Epilogue

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8 ans plus tard

Johanna

C’est un véritable ouragan qui sévit dans ma maison depuis deux jours. Ma mère est arrivée avec son compagnon, mon frère avec sa compagne et les petits Théo et Romain, mes neveux et amours de ma vie, pour profiter de la fête de Noël en version grande famille qui va se tenir ici dans quelques heures. Alex, mon éternel célibataire de meilleur ami, a débarqué hier soir avec sa sœur et Morgane, qui est à présent mariée à Paolo et enceinte de six mois, de jumeaux. Roberto est venu accompagné, il nous a présenté son boy-friend, Lénaïc il y a deux ans, à la plus grande surprise de Pao et Fabian (et à la mienne aussi je l’avoue). Une fois le choc passé, nous avons accueilli le petit nouveau de la bande à bras ouverts. Alma et Dylan nous ont rejoints ce matin avec leur petite Ella, née il y a quatre ans à peine, et Damien, sept ans. Ajoutez à cela les parents de Fabian, sa sœur et sa famille à présent composée de trois petites sœurs pour Diego, Maria, Selena et Celia, et vous obtenez une tablée digne de ce nom pour une soirée à l’international mais dans la bonne humeur.  

Tout le monde s’affaire plus ou moins dans la salle à manger ou dans les chambres, et j’observe cette grande famille aller et venir depuis la cuisine, un sourire sur les lèvres. Fabian voulait une grande maison, avec plein de chambres et une salle à manger aussi grande que mon ancienne colocation parisienne. Si j’ai grandement tiqué en lui disant qu’il prenait le melon et voyait les choses un peu trop en grand, je ne regrette aujourd’hui pas du tout notre choix. Les réunions de famille, à mi-chemin entre la sienne et la mienne, sont un vrai bonheur, épuisant mais magnifique bonheur. Aujourd’hui le salon de la véranda a été déménagé, les portes coulissantes sont grandes ouvertes pour prolonger la salle à manger et accueillir tout ce beau monde sans que l’on ne se marche dessus.

Ne manquent plus que mon mari, ainsi que Paolo, encore partis tous les deux en voyage pour je ne sais quel projet professionnel. Leur avion a été annulé hier matin et ils ne devraient à présent plus tarder, du moins je l’espère. Je peux accepter beaucoup des absences de Fab, mais pas dans ce genre de moments, alors que la maison grouille d’amour et de tendresse, de rires et d’impatience. Mon pilote a gagné deux autres titres de Champion du Monde de Formule 1. Un mauvais choix d’écurie après avoir quitté l’équipe Renault l’a empêché d’être davantage victorieux, mais il est resté compétitif malgré des voitures pas toujours à la hauteur et s’est battu pour le titre plusieurs années durant. Fabian passera la saison prochaine dans un baquet de F1, mais cela sera pour lui sa dernière année. Il a décidé de mettre un terme à sa carrière pour profiter de la vie de famille et si je ne me serais jamais permis de lui demander cela, j’avoue apprécier qu’il ait pris cette décision de lui-même. J'appréhende tout de même l'après F1, mais je ne doute pas qu'il trouvera de quoi assouvir son besoin d'adrénaline d'une façon ou d'une autre

J’essuie mes mains après avoir enfourné un énième gâteau, puis file dans l’arrière-cuisine pour voir où en est la dinde aux marrons (cliché mais tellement bon !) qui cuit doucement dans le second four. Je l’arrose avant de m’adosser au mur pour profiter un moment du calme de la pièce. J’ai fini le travail tard hier soir, fêtant Noël avec les enfants avec qui je travaille avant leur retour en famille ce matin. J’avoue qu’une petite journée de farniente et de silence ne m’aurait pas déplu, ces derniers mois ont été mouvementés et épuisants.

- Jo ?!

Je soupire et souris en entendant Morgane et Alex m’appeler d’une seule et même voix depuis la cuisine. Je les rejoins et les interroge du regard.

