Prologue : Cylia

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Le vent glacé me cingle le visage, alors que je cours à en perdre haleine le long du chemin de terre. Derrière moi retentit une fois de plus un cri. Mon nom. Mais seule la forêt fait écho. Ne t’arrête pas !

Je me retourne brièvement, sans cesser de courir, assez pour distinguer au loin le faisceau de la lampe torche qui balaye le chemin et semble se rapprocher. Il ne fait pas encore totalement nuit, mais la lumière baisse vite dans ce crépuscule automnal. A proximité, j’entends le grondement grandissant de la chute d’eau. J’y suis presque.

Je bute sur une racine, trébuche et m’affale sur le ventre. Mes mains heurtent brutalement la surface métallique de la première passerelle. J’y suis. Je me relève sans prêter attention à la douleur qui irradie dans ma main gauche. Dépêche-toi !

Je descends aussi rapidement et aussi prudemment que possible la paroi escarpée en m’aidant de la passerelle, puis de l’escalier. Je prends soin de ne pas toucher au garde-corps dont je connais l’état de vétusté. A mes côtés, le grondement sourd de la cascade s’est mué en rugissement. L’eau bouillonnante se transforme en brouillard humide qui trempe le métal, rendant les marches rouillées glissantes et dangereuses.

Avec les pluies diluviennes qui se sont abattues sur la région depuis octobre, l’Erzenbach s’est gonflé de colère, transformant cette cascade romantique en gouffre angoissant. Je n’aime pas l’eau. Je n’aime pas les ponts. Je n’aime pas marcher au-dessus de l’eau. Mais je n’ai pas le choix.

Je poursuis la descente focalisée sur le pont. Le traverser, doucement. Pousser la plaque de métal avec les pieds. La regarder tomber au fond du gouffre. Fuir. Il ne pourra plus me suivre si le pont est coupé. Il ne restera plus que 2,5 kilomètres de sentier dans les bois jusqu’à la première maison du village de Steinbach. Il fera nuit avant que j’arrive, mais la route forestière est large et entretenue. Je vais y arriver. Je peux le faire.

— Cylia !

Il est juste au-dessus de moi. Mon cœur se glace d’effroi. Je rate une marche et termine la descente sur le bas du dos. Ça fait mal, mais je me redresse aussitôt. Je me précipite vers le pont et suis stoppée net dans mon élan par deux bandes de rubalise rouge et blanche. L’accès est condamné. Du pont, il ne reste que les rambardes en bois. La plaque métallique servant de passerelle a été retirée. Il n’y a plus qu’un vide de sept mètres de large, infranchissable.

Dans mon dos, des pas lents résonnent sur le métal des marches.

— C’est fini, Cylia. Tu ne peux pas aller plus loin.

Il descend lentement mais sûrement dans ma direction. Le faisceau de sa lampe m’éblouit. Les larmes me brouillent la vue et le vent froid me brûle les joues.

— C’est toi qui a retiré la plaque, l’accusé-je d’une voix blanche.

Il a eu la même idée que moi. Avant moi. De l’anticipation, comme toujours.

­— C’est pour ton bien, me répond-il calmement en s’arrêtant au pied de l’escalier, à quelques mètres de moi.

Je tremble de tous mes membres. Le sang s'écoule goutte à goutte de ma main blessée.

— Il faut que tu me laisses partir, je t’en prie, je t’en supplie !

Il baisse sa lampe. Dans cette lumière crépusculaire et la brume générée par le gouffre, sa silhouette a quelque chose de surnaturel et d’effrayant. Ses yeux d’acier me fixent sans sourciller. Il secoue la tête, implacable.

— Je ne peux pas faire ça, et tu le sais très bien. Je te l’ai promis : je ferai ton bonheur malgré toi.

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