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Lucas traversa le poste. Il attira tous les regards, une bête de foire dévisagée, jugée coupable. Il ne dénia pas accorder le moindre intérêt à quiconque. Peu importait ce que l’opinion publique pensait, lui sait qu’il n’avait rien fait. Il pouvait compter sur les amis de sa soeur pour trouver les preuves de son innocence.

Jamlin attendait sur le pas de la porte. Encore le numéro trois, il me porte malheur depuis toujours ce chiffre. Il n’était pas seul. Le commissaire Marone, de dos, tapait du pied. Si Laville l’avait su, il aurait hurlé. Marone et Jamlin étaient un duo d’enfer, dans le mauvais sens. Il les avait vu oeuvrer.

Le jeune garçon avait les traits marqués. Des valises sous les yeux, les joues creusées, le teint assez pâle. Son dos était voûté, les épaules repliées vers l’intérieur. Il avait peu dormi, cherchant un élément pouvant lui permettre de contester les accusations dont il faisait l’objet. Rien ne lui revint à l’esprit.

- Voici notre champion du crime, s’exclama Jamlin.

- Capitaine, merci de garder vos répliques sanglantes pour le moment.

Marie arriva avant que son client ne soit installé, un dossier épais de quinze centimètres entre les bras. Un petit coup de bluff dont l’effet escompté fut atteint. Jamlin chuchota à l’oreille du commissaire, ses yeux poignardant l’avocate. Marone tapota l’épaule de son subordonné, il avait entendu son argument et l’aiderait si nécessaire.

- Installons-nous si vous le voulez bien. Maître, après vous.

Lucas fut installé à la même place, mais cette fois il eut Maris à ses côtés. Face à eux, Jamlin prit place alors que Marone resta en retrait. Le voyant de la caméra s’alluma et l’interrogatoire commença sur les chapeaux de roue.

- Avez-vous des déclarations à faire ? Voulez vous revenir sur ce que vous nous avez raconté lors de la première audition ?

- Non.

- Rien d’étonnant.

Jamlin jeta un coup d’oeil vers Marone. Il ne broncha pas.

- Nous venons de recevoir les différents rapports que nous avions diligentés. Le rapport d’autopsie est très parlant. Mais celui pour les prélèvements biologiques encore plus. Savez-vous combien d’ADN ont été trouvés sur les morceaux de verre que nos experts ont recueilli ?

- Je ne sais pas, deux, peut-être trois.

- Si l’on fait fi de celui de la victime, un seul monsieur, le votre.

Marie nota ce point. Si seul l’ADN de Lucas avait été retrouvé, le véritable meurtrier devait porter une tenue spécifique. Ou bien les experts avaient omis un détail. Dans tous les cas, il faudrait trouver un moyen de percer l’identité de cette personne.

- Votre stylo comme arme, votre ADN sur du verre brisé, trois témoins oculaires…

- Ce n’est pas la seule arme capitaine, intervint Marie. Étrangement, vous n’avez pas mis la main sur l’ensemble des moyens utilisés pour torturer la victime.

- Maître, je vous prierai de ne pas intervenir arbitrairement.

Tous s’en remirent au commissaire. Il se décolla lentement du mur pour rejoindre la table. C’était dans ce genre de situation que l’on comprenait pourquoi il avait été nommé à ces fonctions. Il était un bon enquêteur, mais sur un manager hors pair. La conciliation d’opposés, sa spécialité.

Il saisit la quatrième chaise et s’installa autour de la table. Son calme dénotait avec l’atmosphère électrique qui imprégnait les relations entre les parties.

- Maître, nous ne faisons que notre travail. Nous avons des faits, des preuves, et nous interrogeons votre client. Il est normal que nos questions soient orientées.

- Votre subordonné ne relève pas les incohérences du dossier. Il s’acharne sur monsieur Laville pour assouvir une puérile vengeance, une rancoeur contre le père.

- C’est faux ! cracha Jamlin.

Marone pressa le bouton de la caméra pour mettre l’enregistrement en suspend. Il invita l’avocate et le flic à sortir de la pièce. Son visage était toujours serin. La porte se referma. Dans le couloir, Marie et Jamlin se faisaient face, se provoquant du regard.

