Ne pas lire/ passez au chapitre suivant.

8 minutes de lecture

Benn s'était endormi dans la soute du bateau. L'odeur de poiscaille avait fini par l’assommer, si bien qu'il somnola une journée entière. Son esprit se perdit dans une rêverie porteuse de sens. Une qui vous mène dans une réalité que vous convoitez. Le garçon se délecta de son imaginaire, courant d'un pays à l'autre à la conquête de plus de savoir, de plus de découverte. Il voulait parait son ignorance et avaler à grande boucher la connaissance d'un univers autre que celui où il fut bercé. Blenn s'éloigna de son corps d'adolescent pour revêtir les habits d'un jeune adulte plein de confiance. Il marchait sur le sentier des « c'est à toi de décidé », avant d'entendre des pas au-dessus des planches. Le rêve s'envola derrière les yeux ouverts du garçon. Il grommela et tendit l'oreille.

Un fin chuchotement parvint à lui. Il était doux comme deux bouches animées par un passé abîmé. Blenn fronça les sourcils. « Ce pouvait-il que les pêcheurs aient réinvesti le lieu en avance ? » se demanda-t-il, inquiet. Le gamin se leva aussi sec et monta les marches qui le menèrent vers la clarté de la lune. Discrètement, il observa l'endroit. Peut-être devait-il attendre deux à trois heures avant que l'aube ne pointe ses rayons. Le bruit des semelles avait cessé. Il n'entendait que le son des vagues. Curieux, il s'aventura sur le pont. L'ombre des nuages pesait sur sa tête comme la réalité du monde qui l'entourait, et cela, même s'il se sentait plus libre sur le Bliz. Y avait-il quelqu'un ou bien était-ce un rêve ? Un qui s’immisce dans la dimension des vivants pour répandre une chaleur annonciatrice de bonnes nouvelles ?

Chancelant, il se dirigea vers l'arrière du navire et découvrit une trappe ouverte. Il balaya du regard sur une pièce où des hamacs se balançaient. Blenn s’apprêtait à y entrer quand un bruit claqua avec douceur. Une sorte de caresse emplie de désire. Il scruta l'horizon plongé dans un demi-ombrage et aperçut une silhouette derrière de grandes bâches. Il s'en approcha. Y trouverait-il une porte vers un ailleurs ?

Il la contourna, puis s'arrêta à trois mètres en reconnaissant les jumeaux, Elgun et Lans que le capitaine avait engagés quatre ans auparavant. Ces deux gars un peu trop beaux lui avait fait de l’œil, dès qu'il les avait croisés. Pourtant, il n’avait que neuf ans à cette époque.

Devant la nudité des jumeaux, blenn observa leur posture suggestive qui le rendit tout chose. Que faisaient-ils sur le Bliz en pleine nuit ? Avaient-ils ce genre de rapport ? Peu lui importait. Il savait depuis longtemps qu'ils étaient particuliers. Tout le monde au marché parlait d'eux comme d’un couple marié depuis la naissance.

Blenn les trouva antique et pensa : Si j'avais leur âge, je pourrais vivre ma vie loin de l'orphelina. Loin des terres et des gens tourmentés. Il y aurait que la mer et moi.

Il leva les yeux au ciel et cru voir son père lui sourire entre deux nuages. Et si, j'étais eux, je pourrais être plus vieux ? Comment être eux , poursuit-il en lui-même.

Il contempla le geste des garçons. Lans, le plus grand, était cambré, les mains posées contre le rebord du navire. Il gardait la pose. Ses traits étaient aussi doux qu'androgyne. Sa longue chevelure brune claquant au vent lui donnait un aspect de femme fatale. Une femme-homme ou un homme-femme qui ne cherchait pas à être autrement que lui. Il se contractait avec gracilité et gémissait en recevant la lance de son frère, plus frêle. Il s'offrit à Elgun et prit les coups de reins en clamant leur douceur. Les mèches blondes de ce dernier se répandaient comme des fils de soies entre eux deux. Il devint un kraken encerclant le corps de son frère pour le faire chuter dans un plaisir plus profond. Plus sombre qu’une chaleur éternelle. De légers gémissements s'échappèrent de leurs lèvres. Une musique en ressortait, comme une mélopée ardente entre deux amants qui se manquaient alors qu'ils étaient l’un dans l’autre. Émoustillé, Blenn ne put s'empêcher de cacher le renfoncement sous son pantalon. Son visage était aussi rouge que celui d'un coquelicot éclot et son corps, cotonneux. Etaient-ils une sorte de rite ? L’épreuve du passage à l’âge adulte ?