- Tu as reçu un message, sourit Morgane en me tendant mon téléphone.

- Message que tu t’es empressée de lire, ris-je en voyant mon téléphone déjà déverrouillé.

- Evidemment, tu me connais !

Fab :

Retrouve-moi dans le garage dans 10 minutes. Je sais, on est loin du rencard très romantique, mais je voudrais profiter un peu de ma femme sans entendre des « beurk » ou me faire sauter dessus par je ne sais qui (qui ne serait pas toi !)

Je ris en lisant le message de Fab et enlève mon tablier « Sexy wife » offert par ma meilleure amie pour la pendaison de crémaillère, avant de filer dans la salle de bain du rez-de-chaussée pour observer les dégâts dus à la fatigue de ces dernières semaines et me refaire une beauté rapidement. Voilà trois semaines que je n’ai pas vu mon mari, hormis par appel visio. Je ne voudrais pas qu’il prenne peur en tombant nez-à-nez avec moi alors que de mon côté je ne vois que les cernes sous mes yeux lorsque je me regarde.

- Jo ?!

Bon sang, ces deux-là auront ma peau. Je refais mon chignon lâche rapidement et sors en bougonnant un « quoi » devant une Morgane hilare qui me tend mon téléphone.

Fab :

Jo Chérie… Réponds-moi, dis-moi que tu seras dans le garage sinon je risque de te sauter dessus devant tout le monde, de te charger sur mon épaule et de t’emmener illico dans notre chambre pour te réserver un programme interdit aux -18 ans.

Je prends la peine de lui répondre pour éviter de subir ce genre de traitement, même si cela pourrait bien exciter mes hormones en folie et mon corps en manque.

Jo :

Je t’attends.

Fab :

Tout va bien bébé ??

Le retour de l’homme inquiet. Qu’il est chou ! Une réponse trop laconique à son goût et le voilà qui se fait du mouron.

Jo :

Tout roule Champion, mais ça ira encore mieux quand tes jolies petites fesses seront à la maison.

Fab :

Mes jolies petites fesses ont hâte que tu les tripotes !

Je rejoins le garage en riant et n’attends pas deux minutes avant de voir la voiture de Fab y entrer et s’y stationner. J’attends patiemment que les hommes sortent du véhicule, posée contre l’établi. Paolo vient me saluer et s’éclipse rapidement, sans doute pressé de retrouver Morgane. Fabian approche, un sourire en coin sur ces lèvres que je n’ai pas goûtées depuis bien trop longtemps.

- J’avais bon espoir que tu me sautes dessus, me dit-il en haussant un sourcil.

- Il vaut peut-être mieux pour toi que ça ne soit pas le cas, je ne voudrais pas que tu te fasses un tour de reins.

Je fais quelques pas pour le rejoindre à mi-chemin et soupire de contentement quand il referme ses bras autour de moi. L’envie de me fondre en lui et l’impression de retrouver ma place refont surface, comme à chacun de ses retours. J’entoure sa taille de mes bras et le serre contre moi. Fab attrape mon menton entre ses doigts et relève ma tête pour poser ses lèvres sur les miennes. Son baiser est doux, tendre mais appuyé. Il finit par reculer et m’observe des pieds à la tête, avant de me retourner et de coller son torse contre mon dos.

- Très jolie cette robe, souffle-t-il en glissant ses mains autour de ma taille. Par contre, je suis désolé de te dire ça Ma Douce mais… tu as grossi.

Je lui frappe le bras en bougonnant, faussement vexée alors qu’il dépose ses lèvres sur mon épaule nue, me faisant frissonner. Ma robe est tout ce qu’il y a de plus simple, bleu nuit, pailletée à bretelles avec une jupe ample qui descend au-dessus du genou, mais c’est la seule que j’ai qui ceinture sous la poitrine et non au niveau de la taille.

- J’ai fait ce que j’ai pu, pas eu le temps d’investir.