- Que les choses soient claires pour vous Maître, comme pour toi Paul, je ne permettrai à personne de bafouer cette enquête. Si l’un comme l’autre, vous n’êtes pas capable de vous tenir convenablement, j’en ferai mention au bâtonnier pour vous, et dans ton dossier pour toi.

Le ton de la voix n’avait pas eu besoin de monter, les menaces du commissaire étaient suffisantes. Tous regagnèrent leur place, Lucas restant silencieux. L’audition reprit.

- Pour compléter les charges, vos empreintes de pas ont été trouvées dans le sang. Une question me vient à l’esprit : pourquoi ne pas avoir appelé la police ?

- J’étais abasourdi, choqué. J’ai même vomi dans les toilettes tellement cette vision m’était insoutenable. Et en entendant la concierge monter, j’ai paniqué. C’est une emmerdeuse !

- Vous l’avez poursuivie, agressée aussi.

- Tout cela est dû au stress, je ne savais plus comment m’en sortir. Avec elle m’ayant vu dans l’appartement, j’étais déjà dans une grosse galère. J’ai cru qu’en fuyant, j’aurais le temps de réfléchir, faire le point et…

- Et ?

Il n’y eut pas de réponse. Jamlin tenait sa proie entre ses griffes. Il jouait avec, la chahutait un peu. Il lui mettait la pression pour qu’elle finisse par exploser. Il la brisait sans aucun état d’âme pour lui faire dire tout ce qu’il attendait. Jamlin aimait ça, c’était pour lui le moment le plus jouissif de toute l’enquête : voir un suspect craquer et avouer ses fautes.

Le capitaine laissa perdurer le silence. S’en suivit une cascade de questions sur la manière dont Lucas aurait procédé pour torturer la victime. Chaque mot était un coup de plus pour le jeune Laville. Il montrait des signes de faiblesse, mais ne pliait pas pour autant. Jamlin enchaina avec la propre vie du suspect. Il ne manqua pas de mettre en avant toutes les erreurs de parcours.

- Lucas, soyez raisonnable, tous vous désignent comme le coupable.

- Il y avait une homme ou une femme dans l’escalier quand je suis arrivé !

- Un voisin sûrement.

- Je vous dis que non ! Ce n’était pas quelqu’un du bâtiment, j’en suis certain. Les deux couples de voisins du cinquième sont en vacances à cette époque de l’année. La voisine d’en face est handicapée, elle prend l’ascenseur pour descendre. J’aurais forcément croisé quiconque voulait quitter le bâtiment. Pourtant cette personne a emprunté les escaliers pour partir.

Marie et Marone s’échangèrent un regard. Ces informations avaient leur importance si elles s’avéraient confirmées. Il lui fit un signe de la main. Elle comprit qu’il explorerait cette piste dès la fin de l’audition.

On frappa à la porte. Un jeune officier s’entretint avec le commissaire. Son visage s’assombrit. Le flic continuait de marteler le jeune homme de questions. Il cherchait à placer son coup fatal.

- Que se passe-t-il ? coupa Marie.

- Le juge d’instruction Bouguinal vient d’être saisi par un réquisitoire introductif du procureur de la République. Je crains que les choses se compliquent.

Le profane interrogea tour à tour les trois auxiliaires de justice. Jasmin l’ignora, et le contraire aurait été surprenant. Marone et Marie ne surent pas quoi lui répondre sur le coup.

- Puis-je savoir ce que cela signifie ? Y’a-t-il quelqu’un d’honnête pour m’expliquer ?

- Le juge va sûrement demander un placement en détention provisoire… souffla Marie.

Ces deux mots, Lucas les avait entendus à plusieurs reprises dans la bouche de son père. Ils rimaient avec « prison ». Il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre qu’il n’avait encore rien vu. Son père y avait envoyé quelques gros poissons, des mecs dangereux et avides de vengeance. Jamlin était un ange à côtés de ces types.

Entre ces murs, le jeune Laville serait une brebis parmi les loups affamés.

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