Sa besace tomba sur le sol. Lans tourna son attention vers lui. Elgun se stoppa et toisa le gêneur. Blenn, lui, se mordit la lèvre inférieure et bafouilla :

  • Je ne… regardais pas...
  • Menteur, lança Lans en ricanant. Approche-toi...
  • Ce n'est qu'un enfant, coupa Elgun.

Lans regarda son frère d'un œil avisé. Ils se ressemblaient énormément, malgré la couleur de leurs cheveux. La blondeur d'Elgun laissa Blenn songeur, il pensa à un ange aux prunelles perçantes. Pourtant sa langue était celle du démon connaisseur de toute chose. Quand le garçon, le croisé lors de ses fuites, il n'osait jamais le regarder dans les yeux de peur d’être foudroyé. Lans était mille fois plus doux, plus tendre, plus à l’écoute.

  • Blenn, un enfant ? clama le brun. Ne te laisse pas amadouer par son joli minois ! Il n'a rien d'un gamin, il en sait trop... Et il en voit plus qu'il ne devrait, aussi. Pauvre capitaine ! rit-il. Allez Elgun, ne fais pas ton rabat-joie, partage-moi. Puis, il n'a que quatre ans de moins que nous.

Le blond haussa les épaules et acquiesça. Il n'était pas du genre à contrarier son frère, il l'aimait d'un amour trop fort. D'un amour plus que suspect !

Elgun fit signe à Blenn de venir les rejoindre. Le cœur en alerte, le plus jeune ne savait pas pourquoi il avançait, peut-être par assécher sa soif de savoir. Pour goûter à une supposée victoire sur sa jeunesse ? Peut-être grandirait-il plus vite en se laissant tomber dans les tentacules du désir ? C'était idiot de le croire et pourtant, Blenn voulu tenter. À trois pas d'eux, il se stoppa, hésitant. Lans se courba et l'attrapa par le bras pour le ramener à lui. Elgun observa le gosse derrière l'épaule de son frère et dit :

  • Ne le brusque pas ! Il est puceau, ça se voit à deux kilomètres.
  • Qui le brusque ? s'étonna Lans. Il n'est pas en reste. Regarde, il bande, répliqua-t-il en menant la paume de son frère sur la boursouflure du garçon.

Blenn se laissa toucher sans résistance. La main du blond était chaude. Les iris du garçon luirent. La proximité des jumeaux le rendait fiévreux, malgré qu'il ne soit pas prêt à se donner. Toucher ou lécher ne lui faisait pas peur. Il l'avait déjà fait avec un autre. Mais pour le reste, il attendrait.

Il n'hésita pas à caresser du bout des doigts la taille de Lans, et plus sûr de lui, il glissa sa main droite sur la nuque d'Elgun. Blenn n'était pas en reste, c'était certain ! À l'orphelinat, son camarade de chambre s'offrait souvent à lui. Il connaissait bien les gestes. La passion, aussi... Mais le détachement, pas encore. Ce sentiment de lévitation qui le ferait basculer plus loin dans un future pas encore atteint.

