Chapitre 4-partie 2

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Au fur et à mesure que les minutes s’écoulaient, la silhouette de l’hôtel se faisait de plus en plus précise, de plus en plus imposante.

Les chiens, qui avaient enfin repéré la structure, se faisaient plus pressants et, au grand dam de Kate, plus décidés que jamais à rentrer chez eux. Ils tirèrent le traîneau avec une ardeur nouvelle, si bien qu’en moins d’une demi-heure, l’attelage s’engouffrait sous le porche de fer forgé de leur destination.

Ils pénétrèrent dans une cour carrée, un grand mur encadrant la bâtisse, pareil à des mains gigantesques, faisant rempart au vent. Sous la mince poudre blanche se devinaient des dalles, agencées en cercle. Un immense tas de neige avait été poussé dans un des coins. Une lumière éclatante filtrait entre des rideaux sombres, tendus devant les immenses fenêtres. La porte vitrée s’ouvrit en grand, et une femme se rua vers eux. Elle enfila les épaisses mouffles qu’elle avait en main et aida Piotr à détacher les chiens, qui jappaient et bondissaient dans un joyeux tintamarre. Elle les attrapa ensuite un à un par le collier, et les fit passer dans de grandes cages fichées dans le mur. Kate la regarda faire, la gorge serrée. Cette femme… était-ce ? Non, impossible, elle semblait beaucoup trop jeune.

Lorsque l’inconnue ressortit, Piotr, qui détachait le chargement du traineau, lui lança :

« Tu devrais rentrer, le froid se fait de plus en plus mordant. »

La jeune femme souffla du nez, et s’exclama avec un fort accent écossais :

« Et alors, je sors pour t’aider et c’est comme ça que tu me remercies ?! Bah tiens, si j’avais su ! ». Elle eut un petit rire, et se tourna vers Kate, un sourire engageant sur le visage.

« Oh ! Tu dois être la p’tite nièce d’Emmelia ! Dépêche-toi d’rentrer avant d’attraper mal ! »

Kate s’exécuta, non sans jeter un coup d’œil au simple châle qui la protégeait à peine du vent glacial.

Avec appréhension, elle gravit les marches gelées, et pénétra dans le vestibule illuminé.

Une deuxième porte se dressa devant elle, vitrée elle aussi, mais plus petite.

Elle la franchit, et se retrouva dans un petit hall d’entrée, où régnait une température agréable. Un modeste lustre projetait une lumière tamisée dans la pièce qu'un tapis oriental rendait plus chaleureuse

En face d’elle, un escalier plutôt étroit s’élevait pour disparaitre dans les étages obscurs. Deux arches placées de chaque côté de la pièce se faisaient face, donnant sur deux salles bien éclairées, inondant le hall de leur lumière bienveillante.

Des voies résonnèrent à sa gauche. Elle avait beau se concentrer, il lui était impossible de comprendre ce qu’elles disaient. Des mots aux sonorités ibériques. Intriguée, Kate s’approcha sur la pointe des pieds, et passa la tête dans l’embrasure de la porte. Elle se retrouva dans une petite salle à manger. Une étroite cheminée ,au-dessus de laquelle reposait un immense miroir, faisait face à la vaste fenêtre, masquée par des rideaux pourpres. Depuis une petite entrée dans un coin émanait une odeur de nourriture qui fit gargouiller son estomac. Cela faisait un moment qu’elle n’avait rien mangé, et son corps commençait à le lui reprocher bruyamment. Une longue table occupait la majorité de l’espace, autour de laquelle étaient assises quatre personnes.

Un prêtre et trois nonnes.

L’homme étant de dos, elle ne pouvait qu’apercevoir le visage des religieuses. L’une d’entre elles, la plus âgée, assise au milieu et faisant face à son supérieur, était une petite femme voûtée, au visage semblable à une vieille pomme ridée, et aux mains potelées. À sa gauche se tenait une jeune fille, de quelques années plus vieille que Kate. Ses cheveux châtains étaient soigneusement ramenés sous son bonnet, et aucune mèche ne tombait sur son visage concentré, ses mains jointes avec ferveur.