Je pose ma tête contre son épaule, lui dégageant l’accès à mon cou. Fab remonte lentement jusque sous mon oreille, et quand il pose ses mains sur mon ventre légèrement arrondi en souriant contre mon cou, mon cœur se remplit encore davantage d’amour pour cet homme.

Le chemin vers cette grossesse a été long et semé d’embuches. Après plus de quatre ans de tentatives et deux fausses couches, j’ai entamé le second trimestre il y a quinze jours. Mon ventre s’est un peu arrondi, et depuis l’arrivée de tout le monde à la maison, je fais bien attention à ce que cela ne se voit pas grâce à des vêtements amples et des positions pas toujours très naturelles.

Je soupçonne Morgane de m’avoir grillée mais elle n’a rien dit pour le moment. Il faut dire que je n’ai pas pris beaucoup de ventre pour l'instant et je prie silencieusement pour ne pas finir en mode baleine. Bref, nous profiterons du repas de ce soir pour annoncer la nouvelle à tous nos proches. Nous leur avons parlé de notre parcours chaotique pour concevoir un bébé l’an dernier, alors que, quelques jours après ma seconde fausse couche, la sœur de Fabian nous annonçait qu’elle était enceinte de son quatrième enfant, un retour de couche non désiré. J’avoue avoir plutôt mal réagi et fui la maison de ma belle-sœur pour pleurer toutes les larmes de mon corps ce jour-là. Mais tout est bien qui finit bien et à l’heure actuelle, un petit ou une petite Almagro pousse tranquillement dans mon ventre.

- Tu es magnifique, Madame Almagro, susurre-t-il à mon oreille.

- Baratineur, ris-je contre lui.

- Je te jure bébé… En plus tu as pris de la poitrine, c’est caliente[1] !

Je ris et repousse ses mains qui se sont dirigées droit sur mes seins pendant qu’il parlait. Il les repose sur mon ventre et soupire.

- Ne dis pas de bêtise. Tu es sublime Jo. Et je vais jouer le Cro-magnon mais bon sang, savoir que mon enfant grandit là dans ton ventre… Merde, ça me rend fier comme jamais auparavant.

- Tu feras moins le fier quand j’aurais envie de t’étriper pour m’avoir transformée en baleine échouée sur notre canapé.

Fab rit dans mon cou en caressant mon ventre de la paume de ses mains.

- Tu seras la baleine la plus sexy bébé.

- On verra si tu dis toujours ça dans quelques mois, ris-je à mon tour. Allez rentrons, ta mère risque de venir nous interrompre si elle ne voit pas son fiston débarquer.

****

Fabian

La maison regorge de vie, de sourires, de rires. Voilà un Noël comme je les aime, avec toute notre grande famille. Pour moi qui suis dans des avions et partout dans le monde à longueur d’année, c’est le bonheur de profiter ainsi de mes proches. Cette année a une saveur particulière, puisque Jo et moi allons annoncer la venue d’un petit ou d’une petite Almagro.

Il est minuit passé de quelques minutes et nous sommes à présent le 25 décembre. Ma sœur, Jo et sa belle-sœur sont parties mettre les enfants en pyjama au premier étage et, au rez-de-chaussée c’est le branle-bas de combat pour apporter tous les cadeaux sous le sapin le plus discrètement possible avant que la troupe ne redescende. Une fois tous les paquets installés, je récupère l’enveloppe que Jo a cachée dans son bureau dans le coin opposé du salon et la cale dans le sapin, à la vue de tous. Elle piquera certainement la curiosité des adultes, puisqu’elle est plutôt épaisse et que rien n’est écrit dessus. Jo y a glissé une enveloppe nominative pour chacun des couples ici, mais également pour Alex et sa sœur. Dedans, de petits chaussons de bébé ainsi qu’une tétine sont imprimés sur un carton, et le texte suivant : « Selon les médecins, je suis sensé pointer le bout de mon nez au mois de Juin prochain. Alors je vous donne rendez-vous pour me rencontrer, peut-être plus rapidement que mon papa qui sera sans doute à l'autre bout du monde. Mes parents me parlent souvent de vous, de ma future famille et de tout l’amour qui les entoure, alors j’ai hâte de faire votre connaissance. Bébé Almagro » Au dos de cette petite invitation, la photo de l’échographie des trois mois de notre petite crevette.

