Armistice (8/8)

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Le militaire enfonça la porte et vit le corps inerte gisant au sol. Il se pencha au-dessus de son collègue, qui ne s’était pas manifesté depuis des jours. Dans sa main ouverte, il y avait le revolver avec lequel il s’était donné la mort. À côté du corps, il y avait un petit carnet, dont un feuillet s’était échappé. Le soldat le ramassa et lut :

« À vous, qui que vous soyez,

Si vous trouvez cette lettre, c’est que ma guerre est terminée. Cette guerre m’a tout pris : ma dignité, mon courage, ma loyauté. En acceptant d’être enrôlé, j’ai pactisé avec le diable. Pourtant je savais. Je savais…

Je ne dors plus la nuit ; je revois ce jour 203, comme elle l’a nommé. Je revois ses grands yeux noirs passer de la peur à l’espoir, quand elle me reconnaît. Elle me sourit. Elle me tend la main, je l’aide à quitter son abri. Sa sœur me sourit, et sa mère renaît. Elles croient en l’avenir, elles croient en moi. Et je les livre. Sans pitié, je les livre. Je donne leurs noms, et on les emporte. On les déporte. Keren laisse s’échapper son carnet. Je le ramasse prestement. Je le cache dans mon veston. Je regarde le fourgon s’éloigner.

Nous sommes le jour 209. Pour moi, la guerre prend fin aujourd’hui. C’est le dernier jour de ma vie. Je m’appelle Ludwig. Et j’ai trahi mon amour. »

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J'étais là, face à ce démon dont j'avais tant rêvé ... plus qu'un corps pas tellement imposant, c'était tout un ensemble de principes, de moralités, de superstitions, de tout, que j'affrontais. En osant toucher du bout des doigts cette peau si réelle, pourtant si éphémère, j'assassinais le pourquoi de la continuité de l'humanité. Un crime contre l'humanité, mais surtout contre moi ...
Moi. Passons. Cette sorte de communion d'âmes comme fraternelles m'avait laissé aspirer à une existence pleine de compréhension mutuelle, de bonheurs partagés et surtout de passions similaires ... Ouais ... quand j'y pense ... Pffffffff !!! Le prince charmant ... Ah ! Ah ! Ces gestes que je me permettais sans demander de permission semblaient l'encourager de plus en plus à vouloir me faire croire, me donner e l'espoir. Son regard flambait d'une telle force qu'il était horriblement contradictoire avec son attitude retranchée. Cette contenance physique aurait dû me prévenir du danger qu'était pour moi ce sang glacé - si je puis me permettre - et surtout ce mental comme inspiré du personnage du fameux Heathcliff : en acier trempé ... Beaucoup plus que l'amour, c'était la perspective d'un avenir heureux qui m'avait rendu cet espoir que j'avais abandonné depuis déjà des années. De croire, en moi, mais aussi en Satan qui se trouvait, en visite courtoise, chez moi. Mes joues rougissaient et mon incorrigible moustache - ou duvet - s'humidifiait de plus en plus à force d'écouter cette voix en moi : "Où suis-je ? Que fais-je ? Bien où Mal ? Je ne sais plus ... ? " Durant de terribles et longues heures matinales en compagnie de Belzébuth, j'écoutais les murmures de ma conscience et de ma confiance ... Cette dernière, à mon plus grand regret, en sortit gagnante et mes espoirs finirent par s'exprimer en petites taquineries, en mini-provocations on ne peut plus courtoises car, en ce moment-ci, j'avais le plus grand respect pour ce diable et je m'abandonnai totalement à mon assassin ... Lorsqu'enfin ses bras et mains rendus puissants par le désir à son point culminant, m'agrippèrent et torturèrent mon envie grandissante, ma rébellion, ma puérilité. Tous ces sentiments avaient causé un immense frisson dans mon corps : mélange d'adrénaline, d'impuissance, d'inconscience et d'anesthésie. Cet être calculateur, sûr de lui et maître de son pouvoir qui possédait déjà mon âme, s'appropriait à présent mon corps fragilisé, rendu nécessiteux par la moindre onde de plaisir. L'aspect ridicule des sentiments purs et simples d'amour ou de perspective d'un probable amour étaient largement submergés, voire noyés par l'accumulation des péchés originels les plus vicieux. Le plus présent étant celui de la luxure. Puis la tension, l'appétit, l'envie de se découvrir rassasiés, des tonnes de questions, de doutes, de frustrations, de confusion sentimentale ... Ah ! Ah !
Le désattachement fut moins flagrant, moins brutal que j'en avait pris l'habitude avec d'autres diables : il survint le soir, lorsque ma présence semblait n'avoir été pour ce monstre, ni plus ni moins qu'un arrière-goût d'une vision floue et lointaine, comme revenant d'un profond coma ...
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