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Le temps ne s’y prêtait pas et pourtant Dimitri alluma un feu de cheminée. Il aimait observer les flammes dévorer la bûche. À l’aide du tison, il retourna le morceau de bois rougi. Quelques crépitements s’évaporèrent dans l’air. L’hôte ferma la vitre de l’âtre.

L’atmosphère était bien plus détendue. Les deux allaient tenter d’en profiter.

- Avez-vous faim monsieur Jules ? Notre conversation est prenante, le temps passe et mon appétit s’ouvre.

- Je vous remercie, mais un délicieux repas m’attend dans mon frigidaire.

Un sandwich poulet-crudités à vrai dire.

L’homme d’affaire transmis à son majordome ses envies : caviar en entrée, un rumsteck cuit à point avec une poêlé forestière pour le plat principal. Il hésita un instant pour le dessert. Une île flottante ou une part de mille feuilles ? Un peu des deux satisferaient sa gourmandise.

Dimitri reprit place dans le canapé et relança la conversation.

- Je suis presque certain que vous ne savez pas quel secret ce bon Mâcon gardait bien caché.

- Peut-être est-ce dû au fait que je ne le fréquentais pas comme vous.

- Ce n’est pas faux, approuva le Russe.

- Éclairez-moi je vous en prie.

Il se sentait fort, Jules dépendait des réponses qu’il lui fournirait. Je pourrais l’aider et m’innocenter au passage. Il faut aussi que je détourne son attention, que je l’éloigne de mes affaires. Dimitri gratta son avant-bras. Il devait peser chacun ses mots, son invité était un fouille merde hors repères.

- Mâcon aimait les femmes.

- Comme chacun d’entre nous ici. Enfin, je ne sais pas pour ce bon vieux Piotr.

Il lui adressa un clin d’oeil moqueur. Piotr se retint de lui faire payer ses propos, il aurait une autre occasion.

- Sauf que le petit préférait la chère mère d’Alexian.

Jules ne put masquer son incompréhension, ses sourcils froncèrent. Si le dealer était l’amant de cette femme, il n’avait aucun intérêt à supprimer le fils. Qui plus était qu’il lui devait un sacré paquet d’argent. Les chances que le coupable soit Mâcon avoisinées à présent les zéro pour cent. Il n’était qu’un pion.

- Je vous trouve perturbé mon cher.

- Mes théories se retrouvent un peu chamboulées. Rien de bien grave, je vous rassure.

- Andreï ne le sait pas. Enfin, il a des doutes car Ivana découche plus souvent qu’avant. Elle utilise des prétextes ridicules. Mais mon plus vieil ami ne veut pas croire que sa femme puisse lui faire un tel affront.

- L’amour rend aveugle.

Réponse classique. Son cerveau carburait bien trop vite pour qu’il élabore des réponses. Jules avait besoin de trouver une piste à explorer pour soutirer des informations à Dimitri. Il devait resté fin, ne pas dévoiler tout ce qu’il savait sans pour autant le ménager.

Qui restait-il sur sa liste ? Sur son carnet, Diane était la première, suivie des deux inconnus qu’il avait croisé avec Babacar. Les noms d’Andreï, de Dimitri, de Betty et de Philippe complétait l’inventaire. Le juriste opta pour le père et la collègue.

Dimitri lui avait tendu une perche. Bondir l’occasion était un jeu d’enfant.

- Monsieur Kritovsk a un excellent mobile pour la mort de Mâcon.

- Vous vous égarez.

- Les deux meurtres ne sont peut-être pas liés. Cette possibilité n’est pas à négliger, surtout que je ne vois pas de lien autre que celui de la drogue entre les deux victimes.

- Ma foi. Vous êtes sûrement dans le vrai monsieur Jules.

- Andreï Kritovsk est un tireur d’élite, comme vous Dimitri. Le sniper a tiré à plus de deux cents mètres pour faire exploser la bonbonne de gaz dans l’entrepôt. Une sacrée performance, vous en conviendrez. Seul un homme d’expérience peut réaliser une telle prouesse. Vous ou votre ami, par exemple.

- Oui, par exemple seulement.

Dimitri sentit le danger arriver. Le juriste était coriace, il ne le lâcherait pas tant qu’il n’aurait pas trouver le coupable. Il n’avait sûrement pas reçu le petit avertissement que l’homme d’affaire avait commandé auprès de ses amis en prison. Peu importait, il devait l’écarter de son business, par tout moyen.

De son côté, Jules savait qu’il avait flairé une brèche dans laquelle s’engouffrer. Il allait appuyer un peu plus pour tester les limites de son hôte.

- Vous étiez tous les deux en bas du bâtiment d’Alexian le soir où il est mort, étrange coïncidence.

- Mais simplement une coïncidence, de défendit Dimitri.

- Êtes-vous sûr ? ironisa Jules. Parce que vous étiez aussi à l’entrepôt avant qu’il ne se fasse attaquer et que Mâcon reçoive une balle dans pleine tête. Deux morts, et deux fois votre présence et celle d’Andreï Kritovsk. Les coïncidences seraient-elles de sortie ?

Silence.

