Ce que le diable murmure ou la théorie des anges

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Un jour, Dieu pactisa avec le diable. Ou du moins, telle pourrait être la perception purement humaine de ce projet. Une improbable guerre froide à échelle divine.

Le royaume des Cieux se perdait dans la contemplation élogieuse de la vie, l’infinité microscopique parvenait à bâtir l’empire humain sous le sentiment de la gloire du Ciel, approuvée en grande pompe par l’armée sanctifiée des anges de la cité, qui n’hésitaient jamais à bénir de miracles le monde des Hommes, pour propager la parole de leur grand amour. Un paradis puissant, civilisation éternelle modelée par le Créateur où anges et saints devenaient ses adorateurs de premier ordre, bientôt talonnés par les futures âmes sauvées par la voie du Christ, quand s’élèvera le souffle funèbre du jugement dernier.

Humanité qu’un ange réprouvait ardemment, il jugeait ces êtres emplis de faiblesses pour appuyer leur inclination pour le péché, ainsi que cette douce facilité avec laquelle ils réussissaient à se convaincre que leurs actions pouvaient être pardonnées par Dieu, dans la prière et la supplication. Cet ange s’imposait en figure de justice auprès du Père, il cherchait par diverses méthodes à prouver que l’espoir vain de la vie n’allait jamais satisfaire Dieu pleinement, de trahison en trahison, le Roi de bonté se retrouvera sans serviteur humain, tant ils auraient tous péris par le vice et l’immonde. Mais Dieu faisait confiance aux humains, il connaissait bien ce que la vie avait à offrir, ce qu’il en coûte de choisir la foi et ouvrir son âme au chemin de la croyance, car sa clémence était aussi grande que la méfiance de son bel ange.

Pourtant, si baigné d’amour était chaque ange du royaume des Cieux, Lucifer ne supportait pas de contempler l’échec de la vie et le sourire indulgent du Créateur. Lui qui répugnait tant les humains, était finalement celui qui leur ressemblait le plus de toute la cité, sa façon de percevoir les choses comblées par son sens aiguë de la justice, lui conférait une ouverture de réflexions nouvelles sur son univers. L’idolâtrie que vouait l’ange à son Père, ne pouvait se résoudre à rester spectateur de la bonté vaine du Christ face à son plus grand projet après le Paradis, les humains n’avaient pas leur place dans ce royaume immaculé et certains anges rejoignaient son opinion. La peur de ne plus suffire à Dieu guidait ses enfants à vouloir éloigner l’humanité des pensées de leur Seigneur bien-aimé, de cela naissait l’envahisseur sentiment de jalousie au sein des Cieux.

Dieu expérimentait quelque chose, confronter ses enfants à une création aussi pleine de surprises que l’Homme, pouvait créer de nouvelles perspectives chez les anges. Son raisonnement voyait déjà la beauté de cette humanité angélique, qui marquerait le temps de la Connaissance de la Vie par le divin et préparai l’arrivée au Ciel des âmes humaines. Mais Dieu savait que ses anges ne partageaient pas son idylle, Il savait que son royaume allait se scinder en deux faces d’une même grande histoire, en y jetant en son centre la race humaine, livrée en pâture à une querelle céleste.

Lucifer était en réalité la clef du Paradis, le début et la fin de celui-ci autant que Dieu puisse laisser son royaume périr. Rien était encore certain, car le plus grand mal du Père résidait dans sa lecture, souvent contredite, de son fils : il ne pouvait pas voir au-delà de Lucifer, ni même prédire ses actes. Mais le Créateur savait que sa puissance le maintenait bien au-dessus d’une rébellion angélique et s’était bien gardé de montrer à son Fils son aveuglement. Le doute ne quittait jamais les yeux impossibles de Dieu, tout cela n’avait de sens que par l’existence de son plus bel ange, l’amour de sa vie, dissimulé par ses autres enfants. L’amour d’un père pour son premier enfant, une faiblesse humaine que Dieu connaissait très bien, alors Il entreprit de mettre à l’épreuve son ange de lumière. Un habile coup placé afin de parer une trahison dans sa cité, les anges voulaient anéantir les humains, mais Dieu entendait bien ouvrir l’esprit de la Vie, pour permettre à Lucifer de lui succéder quand viendra son heure.

La sagesse millénaire de Dieu ne pouvait se tarir, car le Créateur était un nom donné en héritage au meilleur ange depuis toujours, de Père en ange sans couper le fil de la Grâce de Dieu. Un rituel qui nécessite une confiance aveugle envers son enfant pour lui donner le pouvoir de Tout, Lucifer était le seul ange capable de faire de Dieu une entité toujours plus magnifiée et complexe. À force de confrontations, de raisonnements nouveaux et d’ouverture d’esprit, l’ange avait réussi à faire se développer la puissance du Créateur, pour permettre de modifier la léthargie des Cieux, en cela Lucifer portait la lumière des possibles, il était la clef qui déverrouillait le cœur du Père.

Cependant, l’ange n’aimait guère le chemin qu’empruntait la conception humaine de son Père, tandis que ce dernier œuvrait pour mettre son Fils sur le trône d’un Ciel qu’il méritait par sa réflexion neuve et admirée. Dieu désirait vivement que son ange apprenne de l’esprit humain, pour en renaître plus merveilleux dans son amour pour le Créateur, à travers la foi inventée par l’Homme et son sentiment de dévotion, cruel et spécial, que Dieu trouvait formidable, là où la possibilité de mourir menait les humains à se donner entièrement à lui. Il s’était décidé à offrir à Lucifer une voie inexplorée et novatrice, permettre à un ange d’expérimenter la Vie et la mort humaine, alors il convia l’ange de lumière à le rejoindre pour un grand pari.

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