1. Le marché du port

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Le jour s’annonça devant le château Delcastel, un orphelinat de l’Est de Londres.

Une course agita l’herbe à mi-hauteur du jardin central, puis des semelles crissèrent sur l’allée de galets. Une voix retentit dans le calme végétal du lieu.

 Blenn, reviens ici ! Blenn ! cria une surveillante, en robe de chambre, une charlotte sur la tête.

Les mains agrippées au portail, la femme lâcha prise. Le garçon était bien trop rapide pour elle.

 À quoi bon se prendre la tête ! Ce gamin n'écoute rien ! souffla-t-elle d’épuisement.

Le garçon s’éloignait sous son regard fatigué. Il courait aussi vite que la brise portait les premières feuilles automnales, laissant son ombre grandir derrière lui. La femme referma le portail, affligée par le même scénario des semaines passées. Inutile de le poursuivre, ce chenapan serait ramené par la peau des fesses comme à chaque fois.

Le gosse disparut derrière un haut muret de briques rouge, surmonté de piques en fer forger. Les cheveux bruns fouettés au vent, sa main retenait le mouvement de sa besace. Il longea la route cabossée à vive allure, passa les pavés où des calèches roulaient aussi vite, et trébucha, manquant de se faire renverser. Le bras en l'air, il s'excusa auprès des cochers.

Et il poursuivit son chemin, direction le marché.

Sur les trottoirs du centre-ville, Blenn observa les vitrines de luxe. Femmes et hommes s'y pressaient, cherchant des tissus nobles pour d'éventuelle toilettes. Leur allure était celle de Ladies et de Gentlemans, bien qu'aucun ne jetait de regard à la misère dissimulée sous la pénombre. Il ne put cacher son mépris pour leur richesse étalée aux yeux des mendiants.

Il les dépassa et s'arrêta devant un chapelier où un tricorne à plume de paon lui fit de l’œil. Blenn le contempla, le nez presque collé à la vitre, et songea : « un jour tu m'appartiendras et ensemble nous dompterons les mers ! ».

Le pas assoupli et le souffle court, il s'enfonça dans la ville, le regard levé vers la fumée sombre des usines à charbon.Il tourna à droite, à gauche, traversa une galerie laissée à l’abandon et échoua dans un lieu merveilleux, aux couleurs sans pareille et à l’animation festive. Le vendredi, le marché prenait place sur les pavés. Les rues se paraient de senteurs épicées et graisseuses, laissant les esprits dériver vers des tables gourmandes et alléchantes. Le garçon déambulait entre les stands animés, empli de curiosités venues d'Afrique et d'Asie. Des défenses d'éléphants côtoyaient des boules de geisha. Les couleurs chatoyantes des tapis perses rivalisaient avec les étoffes exotiques. Les compositions florales et champêtres tournaient leur cœur vers des charmantes accompagnées de leur chaperon ou de leurs suivantes. C’était bien l’endroit où riches et pauvres se retrouvaient sans esclandre. Chaque semaine, babioles et breloques l'émerveillaient, promesses de terres lointaines. Le marché était l'antichambre de ses rêves et le port, le moyen de les réaliser. Il se détourna de l’effervescences des corps en mouvements et s'approcha du rêve bleu, en contournant robes bouffantes et paniers au sol. Il se drapa de discrétion à l’approche des stands de nourritures. Fruits, légumes, préparations de tourtes et de marmelades trônaient sur les étals. Les passants pullulaient dans les allées. Blenn en profita pour chaparder quelques fruits, un sucre d'orge et un bretzel. Puis, il se rendit vers le quai où les vendeurs de poissons criaient à tue-tête : « Pêche du jour, qui veut mon bon poisson ? ». « Des pros du racolage », rit Blenn, intérieurement. Les marchands, tous identiques, braillaient la même phrase !