Ce bébé miracle, Jo et moi tentons de l’avoir depuis quatre ans et demi. Après deux fausses couches qui ont beaucoup fragilisé Ma Douce et des traitements hormonaux, nous allons enfin devenir parents. A 37 ans, je vais devenir père, et je crois que je ne le réalise toujours pas. Pourtant, le ventre de Jo s’est déjà bombé et, lorsque je me place derrière elle et l’enlace devant le sapin alors que tout le monde se réunit, je peux sentir sous mes mains le renflement de ce petit être qui se fait une place dans le corps de ma femme. Je me suis rendu compte en étant absent durant trois semaines que son corps allait vite se modifier et qu’il faudrait que je sois attentif à ne pas partir trop longtemps pour ne pas perdre une miette de tous ces changements. Parce qu’honnêtement, si Jo est déjà sublime d’ordinaire, l’image que j’ai d’elle avec un ventre rond protégeant mon enfant me rend tout chose et je veux tout voir de cette évolution.

Nous observons les enfants déchirer les paquets cadeaux et s’émerveiller devant leurs nouveaux jouets, enlacés l’un contre l’autre. Notre dernier Noël à deux se passe à merveille et j’adore voir la maison vivre à ce point. Je ne sais pas comment fait Jo pour vivre seule ici lorsque je suis en déplacement, même si la décoration est cocoon, chaude et accueillante. Les pierres d’origine ont été restaurées et la cheminée qui trône en plein centre du grand salon rendent la pièce des plus agréables. Ma mère et ma belle-mère sont tombées amoureuses de cette vieille maison et mon père et le frère de Jo nous ont aidés pour les travaux de restauration. Bref, je m’égare.

C’est ma mère qui distribue les cadeaux et lorsqu’elle relève les yeux sur le sapin et voit la lettre vierge, elle se tourne vers moi et m’interroge du regard. Je lui fais un signe de tête, elle ouvre l’enveloppe et en sort les petites enveloppes nominatives.

- De qui ça vient, tout ça ?

- De Jo et moi… Vas-y, distribue maman.

Ma mère fronce les sourcils et nous observe Jo et moi un instant. Un petit sourire en coin se dessine sur son visage mais je crois qu’elle n’ose pas poser la question de peur de viser à côté et d’aborder un sujet compliqué. Elle distribue les cartes, en commençant par Morgane qui l’ouvre rapidement avant de littéralement buguer dessus. Elle retourne le carton où trône la première photo de notre enfant, alors que ma mère finit la distribution et rejoint mon père qui a déjà leur enveloppe à la main. Les yeux humides, elle nous rejoint et nous prend dans ses bras, alors que j’entends la mère de Jo lâcher un « oh mon dieu » et que je vois mon père prendre ma mère dans ses bras. Nous sommes rapidement assaillis par tous les membres de la famille qui nous congratulent, nous prennent dans leurs bras et nous embrassent. Ma mère passe un temps fou la main posée sur le ventre de Jo et je constate que Ma Douce se contrôle car elle ne semble pas trop apprécier que tout le monde touche son ventre.

Cependant, lorsque trois heures plus tard, après lui avoir fait l’amour, je la serre dans mes bras et caresse son petit ventre alors qu’elle ronronne contre moi, je suis ravi de constater que mes caresses ne lui font pas le même effet car, clairement, je pense que je pourrais passer les six prochains mois la main sur son ventre. Et encore neuf mois la prochaine fois, et neuf autres mois, et autant de fois qu’elle le voudra.

_____

[1] Chaud en Espagnol.

Annotations

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Lia 53
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