Le vieil Hugues - Laurent

Une minute de lecture

Aujourd’hui, Laurent frise la crise d’angoisse. Il a seize ans, et c’est la première fois qu’il se fait autant de mouron pour quelqu’un. C’est pas tant qu’il se sente proche de Monsieur Hugues, son vieux voisin, mais disons que quand le vieux a su qu’il faisait du deal dans le quartier, il a eu peur qu’il le dénonce. Et c’est quand même grâce à lui que Laurent a pu se payer son téléphone dernier cri et la console qui fait tant jalouser les copains. Laurent travaille pour le vieil Hugues, désormais. Oh, il ne lui demande pas grand chose, à Laurent, le vieil Hugues, mais comme il est paralysé, Laurent devient ses bras et ses jambes quand le voisin le sollicite. D’ailleurs, c’est Monsieur Hugues qui lui a offert son ordinateur flambant neuf, à Laurent, avec son tout premier logiciel d’infographie. Et Laurent se fait cinquante euros à chaque fois qu’il fait des petits boulots pour Monsieur Hugues : c’est rien de bien sorcier, il lui suffit de réceptionner les commandes de son vieux voisin dans la boîte aux lettres ou à la poste. Quand les produits arrivent, Laurent met des gants et il fait les mélanges que son voisin lui demande. Ça doit lui manquer, son métier de chimiste, quand même. Laurent n’imagine même pas ce que ça doit faire, d’être handicapé. Laurent avait espéré que cette collaboration aurait duré encore longtemps, seulement voilà : hier soir, les policiers ont fait une descente chez le vieil Hugues et ils l’ont emmené avec eux. Laurent peut dire adieu à son nouveau jeu vidéo, c’est sûr. Et surtout… il croise les doigts pour que son voisin ne le dénonce pas.

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J'étais là, face à ce démon dont j'avais tant rêvé ... plus qu'un corps pas tellement imposant, c'était tout un ensemble de principes, de moralités, de superstitions, de tout, que j'affrontais. En osant toucher du bout des doigts cette peau si réelle, pourtant si éphémère, j'assassinais le pourquoi de la continuité de l'humanité. Un crime contre l'humanité, mais surtout contre moi ...
Moi. Passons. Cette sorte de communion d'âmes comme fraternelles m'avait laissé aspirer à une existence pleine de compréhension mutuelle, de bonheurs partagés et surtout de passions similaires ... Ouais ... quand j'y pense ... Pffffffff !!! Le prince charmant ... Ah ! Ah ! Ces gestes que je me permettais sans demander de permission semblaient l'encourager de plus en plus à vouloir me faire croire, me donner e l'espoir. Son regard flambait d'une telle force qu'il était horriblement contradictoire avec son attitude retranchée. Cette contenance physique aurait dû me prévenir du danger qu'était pour moi ce sang glacé - si je puis me permettre - et surtout ce mental comme inspiré du personnage du fameux Heathcliff : en acier trempé ... Beaucoup plus que l'amour, c'était la perspective d'un avenir heureux qui m'avait rendu cet espoir que j'avais abandonné depuis déjà des années. De croire, en moi, mais aussi en Satan qui se trouvait, en visite courtoise, chez moi. Mes joues rougissaient et mon incorrigible moustache - ou duvet - s'humidifiait de plus en plus à force d'écouter cette voix en moi : "Où suis-je ? Que fais-je ? Bien où Mal ? Je ne sais plus ... ? " Durant de terribles et longues heures matinales en compagnie de Belzébuth, j'écoutais les murmures de ma conscience et de ma confiance ... Cette dernière, à mon plus grand regret, en sortit gagnante et mes espoirs finirent par s'exprimer en petites taquineries, en mini-provocations on ne peut plus courtoises car, en ce moment-ci, j'avais le plus grand respect pour ce diable et je m'abandonnai totalement à mon assassin ... Lorsqu'enfin ses bras et mains rendus puissants par le désir à son point culminant, m'agrippèrent et torturèrent mon envie grandissante, ma rébellion, ma puérilité. Tous ces sentiments avaient causé un immense frisson dans mon corps : mélange d'adrénaline, d'impuissance, d'inconscience et d'anesthésie. Cet être calculateur, sûr de lui et maître de son pouvoir qui possédait déjà mon âme, s'appropriait à présent mon corps fragilisé, rendu nécessiteux par la moindre onde de plaisir. L'aspect ridicule des sentiments purs et simples d'amour ou de perspective d'un probable amour étaient largement submergés, voire noyés par l'accumulation des péchés originels les plus vicieux. Le plus présent étant celui de la luxure. Puis la tension, l'appétit, l'envie de se découvrir rassasiés, des tonnes de questions, de doutes, de frustrations, de confusion sentimentale ... Ah ! Ah !
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