Le soleil de dix heures déclarait la fin des pêches. Chacun se pressait pour acheter les crustacés et les mollusques du Capitaine Malgar. Blenn le savait et par conséquent, errait dans le coin presque chaque week-end. Comme à son habitude, il trompa la vigilance des marchands, et lorsqu'il entendit « Blenn ? Encore toi, mon garçon. », il se faufila dans les allées et se hâta vers le quai. L'odeur salé de la mer était un appel à l'aventure. Une senteur entêtante à laquelle on ne pouvait rien refuser. Ces fugues incessantes pour poursuivre le Capitaine Malgar l'avaient rendu populaire. Le jeune garçon n'avait de cesse de courir après lui en clamant : « Je veux être pêcheur, comme mon père ». Il avait appris des années auparavant que son père était mort sous le commandement du Capitaine. Le pauvre homme était passé par-dessus bord, laissant Blenn orphelin. Du moins, c'est ce qu'on lui avait annoncé à ses six ans. Le gosse voulait à tout prix vivre les aventures que lui narrait son paternel. Il désirait rencontrer la peur, la folie et les beautés de la mer. Hélas, il était toujours éconduit.

Devant les vagues dansantes et les barques claquantes, il se pencha vers deux mousses d'à peine quatorze ans. Il les toisa, un air malicieux plaqué sur le visage. Assis sur le rebord du quai, il proposa son aide pour remonter les prises de la semaine. Le filet en main, il tira et pensa : « Ils viennent de s'engager ces deux-là, aucun ne me soupçonne. Ça va être de la tarte cette fois-ci. ». Blenn hissa la marchandise et la porta sur le stand. Les deux gars lui tapèrent l'épaule en remerciement. Ils ne se souciaient pas de sa présence. L'équipage avait oublié de les mettre au parfum. Un grand sourire aux lèvres, Blenn demanda d'un air espiègle :

 Il est où Ankou ?

Le plus grand leva sa tête et répondit, la voix graveleuse.

 Qui c'est Ankou ?

Blenn devint confus une seconde. Les mousses ne semblaient pas connaître grand-chose, que ce fût sur le bateau ou à quai. Comment pouvaient-ils ne pas savoir le prénom de leur Capitaine ? Blenn se racla la gorge et dit :

 Le capitaine Malgar. Il est où ?

 Ha ! Il est parti s'en taper une dans le bar Languille.

 Merci les gars ! À plus tard.

Blenn les laissa, courut jusqu'à la taverne et ouvrit les portes de l'établissement. Les relents d'alcool et de sueur le prit au nez. Il plaqua sa manche sur son visage grimaçant, et s’aventura entre les tables branlantes, les chaises renversées et les gobelets à terres où des liquides collaient à ses semelles. La salle était le témoin des festivités de la veille. Alors que des hommes roulaient sur un parterre poisseux, jonchés des débris de leurs excès, d'autre ronflaient, cuvant leur vin. Près de l'âtre mourant, les anciens narraient de vieilles légendes diaboliques. La voix sourde des conteurs captivait les badauds. Blenn en profita pour se faufiler à l'étage. Les histoires, ils les connaissaient par cœur.

Les sourcils froncés, ses yeux couleur rouille s'embuèrent lorsqu'il grimpa les escaliers. Il tira le rideau rapiécé gris terne et une fumée aveuglante de cigare lui déclencha une quinte de toux. Les paupières plissées, le col de sa chemise remonté jusqu’à son nez, Blenn déambula dans un couloir agité où des hommes et des femmes richement vêtus fleurtaient avec des putains nues et vaporeuses. Leur aspect était celui de pantins articulés que l’on animait avec des pilules de couleurs ou de la poudre de perlimpinpin, d’un blanc ! Leur regard se teintait de vide écrasant et leur corps, de suçons et d’hématomes morbides. Autant fasciné, qu’horrifié, Blenn disparut dans le couloir suivant, celui destiné aux marins de passages et aux pêcheurs. Blenn s'introduisit derrière un nouveau drapé et assista avec curiosité aux ébats de quelques voyageurs, par la porte restée entrouverte. Dans certaines chambres, on entendait des gifles se perdre derrière les gémissements féroces de clients. On aurait dit des bêtes sauvages nichés dans des lits. Les grognements de plaisir étaient ceux d'êtres abjects. D'hommes en manque de pouvoir qui traitaient leur partenaire comme des objets de plaisir sans état d’âme. Le gamin poursuivit sa route sans sourciller. Il se moquait bien de la violence qui envahissait le lieu, préoccupé par sa propre quête, lorsqu’il entendu un son lointain, à peine audible. Une voix océanique, perdue dans les âges. « Peter, où es-tu ? ». Le garçon fronça les sourcils et tira sur son lobe d’oreille. Encore cette voix. Que lui voulait-elle ? Il soupira puis secoua la tête, décidé à trouver la capitaine. Plus loin, il distingua l’élocution de ce dernier et entra sans gêne dans une chambre où une commode se faisait malmener autant que la jeune fille juchée dessus. Elle ne devait pas avoir plus de dix-sept ans. Un frisson parcourut sa peau blafarde et ses seins menus. Rien n'était désir, il faisait juste froid dans la pièce. Blenn remarqua le désintérêt de la jeune fille dont le regard torve, se perdait contre le plafond de sa prison. Elle se replaçait par instant, sans toucher plus que nécessaire au corps de son client. Le garçon ne se désola pas de la scène il avait vu bien pire dans les rues. Sans attendre, il s'assit sur une chaise et laissa tomber sa besace au sol. L'oreille tendue, il écoutait les bruits de cet étage dédiée à la fornication, puis il fixa la poupée de chiffon, tenue fermement. Malgar précipita son envie, fit tomber la boîte de poudre à joue sur le plancher. Les vocalises ricochèrent contre les murs. La commode tambourina sur le dos de la fille qui se tint fermement à sa coiffeuse, les sourcils froncés, et la mâchoire serrée, d’en l’attente de la fin de son calvaire. L’homme s'arrêta et se racla la gorge, comme pour pâlir les sons aigus, sortis plutôt de sa bouche. Il remonta son pantalon enroulé à ses chevilles et clama :

