Chapitre I-1 : Il faut partir.

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Quinze ans plus tard.


— Eho ! Eho ! Azira, réveille-toi !

Azira  étira ses membres ankylosés et sortit sa tête de sous sa queue en soupirant. Comme c’était encore l’aube, ses écailles bleues intenses couvertes de rosée semblaient briller de mille feux.

  — Tascah… dit-elle à sa sœur en baillant. Tu as une idée de l’heure qu’il est ?

  — Oui, mais aujourd’hui, c’est le jour le plus important de l’année ! Aujourd’hui, on a quinze ans ! On va pouvoir quitter la maison et se trouver notre propre nid, se débrouiller seule, sans l’aide de personne, ni de Papa ni de Maman ! On doit retrouver Misava au Lac du Pic, et elle doit d’ailleurs déjà y être. Tu es une vraie marmotte ! Et… 

  — C’est bon ! Je me lève ! l’interrompit Azira. Attend-moi dehors.

Tascah sortit en chantonnant. Azira répandit doucement avec ses naseaux de la vapeur sur elle pour faire s’évaporer la rosée. Sa sœur et Misava étaient meilleures amies, mais Azira jouait toujours avec elles car elles avaient le même âge et étaient quasiment les seules jeunes du village, mis à part un jeune dragonneau d’un an. Les écailles sèches, elle sortit rejoindre Tascah en faisant attention à ne pas marcher sur ses parents qui dormaient à côté, mais étant donné le boucan de sa sœur ils étaient probablement déjà réveillés.

 

Dehors, il faisait à peine jour. On voyait à peine le soleil, qui se levait doucement en répandant une lumière douce. En silence, les deux sœurs déployèrent leurs ailes et prirent le chemin du Lac du Pic. Au début, les ailes encore engourdies après cette nuit froide, elles volèrent doucement, puis elles prirent de l’altitude et de la vitesse. Azira attrapa au vol un oiseau qui s’était approché trop près. Au même moment, elles aperçurent le lac, et en même temps elles commencèrent à descendre en cercle pour se poser au bord de l’eau. Tascah s’écria :

  — Là-bas, à droite ! Misava ! cria-t-elle encore plus fort à l’intention de son amie.

Une dragonne aux écailles vertes se retourna dans la direction de l’appel. Elle prit son envol et rejoignit rapidement ses deux amies en tourbillonnant.

  — Eh bien vous en avez mis du temps ! Aujourd’hui, on a quinze ans ! dit-elle, toute heureuse.

  — Oui, on va fêter ça ! renchérit Tascah.

Les trois dragonnes se mirent à voler au ras du sol puis au-dessus de l’eau. Chacune à leur tour, elles plongeaient sous l’eau, ressortaient en éclaboussant les deux autres, puis crachaient de l’eau mêlée à du feu, formant parfois des arcs-en-ciel. Elles jouèrent ainsi pendant un moment, puis prirent la direction de la Montagne du Pic.

  — On va chasser aujourd’hui comme on n’a jamais chassé avant ! Les adultes vont être surpris ! dit Misava, approuvée par les deux autres.

En effet, la tradition dans l’Est voulait que lorsqu’un dragon atteignait l’âge de quinze ans, âge auquel il devenait indépendant, il prouve ses valeurs en chassant pour tout son patelin. Ici, aux Rochers du Pic, une crête longeant la Montagne du Pic, vivaient vingt-quatre dragons répartis en sept familles. Tous se connaissaient. Heureusement les héroïnes du jour étaient trois pour nourrir tout ce petit monde.

Les trois dragonnes se séparèrent pour chasser chacune en toute tranquillité.

 

            Misava se rendit à l’ouest de la montagne, où elle alla trouver les proies préférées de ses parents. Pendant ce temps, Tascah repartit au lac pour pêcher tandis qu’Azira prit de la hauteur dans la montagne. Elles restèrent toute la matinée à chasser, se croisant parfois en se lançant des cris de défis pour s’encourager à ramener le plus de gibier. Alors que le soleil atteignait son point culminant, elles se retrouvèrent au lac où elles discutèrent de leur partie de chasse respective avant de rentrer.

