Chapitre 50

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Fabian

A la fin de la chanson, durant laquelle nous nous sommes gentiment balancés au rythme de la musique, un second slow démarre et l’animateur encourage les invités à rejoindre les mariés. Dylan se dirige vers nous avant que je n’ose demander à Jo si elle veut danser.

- Est-ce que la plus jolie femme de la soirée, après mon épouse bien évidemment, m’accorderait cette danse ?

Jo rit et accepte la main que lui tend mon agent et ami. Elle le suit sur la piste et j’ai tout le loisir de l’observer. Ses yeux sont joyeux, elle rit dans les bras de Dylan. J’aimerais redevenir celui à qui elle destine ces sourires, ces accès de bonheur et d’insouciance plutôt que les yeux tristes auxquels j’ai droit ces derniers temps. Mais je ne peux pas vraiment m’en plaindre, c’est ma faute après tout.

- Tu veux bien me servir de cavalier ? Mon mari m’a abandonné pour mon témoin, rit Alma en me prenant la main.

- Avec grand plaisir.

Je la guide sur la piste et l’enlace chastement. Alma est vraiment resplendissante. J’ai bon espoir que Dylan ait enfin trouvé celle qui le fera se ranger. Il n’oubliera jamais sa première épouse, elle restera la femme de sa vie, mais il a trouvé auprès d’Alma la sérénité. Elle l’aime sincèrement et je pense qu’il est tout aussi accro.

- Tu passes une bonne soirée ?

- Excellente oui, souris-je. Mais c’est à toi qu’il faut poser la question. Tu es la reine de la soirée !

- Tout est parfait. Je n’aurais pas pu rêver mieux. Jolie ta cavalière.

- Oui, c’est vrai.

- Alex a l’air de l’apprécier.

- Il peut s’amuser s’il veut, ça ne me dérange pas, dis-je en les cherchant du regard.

- Depuis quand tu partages ? me questionne-t-elle en fronçant les sourcils.

- Depuis que ça n’est pas du partage. Donna et moi sommes amis, rien de plus.

- Ah, j’avais mal compris alors. Enfin, je ne pense pas que Jo apprécie qu’Alex s’amuse avec une autre, elle n’est pas du genre partageur non plus.

- C’est vrai. Elle lui coupera les couilles avant même que je ne lui mette mon poing dans la figure.

Alma acquiesce en riant. C’est clair que Jo n’apprécierait pas que son nouveau petit  ami aille voir ailleurs. Donna peut bien faire ce qu’elle veut mais il faut que je lui dise de ne pas coucher avec lui. Je ne voudrais pas que Jo souffre à cause d’Alex.

- T’en es où avec Jo ?

- Heu… Nulle part. Que veux-tu que je fasse maintenant qu’elle est avec Alex ?

- Je ne sais pas. Te battre peut-être ?

- Je veux qu’elle soit heureuse et c’est peut-être mieux comme ça, soupiré-je.

- Qu’il est agaçant ! Elle l’était avec toi Fabian.

- Est-ce qu’elle l’était vraiment ? soupiré-je. Pour ce qu’on se voyait… Comment est-ce qu’elle pouvait se satisfaire de si peu Alma ?

- Tu t’en satisfaisais toi ?

- Oui… Non… Je ne sais pas. J’avais envie de la voir tout le temps. J’ai bien enquiquiné Dylan pour qu’il organise mon planning de façon à aller la voir plus souvent mais… Je n’en avais jamais assez.

- Elle non plus n’en avait jamais assez, sourit-elle. Pourtant elle ne s’est jamais plainte et elle vivait à fond les moments où vous étiez ensemble, non ?

- Oui, soufflé-je. Mais tu vois, ce n’était pas suffisant.

- Tu ne comprends donc rien ? Fab, ça lui convient comme ça. Jo a tellement la trouille de revivre ce qu’elle a vécu avec son ex qu’elle a besoin de cette liberté, besoin d’être seule maîtresse de sa vie.