 Merci pour ce moment la fille. T'es bien belle comme pouliche. Au plaisir de te revoir.

La jeune femme ne dit rien et sauta de la commode pour se diriger vers un jar. L'homme lui donna trois sous et sans se retourner déclara :

 Encore là, gamin ! T’en n’a pas marre de faire rager ta directrice et de me regarder en plein effort ?

Blenn ne répondit pas, préférant regarder la femme se laver à l'eau claire.

 Elle te plaît ? demanda Malgar.

 Je n'aime pas les femmes.

 Elle est pourtant belle. Tu ne sais pas ce que tu perds.

 Là n'est pas la question, je préfère les hommes.

 Dans ce cas-là, tu ferais mieux d'ouvrir tes yeux sur les portes d'en face. Là, c'est le côté des poulettes.

 Je sais, mais je ne suis pas ici pour ça. Je n'ai pas l'envie de coucher avec des pauvres types drogués pour oublier des souffrances d'antan.

 T'en sais trop pour un gamin de treize ans. Tu devrais jouer à des jeux de ton âge.

 Je vous fais froid dans le dos à vous aussi ?

 Ne dis pas de conneries. Qui a froid dans le dos en regardant ton minois ? Tu ressembles à une jeune fille de bonne famille, un brin trop, curieuse.

Le chapeau ramené sur sa tête, l'homme sortit de la pièce en s’esclaffant. Blenn contempla une dernière fois la fille. Elle relaçait son corset, ramassa sa poudre, colora de nouveau son visage livide et s'assit sur le lit. Un homme, la quarantaine, attendait sur le pas de la porte. « Un autre client », pensa Blenn. Sac à l’épaule, il partit de la pièce et se pressa dans le couloir. Le capitaine était déjà au rez-de-chaussée. Le garçon accéléra son pas et percuta un jeune homme, les cheveux recouvrant son dos et son torse nus.

 Pardon, balbutia Blenn, troublé par son sourire enjôleur.

Le poulain semblait tout droit sorti du carnet à dessin d'un prestigieux illustrateur. Auréolé par la flamme de la bougie qu'il tenait, le jeune homme paraissait fantasmagorique aux yeux de l'enfant. Son corps fin et pâle le rendait illusoire, si bien que Blenn se demanda si sous sa pilosité légère, il n'y avait pas une monstrueuse créature prête à bondir et le dévorer. La beauté du poulain était renversante, presque trop parfaite pour y croire. Elle régissait tout autour d'elle et rendait les planches brunes de l'établissement moins affreuses. Ses formes subtiles, son allure noble dénotaient avec les gémissements lubriques des lieux. Parbleu, que faisait un éphèbe ici ? Il aurait pu conquérir le monde, les hommes et les femmes les plus riches ? Pourquoi s'était-il perdu dans ce bordel insalubre ? Blenn détailla ses formes, ainsi que la finesse de ses traits, quand l'homme l'interrogea :

 Qu’as-tu ?

