Chapitre 7

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La routine avait repris son cours. François aiguisait son couteau avant de se remettre à découper de la volaille pour une semaine.

Le week-end dernier, il avait retrouvé la femme de sa vie et perdu un ami, qui finalement profitait de lui. Hier soir, il avait eu une conversation téléphonique avec Élisa. Il ne s’était pas endormi de bonne heure et tenait à peine sur ses jambes ce matin. Il avait besoin de sommeil. Il le savait. Élisa l’ensorcelait et ses paroles vis-à-vis d’Antoine le tourmentaient. Elle lui avait posé des questions sur leur amitié, leur rencontre. Sur l’instant, il eut l’impression d’avoir le droit à un interrogatoire, mais ils ne devaient rien se cacher. Au bout d’un moment, Élisa lui fit part de son inquiétude et de ce qu’elle pensait de tout ça.

— Tu es son pigeon ! avoua-t-elle.

— Il faut croire que je le suis pour tout le monde.

— …

— Excuse-moi. Je n’aurais pas dû, déclara-t-il.

— Oui, c’est vrai. Mais ce que j’ai fait au départ, tu me le reprocheras encore et encore.

— On n’efface pas le passé comme ça.

On n’effaçait peut-être pas le passé, mais on pouvait préparer le lendemain afin d’améliorer l’avenir

Élisa lui fit part de son souhait pour le présenter à son père. Qui était cet homme ? L’accepterait-il facilement ? Elle lui avait dit d’éviter de parler de travail avec lui sinon, il n’en finirait pas. À l’entendre parler, il devait s’agir d’un businessman. Rien à voir avec ce qu’il était. Après, on pouvait toujours se tromper de l’image que les autres donnaient. En l’occurrence, cette fois, c’était le cas. Mais, il ne le savait pas.

Sa mère n’était pas venue travailler aujourd’hui. Suite à ce qu’il s’était passé ce week-end, elle n’avait aucune envie de venir dans cette usine. Ses collègues lui demandèrent ce qu’elle avait. François leur répondit simplement qu’elle était malade. Ce n’était pas vrai bien sûr. Judith lui avait ordonné d’éviter d’étaler leur vie familiale au travail. Pourtant, elle ne se gênait pas lorsqu’il s’agissait de ses histoires à lui. On ne choisit pas sa famille, mais on choisit ses amis. Si seulement, cela pouvait marcher dans les deux sens, se disait-il parfois.

Ce matin-là, lorsqu’il travaillait, une voiture se gara devant la maison de ses parents. Judith se demanda qui cela pouvait être. Lorsqu’elle ouvrit la porte, elle découvrit Rose, la mère d’Antoine, avec un air bien contrarié.

— Que puis-je faire pour vous ? Entama Judith.

— Est-ce que François se trouve ici ?

— Non, il travaille. Que lui voulez-vous ?

— C’est à lui que j’aimerais parler. Pas à vous ! répliqua Rose froidement.

— Je suis désolée, mais tant qu’il vit sous mon toit, sa vie me concerne aussi.

— Dans ce cas, permettez-moi de vous dire qu’il serait peut-être bon d’éduquer un peu mieux vos enfants. Ce n’est pas parce que son frère a sauvé la vie de mon fils, qu’il peut tout se permettre avec lui !

— Et voilà, les parents qui se mêlent des histoires de leurs enfants ! s’insurgea Judith. Et vous me parlez d’éducation ! Il serait peut-être bon de surveiller comment votre gaillard traite les femmes ! À l’empoisonner comme vous faites, il finit par les faire valser au sol et pas de mains mortes en plus ! s’emporta Judith.

— Mais…

— Non, c’est vous qui allez m’écouter ! Vous êtes chez moi, ici ! S’emporta Judith. Du coup, vous allez bien vous concentrer sur ce que je vais vous dire ! François n’en peut plus d’avoir votre fils sur le dos. Toujours lui advenir en aide lorsqu’il s’y trouve forcer. Même pas capable d’économiser le moindre centime pour partir en vacances. Il avait un ami, mais il s’est rendu compte qu’il n’était pas un ami, mais un simple profiteur comme tant d’autres. Antoine a certainement rencontré Élisa, samedi dernier. Il a vu en elle, une menace. La fin de ses beaux jours avec François, qu’il prenait pour son pigeon. Je vais vous dire, je suis bien contente que mon fils s’en soit rendu compte. Et dernière chose, la moindre menace envers mon fils et je porte plainte pour harcèlement ! C’est compris ?

— Mais pour qui vous prenez-vous pour me parler sur ce ton ?

— Pour une femme qui apprend à ses enfants le respect, le partage, le devoir envers l’autre, la politesse et surtout la persévérance ! Toujours se battre, ne jamais se décourager et ne pas attendre que quelqu’un vienne vous aider ! Ce que vos enfants ne savent pas faire ! répondit Judith, en lui claquant la porte au nez.

