Passe décisive

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Elle évite soigneusement le chemin du collège. Elle n’a aucune envie d’y croiser ceux qui étaient ses camarades il y a quelques mois à peine. Après cent détours dans des dédales sans fin, elle arrive à destination.

Tiens, tiens ! A en juger par le coup de coude qu’il a envoyé dans les côtes de son copain, Myriam sait que celui-ci sera pour elle. Elle lui a tapé dans l’œil, elle en est certaine. Concentration. L’air de rien, elle rentre le ventre, ça met sa poitrine en valeur. Elle cambre un peu, aussi « les mecs aiment les gros tarpés », c’est Camille qui l’a dit, alors Myriam donne tout. Elle est cool, Camille, c’est elle qui l’a mise sur le plan. Et c’est sa seule famille, alors elles se serrent les coudes. Un jour, elles partiront ensemble à Cuba, elles se le sont promis. Elle lui a tout appris, Camille : comment les appâter, comment leur plaire, être habile de ses mains, utiliser sa bouche.

Myriam se dandine, elle maîtrise l’art du déhanché. Elle est bonne, elle le voit dans son regard lubrique.

D’un sourire, elle l’invite, elle le frôle – elle l’incite. Ca y est, il la suit. Elle pénètre dans l’immeuble. S’ils inversaient les rôles, ce serait bientôt elle, l’immeuble. Elle monte lentement les marches, elle se dévoile, et elle l’attise, c’est crucial dans son travail.

La toute première fois, elle a vomi quand ça s’est fini. Elle a régurgité son dégoût et évacué la crasse, la sueur et la violence. Vomir pour oublier, pour encaisser, pour accepter. Et puis Camille lui a donné l’astuce – pendant qu’ils s’oublieraient en elle, il lui suffirait de penser à ce qui l’attendait : l’argent, donc le bonheur.

Alors dans ces moments-là, Myriam ferme les yeux, désormais. Elle cède quelques soupirs, et quand tout s’accélère, elle pousse un cri strident, ça marche à tous les coups. Avance rapide, coup de reins, c’est fini. Un billet sur la table, son travail s’arrête là.

Elle se retourne, le dévisage : un mec friqué, sans aucun doute. Prince charmant des cités, c’est peut-être lui qu’elle attend depuis longtemps. Grâce à lui, elle paiera son amende. Mettra des sous de côté. Grâce à lui, elles iront à Cuba, comme elles se le sont promis. Si cette passe est décisive, alors son corps lui appartiendra à nouveau. Bientôt… Si, et seulement si…

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