Proche du visage rougi de Blenn, Lans embrassa vivement ses lèvres, quant à Elgun, il reprit ses mouvements de bassin, écrasant le corps de son frère sur celui du garçon. Elgun toucha la main froide de Blenn qui déviait sur son épaule. Il embrassa ses doigts, puis attrapa ses fesses menues en se collant davantage à son frère qui était pris entre deux eaux tumultueuses. Le plus jeune brûlait de toute part et s'agrippait à eux farouchement, comme s’il perdait pied. Lans s'amusait avec sa langue dans des baisers passionnés. Leurs respirations se mêlèrent, s’essoufflèrent. L'un était porté par une envie dévorante, l'autre une passion effrénée dans goûter plus. Le bras enroulé à la taille de Blenn, Lans titilla le sexe raidi et menu. Le gamin se contracta plusieurs fois et à bout de souffle, il sentit ses jambes faiblir. Il se retint sur le bord du navire, laissant Lans se frotter à lui. L'air les enveloppa et les trois jouirent en une symphonie hurlait au vent à peine naissant. Elgun se délia de son frère, baisa son cou et se pencha pour embrasser Blenn au creux de la mâchoire.

  • Après tout ce n'était pas si mal, chuchota-t-il à son oreille.

Épuisés, ils s'allongèrent sur le pont. Lans posa sa tête sur le ventre d'Elgun et joua avec ses mèches blondes en déclarant :

  • Alors, c'est toujours un gosse ?
  • Oui, sans l'ombre d'un doute, répliqua Elgun.
  • Tu es sérieux mon frère ?

Elgun caressa le torse du plus grand et répondit sans langue de bois.

  • Il n'est qu'un gosse capricieux, sinon, il ne se retrouverait pas ici !

Blenn, le menton levé vers ce dernier, haussa le ton :

  • Qui est capricieux ?
  • Toi, gamin, informa-t-il.
  • Je ne l'ai jamais été. Je n'ai jamais demandé quoi que ce soit à qui que ce soit. Qu'est-ce qui te fait penser ça ? se fâcha Blenn.
  • Tu peux avoir tout et tu te gâches à vouloir devenir un pêcheur. Il n'y a rien d'aventureux à puer le poisson ou à se prendre les vagues dans la face, lors des tempêtes, répliqua Elgun en attrapant le visage cuivré du garçon entre ses doigts.

Blenn se tut, Lans caressa les cils de son frère. Elgun le repoussa et se redressa, continuant :

  • Tu as la chance d'apprendre. Quand tu auras notre âge tu assureras un boulot bien payé sur terre. D'ici dix ans tu pourras acheter une maisonnette et vivre sans tracas. Je ne saisis pas ton désir de courir les mers. De chercher un fantôme.

D'un geste modéré, Blenn se détacha d'Elgun.

  • Qui te dit que cette vie m'enchante ? Travailler pour gagner ma vie, pour finir aigri par un métier que je n'aimerai pas, faire comme tout le monde parce que ça fait bien ? Ce n'est pas une chance, c'est une malédiction. Moi, je veux découvrir, explorer, vagabonder. Ne crois pas me faire la morale parce que tu es plus âgé...

Le blond esquissa un sourire mauvais en soupirant.

  • C'est pour ça que tu resteras, à mes yeux, un gosse. Ton désintérêt pour ta chance, c'est une méprise envers nous.
  • Je ne méprise personne. Je veux profiter de ma vie, répliqua-t-il les sourcils froncés.

Dérangé par l'agitation, Lans calma son frère. Blenn s'avança jusqu'aux bâches étendues au sol, en marmonnant :

Je resterai ici en attendant que le bateau prenne le large.

  • Fais comme tu veux, gronda le blond. Tu verras, à la fin de la semaine, tu supplieras de retourner sur les bancs de l'école.

Elgun rejoignit la pièce aux hamacs suivi de Lans. Blenn les regarda s'y engouffrer et se retourna vers les flots. Le temps était clair. Il admirait les étoiles en pensant à ce que lui racontait son père. « Dans la mer, il y a des mondes insoupçonnés et des causes encore plus belles à défendre que sur terre. Il y a des femmes poissons, des lamentations de nacres et des pierres lumineuses. Si tu les découvres, tu ne voudras jamais en sortir. Ils te prendront jusqu'aux tripes. »

L'aurore apparut. Blenn, des rêves plein la tête, se nicha dans un renfoncement du bateau où des failles laissaient entrevoir le large. Recouvert des bâches, il posa sa joue sur sa besace et contempla longuement les vagues. Puis s'endormit, bercé par la mer.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 8 versions.

Recommandations

Vous aimez lire NM Lysias ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0