Le vieil Hugues - Nico

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« Chéri, mais tu es fou, elle doit valoir une fortune, on ne peut pas se le permettre ! » Nico sourit et pose un baiser dans le cou de Fanny. C’est vrai qu’en temps normal, il n’aurait jamais pu lui offrir ce genre de cadeau. Une robe de grand couturier, ça coûte un bras, mine de rien ! Mais ce soir, il a envie de la gâter et il l’emmènera dîner dans un restaurant avec vue sur la Tour Eiffel ; il sait qu’elle en rêve depuis toujours. Il se demande si le gamin le rappellera. Ça l’arrangerait bien, n’empêche. Quand il l’a appelé avant-hier pour lui demander s’il était envisageable de réaliser un tatouage à domicile plutôt qu’en salon, il a trouvé ça louche, mais le gosse a sorti un argument infaillible : « C’est pour mon voisin, et il est paralysé, vous comprenez ? » Nico a le cœur sur la main, c’est pour ça qu’il accepté sans faire de manières. Et puis, le tatouage avait été assez facile à réaliser – un drôle de tatouage, d’ailleurs, quand on y pense… Nico avait annoncé un petit prix au vieil homme, car on n’extorque pas les pauvres gens, surtout dans cet état… mais l’homme lui en avait donné le quintuple. Pourvu que le gamin le rappelle !

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J'étais là, face à ce démon dont j'avais tant rêvé ... plus qu'un corps pas tellement imposant, c'était tout un ensemble de principes, de moralités, de superstitions, de tout, que j'affrontais. En osant toucher du bout des doigts cette peau si réelle, pourtant si éphémère, j'assassinais le pourquoi de la continuité de l'humanité. Un crime contre l'humanité, mais surtout contre moi ...
Moi. Passons. Cette sorte de communion d'âmes comme fraternelles m'avait laissé aspirer à une existence pleine de compréhension mutuelle, de bonheurs partagés et surtout de passions similaires ... Ouais ... quand j'y pense ... Pffffffff !!! Le prince charmant ... Ah ! Ah ! Ces gestes que je me permettais sans demander de permission semblaient l'encourager de plus en plus à vouloir me faire croire, me donner e l'espoir. Son regard flambait d'une telle force qu'il était horriblement contradictoire avec son attitude retranchée. Cette contenance physique aurait dû me prévenir du danger qu'était pour moi ce sang glacé - si je puis me permettre - et surtout ce mental comme inspiré du personnage du fameux Heathcliff : en acier trempé ... Beaucoup plus que l'amour, c'était la perspective d'un avenir heureux qui m'avait rendu cet espoir que j'avais abandonné depuis déjà des années. De croire, en moi, mais aussi en Satan qui se trouvait, en visite courtoise, chez moi. Mes joues rougissaient et mon incorrigible moustache - ou duvet - s'humidifiait de plus en plus à force d'écouter cette voix en moi : "Où suis-je ? Que fais-je ? Bien où Mal ? Je ne sais plus ... ? " Durant de terribles et longues heures matinales en compagnie de Belzébuth, j'écoutais les murmures de ma conscience et de ma confiance ... Cette dernière, à mon plus grand regret, en sortit gagnante et mes espoirs finirent par s'exprimer en petites taquineries, en mini-provocations on ne peut plus courtoises car, en ce moment-ci, j'avais le plus grand respect pour ce diable et je m'abandonnai totalement à mon assassin ... Lorsqu'enfin ses bras et mains rendus puissants par le désir à son point culminant, m'agrippèrent et torturèrent mon envie grandissante, ma rébellion, ma puérilité. Tous ces sentiments avaient causé un immense frisson dans mon corps : mélange d'adrénaline, d'impuissance, d'inconscience et d'anesthésie. Cet être calculateur, sûr de lui et maître de son pouvoir qui possédait déjà mon âme, s'appropriait à présent mon corps fragilisé, rendu nécessiteux par la moindre onde de plaisir. L'aspect ridicule des sentiments purs et simples d'amour ou de perspective d'un probable amour étaient largement submergés, voire noyés par l'accumulation des péchés originels les plus vicieux. Le plus présent étant celui de la luxure. Puis la tension, l'appétit, l'envie de se découvrir rassasiés, des tonnes de questions, de doutes, de frustrations, de confusion sentimentale ... Ah ! Ah !
Le désattachement fut moins flagrant, moins brutal que j'en avait pris l'habitude avec d'autres diables : il survint le soir, lorsque ma présence semblait n'avoir été pour ce monstre, ni plus ni moins qu'un arrière-goût d'une vision floue et lointaine, comme revenant d'un profond coma ...
Heureusement pour mon besoin de souffrance continuel, il y a des démons penchés sur chacune de mes épaules et quelquefois sur celles d'autres adolescentes ...
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