Son grain de peau était si lisse et sa voix si caressante que le garçon s’en étourdit presque. Vite, il se ressaisit et arqua un sourcil.

 Rien, j’allais partir, s'empressa de clamer Blenn, les joues pourpres, sur un ton tranchant.

Toutefois, il resta prostré devant lui.

Le bel étalon le regarda de ses iris vairons. Il sourit à nouveau, sans un soupçon d’espièglerie au fond de ses pupilles, et se pencha vers lui pour attraper son menton entre ses doigts. Blenn trembla. C’était inattendu. Qu’allait faire l'homme ? Le garçon le trouva trop proche de lui ? Une fragrance de rose lui percuta les sens, et les lèvres voluptueuses du jeune homme se posèrent sur la finesse des siennes ; c'était tiède, agréable. Le gamin ne broncha plus. Il se laissa faire, tant et si bien qu'il partagea avec l’éphèbe un baiser tiède et fascinant. Blenn, fiévreux, vacilla. Le jeune homme arrêta sur l'instant et se détacha de lui, un sourire taquin sur ses lèvres carmin.

 T'embrasses bien gamin.

 Je sais.

 Tu as déjà essayé…

 Non, je suis trop jeune.

 Je vois. Garde-la encore, elle est précieuse. Sois sûr de celui à qui tu la donneras. Allez file, et que je ne te vois plus dans le coin.

Le poulain rejoignit sa chambre, nonchalant, tandis que Blenn courut rattraper Malgar déjà sortit.

La porte ouverte sur le port, l'air ranima sa conscience. Le baiser du jeune homme l'avait laissé branlant. La main sur son cœur, il tentait de calmer ses émois et se fendit un passage jusqu'au capitaine.

 T'as foutu quoi ? Tu es allé regarder ? interrogea l'homme, sans jeter un coup d’œil à Blenn.

Le garçon haussa les épaules, humecta ses lèvres encore emprunt du baiser et réitéra sa plaidoirie quotidienne :

 Je veux venir avec vous, réclama-t-il sans plus attendre.

 Je ne te prendrai pas avec moi, répéta Malgar machinalement.

 Pourquoi pas ?

 Parce que je ne veux pas te gâcher.

 Je suis déjà gâché.

 Tu m'bassines. T'as un avenir, toi, bordel ! Les gars qui s'embarquent, ils n'ont pas d'éducation ou le minimum. Juste des gros biscoteaux et un passé à faire pâlir un tortionnaire.

 Je ne veux pas devenir apprenti, je veux naviguer.

 Naviguer ? Mon p'tit, j'suis pêcheur, pas aventurier. Quand on est en mer, on pêche. Comprends-le.

 Je veux venir !

 Ça suffit, j'ai dit non ! Retourne à l'orphelinat et vis une bonne vie.

 Elle est ennuyeuse.

 Ennuyeuse ? Tu t'fous de moi. Regarde-moi, entre quatre yeux et écoute, ton père est mort en mer pour rattraper les filets d’anguilles, tu veux finir comme lui, enseveli par les flots ?

Blenn se tut. L'homme envoya sa main en arrière pour le répudier et disparut dans la foule. Le visage crispé, le gosse resta planté au milieu de la rue animée. Il n'avait pas l'intention de lâcher prise. Orgueilleux, il retrouva les deux mousses et leur demanda de le mener sur le Bliz, le bateau de pêche du capitaine. Les deux gars ne sentirent pas l’arnaque, ils pensèrent que le gamin était une nouvelle recrue. Ils le firent monter et pagayèrent jusqu'au navire. Hissés à bord, ils prirent les derniers filets en disant à Blenn :

 Il n’y a personne sur le navire, ils sont tous à quai. T'es sûr que tu veux rester seul. On repart dans deux jours.

 Ça me va. Deux jours, ce n’est pas la mer à boire.

 Dans ce cas, à plus tard, heu… tu t'appelles comment ?

 Blenn.

 Moi c'est Steve et lui, Hector.

Ils retournèrent sur la barque et s’éloignèrent. Blenn souriait sournoisement à côté de la tête de proue. Il avait réussi à berner ces mollusques. Il était enfin sur le navire de son père, l'aventure allait commencer. Ne manquait plus qu'à se cacher avant que le Bliz ne prenne le large.

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