Rose resta suffoquée par l’attitude de celle-ci. Judith s’était montrée beaucoup plus agressive que d’ordinaire. Elle pensait mettre les choses au clair et finalement, c’était elle qui s’était fait replacer. Après tout, elle avait peut-être raison. Elle empoisonnait sans doute un peu trop la vie de son fils. Or, elle ignorait totalement qu’il envoyait valser des femmes au sol. Elle se demandait bien de quoi voulait parler Judith. Du coup, elle fit demi-tour avec sa voiture et lorsqu’elle arriva chez elle, elle n’hésita pas à appeler Antoine pour avoir des réponses à certaines questions. Mais, il ne répondait pas.

Le midi venu, François arriva. Il ne voulait pas manger dans la cantine de l’entreprise. Il préférait retrouver sa mère. Se retrouver seule pour broyer du noir n’était pas mieux à ses yeux.

En la retrouvant, il demanda si son père l’avait appelé, ce matin.

— Non, ce ne fut pas le cas, dit-elle. Lui qui appelle toujours de son travail, d’habitude. C’est surprenant, non ?

— Tu lui fais toujours la tête ?

— Tu arriverais à pardonner une telle erreur au bout de tant d’années de mariage ? se risqua-t-elle.

— Il ne savait pas qu’il avait une fille dans la nature.

— Les grands-parents si !

— Justement, il n’a personne à qui se confier, objecta François, en voulant lui ouvrir les yeux. Moi, j’ai eu un message sur mon portable. Il est vraiment à bout.

— Tant pis pour lui, répondit-elle, toujours butée.

— Je te jure Maman ! S’il fait un malaise cardiaque à cause de trop du stress que tu lui procures, je t’en tiendrai responsable avec les grands-parents.

— Tu plaisantes, j’espère ? riposta-t-elle, méchamment.

— Pas du tout. Cette fille déboule comme ça, chez nous ! Il voit son premier amour s’envoler, ses parents qui l’ont trahi toute sa vie, sa femme lui tourner le dos pour une erreur de jeunesse qu’il pensait être réglé. Mets-toi à sa place, comment supporterais-tu tout ça ?

François n’aimait pas du tout voir ses parents se quereller. Quand il sentait que l’un ou l’autre se trouvait désemparé, il essayait toujours de recoller les morceaux ou de faire réfléchir l’un des deux.

Il avait fini par ouvrir les yeux de sa mère. De nouveau, elle ne put s’empêcher de retomber en larme. Elle se rendit compte de son erreur et de son égoïsme. Sa fierté en avait pris un coup. C’était tellement douloureux !

François la prit dans ses bras et caressa sa chevelure. L’heure passait, il était temps pour lui de retourner travailler. Avant de partir, Judith annonça qu’elle avait fait taire la mère d’Antoine et qu’il n’entendrait certainement plus parler de lui.

— Tu crois ça, toi ?

— J’en suis sûre !

— Ne plus entendre parler de ses parents, je veux bien le croire. Mais de lui, ça reste à voir. Il est clair qu’en ce qui me concerne, je préfère ne pas le croiser, au risque de commettre un meurtre.

— Il a été si violent que ça ?

Soudain, François sortit son portable d’une poche de son blouson et montra le visage blessé de Caroline, affiché sur son écran. Judith fut horrifiée par cette découverte. Antoine avait de la chance d’être tombé sur une femme qui n’osait pas porter plainte. À cause de lui, Élisa va devoir travailler d’arrache-pied cette semaine. Ce qui n’allait pas simplifier les choses pour se trouver une maison.

— Tu comptes vraiment t’installer avec elle ? demanda sa mère.

— Plus que tout au monde. Et pour mon plus grand bonheur, ce serait de te voir à nouveau heureuse aux côtés de Papa.

— Je ne te garantis rien !

Il avait retrouvé le sourire qui manquait sur le visage de sa mère. Être seuls, ensemble, leur faisait du bien. Cela risquera certainement d’être dur de quitter le cocon familial. Mais une autre femme prendra la relève. Sa future femme, la mère de son enfant et des futurs à venir. Il ne comptait pas en faire qu’un seul. Madame n’aura pas le choix de toute manière !

Désormais, il restait constamment en contact avec Élisa. Leurs retrouvailles avaient peut-être été bien bousculées, mais ils ne s’en étaient pas si mal sortis au fond. Il l’aimait tellement que parfois, dans sa voiture, il lui arrivait même de fredonner cet air que beaucoup connaissent.

Élisa, Élisa, Élisa,

Saute-moi au cou,

Élisa, Élisa, Élisa,

Cherche-moi des poux,

Enfonce bien les ongles,

Et tes doigts délicats,

Dans la jungle

De mes cheveux Lisa…

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