Le majordome déposa un large plateau d’argent sur la table basse. Le caviar était encore dans sa petite boite tandis que le plat principal conservait sa chaleur grâce à une cloche. Dimitri resta fixé sur Jules. Son impertinence lui coupait l’appétit.

- Je vous sens contrarié.

- En effet monsieur Jules. Se faire accuser d’un double assassinat dans sa propre demeure n’a rien de confortable. Votre présence devient déplaisante.

- Et encore, je ne vous ai pas parlé de Diane, votre acolyte.

Petit coup de poker. Jules espérait qu’il allait mordre à l’appât et lui permettre de trouver le lien qui l’unissait cette femme.

- De qui me parlez-vous ?

- Allons Dimitri, Diane Le Tane, la collège d’Alexian.

- Je ne la connais pas.

Jules afficha une expression de mécontentement. Dimitri se redressa dans le canapé, les pieds encrés dans le dos et les coudes sur les genoux. Ses deux mains se rejoignaient, doigts croisés.

- Je vous jure que je ne connais pas cette femme.

La déception s’empara du juriste. Son vis-à-vis ne lui mentait pas, ce qui ne l’arrangeait pas. Il faisait fausse route.

S’il n’existe pas de lien entre Dimitri et Diane, alors l’un des deux n’est pas responsable de la mort d’Alexian, mais lequel ? Diane n’a pas d’alibi pour le soir du meurtre et son mobile est plutôt solide, le pouvoir. Dimitri me cache quelque chose, mais il ne ferait pas le travail lui-même. Et Andreï ne tuerai pas son fils, sauf s’il y était contraint. Je ne les sens pas ces trois là, mais un élément m’échappe.

Jules se redressa à son tour. Ne jamais laisser votre interlocuteur s’installer en position de force sans lui répondre. À moins d’avoir un canon sur la tempe, bien sûr. Il avait retenue la leçon.

- À l’évidence, vous n’avez pas la moindre idée du coupable jeune homme.

Un petit tacle si vrai que Jules n’eut pas de mot pour y répondre. Seul constat : l’homme d’affaire passait à l’offensive.

- Vous pensez réellement pouvoir démasquer le coupable ? Un juriste n’est pas un flic monsieur Jules, chacun ses compétences. Et les vôtres sont limitées en matière d’enquête.

Une contre-attaque s’imposait.

Jules se remémora un détail de cet entretien, un moment où il avait déstabilisé le grand Dimitri. Il se leva et marcha jusqu’à la cheminée. Parmi les cadres sur la poudre surmontant le brasier, il en saisit une et retourna auprès de Dimitri.

L’homme et son garde du corps l’observaient avec attention. Ils se méfiaient bien plus du juste à présent. Il en savait beaucoup plus qu’il ne le disait. Une véritable menace pour les affaires et la suite des projets.

- Dimitri, dites-moi, vous n’avez pas répondu à l’une de mes questions tout à l’heure.

- Un oubli.

- Qui sont les gens sur cette photo ?

Il déposa le cadre sur le plateau, près du caviar. Dimitri l’attrapa aussitôt d’un geste brusque et l’essuya avec une serviette. Son visage mélangeait mélancolie, colère et regrets. Il resta face à la cheminée, l’objet en main, sans dire un mot. Jules attendit.

- Cela ne vous regarde pas, monsieur Jules,

Le ton du discours était nettement plus agressif. Le jeune homme avait touché une corde sensible. Il aurait pu appuyer dessus, mais seul face à ces deux gaillards, le risque était trop important. Chaque chose en son temps.

Dimitri remit le cadre en place, prit une grande bouffé d’air et regagna sa place auprès de son convive.

- Que le temps passe vite, vous ne trouvez pas ?

- C’est vrai, acquiesça Jules.

- Les affaires n’attendent pas mon ami. C’est la règle dans notre métier si l’on veut prospérer et faire du bénéfice à la fin de l’année.

- Si vous le dites, je ne suis pas du milieu.

Les deux sourirent, un rictus de circonstance pour masquer la tension. Dimitri fit un geste de la main à Piotr, le signal pour ramener l’invité vers la sortie.

- Je vais vous raccompagner.

Piotr était là, la main dans le dos de Jules pour le guider vers les portes de la villa.

- C’est très aimable. Je ne savais pas qu’il avait la fonction gentil sur ce modèle, ironisa Jules, un petit clin d’oeil à son hôte.

- Bonne journée monsieur Jules, dit Dimitri. Et j’espère vous recroiser.

- J’y compte bien.

Le juriste ne demanda pas son reste. Il avait glané plus d’informations qu’il ne l’espérait. Il connaissait aussi la faiblesse de son adversaire : la famille. Quelques recherches plus approfondies s’imposaient. Le pas de demeure franchi, la porte claqua. Dehors, aucune voiture ne l’attendait. Il devait regagner le centre-ville à pied et rentrer en transports. La routine.

Sur les nerfs, Dimitri convoqua son homme de main.

- Il va falloir se débarrasser de cet emmerdeur mon cher Piotr. Tes deux sbires sont sûrement disponible, Balou et Vladir. Je les aime bien, ils feront largement l’affaire. Précise-leur qu’ils auront chacun une belle petite prime.

Il s’essuya la bouche et finit son verre.

- Je veux que ce connard soit liquidé à la première occasion. Le plus tôt sera le mieux.

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