors de question à ce dont j’attends un mois de plus, à être près de toi.

— J’ai l’impression d’entendre mon père, parfois !

— Écoute, on va faire simple. Tu ne veux pas de l’aide de ton père. Je ne veux pas de l’aide de Mylène. Il va falloir trouver une solution.

Elle ne pouvait réprimer sa remarque. Sur ce point-là, il venait de recevoir le dernier mot quand soudain, on frappa de nouveau à la porte. Élisa se demanda bien qui venait la déranger si tard, tout comme François. Le trompait-elle ?

À son grand soulagement, François vit Patrick sur le perron. Élisa ne souhaitait pas le faire rentrer quand elle entendit dans son dos, dire :

— C’est ton père ! Tu veux faire comme le mien, mettre tes proches à la porte !

Élisa lui lança des yeux revolvers. Patrick rentra quand même sans son autorisation en regardant François.

— Je l’ai informé dans la journée que j’avais trouvé une maison sur Trélazé. Un loyer de quatre cent cinquante euros, charges comprises. Une occasion en or ! Ce sont deux personnes âgées qui s’en vont en maison de retraite. Du coup, au lieu de vendre leur maison, leurs enfants ont décidé de la louer. Je suppose qu’elle ne t’en a pas parlé.

— Non, et j’ai encore mieux ! Mademoiselle préférerait se lancer dans une affaire de colocation avec ma demi-sœur qui n’a qu’une seule idée en tête : « La plumer » ! Je n’oublie pas que celle-ci aime aussi mettre aussi le bordel dans ma famille !

Élisa ne souhaita qu’une seule chose : « Disparaître ». Le loyer que son père proposait était moins cher que celui qu’elle avait actuellement. François avait certainement raison, mais son orgueil l’aveuglait à un point, qu’elle leur demanda de sortir.

Étonné, François essaya de la convaincre, mais Patrick le prit par l’épaule en lui disant calmement :

— Viens ! Laisse -là ! Elle doit être seule pour réfléchir à tout ça.

François se résigna. Quand il fut seul dehors avec Patrick, il affirma :

— J’en ai assez de toutes ces journées de merde ! Je me fais mettre à la porte par mon père et dans la même soirée, par la femme que j’aime. Demain, je n’irai pas travailler. J’en ai marre d’être prit pour un pigeon de la part de tout le monde.

— Viens chez moi ! Osa, Patrick.

— Non, merci. Une nuit au clair de lune, dans ma voiture, me fera peut-être réfléchir aussi.

— Ce n’est pas très prudent de dormir seul, dans sa caisse.

— Encore moins de se laisser plumer par une inconnue !

Sans aucun autre mot, Patrick lui donna une bonne poignée de main et le laissa s’en aller. Où pouvait-il aller dormir ?

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