Armistice (2/8)

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Jour 202

Cher journal,

Il m’a fallu longtemps pour revenir vers toi – au jour 176, dans nos vies tout a basculé.

« Fais attention, ils sont partout. Ils ont pris Hans. »

C’est ce que maman a dit à papa avant de s’effondrer en larmes. Je ne l’avais jamais vue dans cet état-là. Comme d’habitude, papa s’est faufilé dans l’ombre. Il nous laissait de temps en temps pour aller nous chercher à manger, et ne sortait que de nuit. La nuit, m’avait-il expliqué, il était plus facile de se cacher.

Papa n’est pas revenu. Ils l’ont pris, lui aussi.

« Ils l’ont déporté », voilà ce que Noam a fourni en guise de réponse aux interrogations muettes de maman quand elle lui a ouvert la porte. Il a fallu qu’on change d’abri. Notre nouvelle cave ressemble à l’ancienne. J’ai reporté tous les bâtons sur le mur au-dessus de mon matelas. Je suis la gardienne du temps. Maman ne parle plus, maman ne mange plus. Elle fixe le vide. Elle est morte à l’intérieur d’elle-même. Je ne veux pas mourir. Ni de l’intérieur, ni de l’extérieur. J’ai hâte que tout s’arrête. Quand on sera sauvés, je dirai à Ludwig que j’accepte de m’enfuir avec lui. On se mariera et je raconterai la guerre à nos enfants et même à nos petits-enfants. Papa est un héros : il s’est battu jusqu’au bout pour nous sauver ; il ne sera pas oublié dans mes récits. Mes récits me rappellent que je suis en vie – mes récits le ramèneront à la vie.

Lorsque j’ai froid, j’écris. Lorsque j’ai peur, j’écris aussi.

Il faut que je te laisse, je dois faire à manger. Ça non plus, maman ne le fait plus.

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