La couleur de l'espoir

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Orange. Les voitures ralentissent. C’est l’heure. Le ballet des feux tricolores rythme notre quotidien.

Rouge. Je ne veux pas y aller, mais mon frère me pousse sur la chaussée. Un pas, puis un autre, et un autre encore. Comme mes grands frères, je m’en vais travailler. J’aimerais tellement m’enfuir, mais il faut bien manger. Je farfouille dans ma poche et j’en tire mon trésor.

Mes mains sont rêches, mes doigts sont sales. J’ai honte. J’arrive à la première voiture. La conductrice est belle, comme dans les magazines. Ses lunettes de soleil lui donnent beaucoup d’allure. Elle évite mon regard, elle me fuit. Ses doigts errent sur le tableau de bord. Elle fait semblant de changer la station de radio. J’ai déjà vu cette scène. Hier, et avant-hier, et puis le jour d’avant. Son attitude me blesse. Je ne suis qu’une enfant, mais même la dignité ne veut pas de moi… Je regarde le feu, j’ai hâte qu’il passe au vert, mais le rouge persiste. Ca me rappelle le sang, ça me rappelle la mort. Alep, l’année dernière. C’est du passé tout ça, il faut croire en la France.

J’avance – deuxième voiture. À l’arrière, un bébé me sourit. C’est doux comme du velours. J’emballe son sourire, je le range dans mon cœur. C’est un sourire-courage, et il me réchauffera, une fois la nuit tombée. Les parents, à l’avant, écartent les bras. Ils affichent une mine désolée. Ils n’ont rien, bien évidemment. Je poursuis.

Troisième voiture. C’est un homme d’affaires, cette fois. Son costume sur mesure et sa voiture de luxe en sont les avatars. A son poignet, une montre de valeur. A mon tour je dévoile mes plus jolis bijoux : mon sourire, mon passeport, c’est tout ce que j’ai pour vivre. Mais ses yeux me lacèrent. Il crache par sa fenêtre et il remonte la vitre.

Vert. Mon calvaire prend fin, mais ça ne durera pas. Vert. Ils disent que c’est la couleur de l’espoir. Au travail, c’est la couleur que je préfère : vert – les voitures redémarrent, je regagne mon trottoir.

Vert. Comme la couleur des champs, autrefois, en Syrie.

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J'étais là, face à ce démon dont j'avais tant rêvé ... plus qu'un corps pas tellement imposant, c'était tout un ensemble de principes, de moralités, de superstitions, de tout, que j'affrontais. En osant toucher du bout des doigts cette peau si réelle, pourtant si éphémère, j'assassinais le pourquoi de la continuité de l'humanité. Un crime contre l'humanité, mais surtout contre moi ...
Moi. Passons. Cette sorte de communion d'âmes comme fraternelles m'avait laissé aspirer à une existence pleine de compréhension mutuelle, de bonheurs partagés et surtout de passions similaires ... Ouais ... quand j'y pense ... Pffffffff !!! Le prince charmant ... Ah ! Ah ! Ces gestes que je me permettais sans demander de permission semblaient l'encourager de plus en plus à vouloir me faire croire, me donner e l'espoir. Son regard flambait d'une telle force qu'il était horriblement contradictoire avec son attitude retranchée. Cette contenance physique aurait dû me prévenir du danger qu'était pour moi ce sang glacé - si je puis me permettre - et surtout ce mental comme inspiré du personnage du fameux Heathcliff : en acier trempé ... Beaucoup plus que l'amour, c'était la perspective d'un avenir heureux qui m'avait rendu cet espoir que j'avais abandonné depuis déjà des années. De croire, en moi, mais aussi en Satan qui se trouvait, en visite courtoise, chez moi. Mes joues rougissaient et mon incorrigible moustache - ou duvet - s'humidifiait de plus en plus à force d'écouter cette voix en moi : "Où suis-je ? Que fais-je ? Bien où Mal ? Je ne sais plus ... ? " Durant de terribles et longues heures matinales en compagnie de Belzébuth, j'écoutais les murmures de ma conscience et de ma confiance ... Cette dernière, à mon plus grand regret, en sortit gagnante et mes espoirs finirent par s'exprimer en petites taquineries, en mini-provocations on ne peut plus courtoises car, en ce moment-ci, j'avais le plus grand respect pour ce diable et je m'abandonnai totalement à mon assassin ... Lorsqu'enfin ses bras et mains rendus puissants par le désir à son point culminant, m'agrippèrent et torturèrent mon envie grandissante, ma rébellion, ma puérilité. Tous ces sentiments avaient causé un immense frisson dans mon corps : mélange d'adrénaline, d'impuissance, d'inconscience et d'anesthésie. Cet être calculateur, sûr de lui et maître de son pouvoir qui possédait déjà mon âme, s'appropriait à présent mon corps fragilisé, rendu nécessiteux par la moindre onde de plaisir. L'aspect ridicule des sentiments purs et simples d'amour ou de perspective d'un probable amour étaient largement submergés, voire noyés par l'accumulation des péchés originels les plus vicieux. Le plus présent étant celui de la luxure. Puis la tension, l'appétit, l'envie de se découvrir rassasiés, des tonnes de questions, de doutes, de frustrations, de confusion sentimentale ... Ah ! Ah !
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