Elles arrivèrent aux Rochers du Pic au milieu de l’après-midi. Tandis que Misava se rendait chez ses parents un peu plus loin, Azira et Tascah retrouvèrent les leurs. Toutes excitées, elles racontèrent cette journée à leurs parents.

  — Calmez-vous, rit Enireves, leur mère. Ce soir, c’est le festin, alors à votre place je me reposerais car cela va durer jusqu’au matin.

  — On vous réveillera quand ce sera l’heure, acheva Eyed, leur père.

Docilement, les deux dragonnes allèrent se reposer. Deux heures plus tard Enireves les réveilla doucement, et les sœurs se précipitèrent dehors. On avait rassemblé les prises des trois dragonnes sur un petit plateau plus bas sur lequel presque tout le village s’était déjà rendu. Elles retrouvèrent Misava et les festivités purent commencer.

Chaque dragon allait se servir un peu de viande et féliciter les héroïnes du jour. On mangea tous ensemble, on rit et on s’amusa. Jusqu’à ce que Clouz, le voisin de Misava, débarque à pleine vitesse l’air paniqué.

Tout le monde se tut. Essoufflé, il dit, mot par mot :

  — Le Sud… les guerriers-ombres… mènent une attaque.

Tout le monde resta figé. Puis quelques-uns commencèrent à paniquer. Eyed s’empressa de réagir face au tumulte et s’approcha du dragon gris qui essayait de reprendre son souffle :

  — Clouz ! Où sont-ils ?

  — Ils arrivent par la Forêt des Emes, ils sont rapides ! Je les ai aperçus depuis le haut des Rochers. Ils seront là dans moins de dix minutes !

  — D’accord, dit Eyed en se retournant pour s’adresser à tous les dragons. Des guerriers de l’Empereur Noir arrivent !

  — L’Empereur Noir ? s’exclama Minghi, une femelle verte qui ne vivait pas très loin. C’est une vengeance, pour la Bataille sur l’Eau ! Certains nous avaient prévenus qu’ils reviendraient, nous aurions dû partir !

  — C’est possible, fit Eyed. Mais si nous les avons repoussés il y a quinze ans, nous allons les repousser aujourd’hui encore ! Nous nous battrons ! Le Roi ne mettra pas longtemps à envoyer des renforts, il sait toujours ce qu’il se passe dans son royaume.

  — Mais il faut protéger les plus jeunes, dit Calris, une jeune mère, en enveloppant son petit avec ses ailes.

  — Nous les protègeront, la rassura Eyed.

Misava, Tascah et Azira se regardèrent sans comprendre.

  — Quoi ? Mais ?... 

Soudain, on entendit un grondement sourd, comme si beaucoup de dragons se mettaient à courir. Un petit régiment de guerriers de l’Empereur déboula. Il était presque impossible de les distinguer à cause des lourdes armures noires comme l’encre qu’ils portaient. On ne voyait que leurs yeux, avides de sang, leurs crocs et leurs griffes. Ce fut la panique. Les plus petits se mirent à crier, les plus grands à se battre.

Enireves s’approcha des trois amies :

  — Partez ! Tout de suite !

  — Mais maman…dit Tascah.

  — Ne discutez pas ! Fuyez, avant qu’il ne soit trop tard. Nous nous en sortirons sans vous !

Avant que sa fille ne puisse répliquer, un guerrier lui rentra dedans. Furieuse, Enireves se lança dans un corps-à-corps avec l’intrus.

  — Venez, dépêchez-vous ! les pressa Azira.

  — Quoi ? Mais on ne peut pas partir comme ça ! répliqua Misava.

  — Il le faut ! On ne sait pas se battre, et encore moins contre des guerriers-ombres ! Misava, nous reviendrons quand les combats auront cessés, en attendant, nous serions un poids mort !

Ce fut quand la dragonne verte vit un guerrier foncer sur elle qu’elle se décida. Elle prit son envol, suivie par ses deux amies. Le guerrier noir voulut les suivre mais Eyed surgit et l’abattit férocement en lui entaillant le cou, à l’un des rares endroits où l’armure des guerriers laissent entre-apercevoir la peau. Il observa les trois dragonnes partir un bref instant avant de retourner au combat.


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