À sa droite, une autre fille était assise. Des mèches brunes tombaient en pagaille sur son front olivâtre , encadrant son visage mince. Ses mains étaient jointes sans grande conviction, et son regard vague traduisait un ennui profond. Kate se glissa sous l’embrasure de la porte.

La jeune religieuse la remarqua et se mit à la fixer, l’air décontenancé. Le prêtre tourna la tête, et, suivant le regard de sa pupille distraite, remarqua la présence de Kate. Il s’éclaircit la gorge, ne sachant quoi dire. Tous les regards étaient rivés sur elle. La jeune fille sentit le rouge lui monter aux joues. Des pas rapides retentirent derrière elle, Kate se retourna, et elle se fit enlacer avant même d’avoir identifié par qui. L’embrassade était puissante, et la poigne ferme. Une odeur de fumée flottait dans l’air.

Kate fut enfin lâchée, et elle put découvrir à qui ces bras appartenaient. Une grande femme se tenait devant elle. Elle était âgée mais paraissait toujours pleine d’énergie. Ses cheveux coupés court en une coiffure masculine s’empanachaient de reflets argentés. Vêtue d’un costume d’homme d’un violet sombre, elle était svelte et athlétique. Son visage mince arborait un grand sourire, et ses yeux pétillaient d’excitation.

Ses yeux.

Des yeux d’un bleu pâle.

Des yeux comme les siens.

« Kate, s’exclama Emmelia Greenmoor, comme je suis heureuse de te voir ! Nous attendions ta venue avec impatience ! »

Par-dessus son épaule, Kate entraperçut Piotr sa malle à la main et la femme de tout à l’heure, claquant la porte derrière eux en riant. Il avait passé son manteau à l’inconnue, deux fois plus petite que lui, et était maintenant uniquement coiffé de sa chapka, révélant un peu plus sa carrure imposante.

« Et bien, reprit Emmelia, je vois que tu as déjà rencontré nos invités. ». Puis s’adressant aux religieux, elle continua :

« Je vous présente ma petite-nièce Kate. Kate, voici le père Bisognin, ainsi que la mère supérieure Carmen et les sœurs Teresa et Bélen. Kate va vivre ici, désormais ! ». L’homme hocha la tête, et se leva. Il surplomba Kate de sa haute stature et, tendant une main longue et décharnée, esquissa un sourire :

« Bonsoir, mon enfant »

Il avait un fort accent italien. Sa voix adoptait un ton chaleureux, et son visage bienveillant lui inspirait confiance.

Pourtant, elle frémit quand leurs mains se rencontrèrent.

Il lui rappelait trop quelqu’un.

« Mais quelle mauvaise tête je fais, tu dois être morte de fatigue ! Suis-moi, je vais te conduire à ta chambre ! »

Emmelia attrapa Kate par la main, et l’entraîna dans le hall. Elle la dirigea rapidement vers l’escalier, et, un pied sur la première marche, appela :

« Piotr ! Piotr, pourrais-tu amener les bagages de Kate jusqu’à sa chambre ? »

« Un instant » retentit la voix de l’homme depuis le fond du couloir.

Emmelia se tourna vers Kate et, d’un sourire, l’invita à gravir les marches avec elle.

Avec une excitation à peine dissimulée, elle grimpa les escaliers quatre à quatre, tirant sa nièce derrière elle. Elles arrivèrent dans un corridor sombre où régnait une forte odeur de pin. Dans la pénombre, elle avait peine à voir où elle posait les pieds, mais l’obscurité ne semblait pas déranger son aïeule, qui, d’un pas vif et silencieux, se frayait un chemin dans le couloir .

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