- Mais je ne suis pas Elliott, jamais je ne lui ferais subir ce qu’il a osé lui faire, marmonné-je.

- Je sais bien, et elle le sait aussi, mais cette peur est imprimée en elle Fab, elle mettra du temps à s’en débarrasser.

Dylan nous interrompt en posant sa main sur mon épaule.

- Désolé Fab, j’ai besoin de ma femme. Alma, on nous demande en cuisine.

- En cuisine ? s’étonne-t-elle. Pourquoi en cui… Ah ! Ok, je te suis. Pardon Fabian.

- J’ai dû lâcher Jo, me sourit Dylan, je te la laisse.

Bien, je vois le truc. Je ne peux m’empêcher de rire devant leur plan aussi discret qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine et je rejoins Jo qui quitte la piste.

- Jo, attends ! Danse avec moi.

Elle hausse un sourcil, regarde derrière mon épaule et soupire en riant doucement.

- Phase deux de leur plan tu crois ?

- Ouais, sans aucun doute. Allez, viens. Plan ou pas, j’ai envie de danser avec toi.

J’attrape sa main et l’attire contre moi. Son petit corps reprend sa place, se lovant contre le mien à la perfection alors que je l’enlace, nichant mes mains sur ses reins. Johanna glisse une main derrière ma nuque et son nez dans mon cou en soupirant à nouveau. Un seul mot me vient à l’esprit à l’instant : paradis.

****

Johanna

Il faut que je tienne bon, je ne peux pas craquer une nouvelle fois pour rien. Ce serait si facile de se laisser aller dans ses bras, d’aller assouvir notre envie mutuelle dans un coin, mais ça n’arrangerait rien à la situation. Cependant, et pardonnez-moi mais je vais partir dans le cliché, je me sens tellement à ma place là, blottie contre lui, dans la chaleur de ses bras, que je dois monter sur un ring pour me battre contre mon corps qui en veut davantage encore.

La chanson passe trop vite, enlacés l’un contre l’autre et le léger malaise qui apparaît quand elle se termine chasse trop vite l’instant bonheur que nous venons de passer. Fabian m’embrasse sur le front et me prend la main pour me raccompagner à table, où je retrouve Alex en grande discussion avec Donna. La réalité me frappe instantanément en la voyant. Fab a tourné la page, il a trouvé quelqu’un d’autre et aucun flirt n’est plus possible, aucun écart immaginable. Je lâche sa main et m’assieds à côté d’Alex, qui me coule un regard en coin en souriant. Il n’y a plus rien de drôle ou de joyeux à cet instant.

Objectif de la fin de soirée : Eviter les tête-à-tête avec mon ex. Bon courage, Jo !

****

Enfermée dans la chambre que je partage avec Alex à l’étage, nous nous brossons les dents l’un à côté de l’autre devant le lavabo. Cette intimité que l’on partage n’est pas nouvelle, la colocation nous y a habitué. Je me rince la bouche et l’essuie.

- Elle est jolie, Donna, murmuré-je l’air de rien.

Alex me regarde à travers le miroir et acquiesce. J’aurais sans doute dû attendre qu’il ait fini de se brosser les dents pour obtenir davantage d’informations. Je détourne les yeux pour que mon ami ne voit pas que des larmes s’y installent et me démaquille. La fatigue a raison de ma volonté de tenir le coup. Voir Fabian en compagnie d’une autre femme est vraiment compliqué à gérer pour moi. J’ai l’impression de l’avoir perdu définitivement et ce constat me fait un mal de chien.

- Hé, viens-là…

Alex m’attrape par le bras et me tire contre lui avant de m’enlacer. Il ne m’en faut pas plus pour craquer complètement et fondre en larmes, encore. J’ai l’impression de n’être plus qu’une boule de nerfs qui craque à chaque petite contrariété. Ce n’est tellement pas moi d’être aussi sensible, ça en est profondément agaçant. J’aimerais me mettre des coups de pieds aux fesses mais pour l’instant je n’y arrive pas. Alors je pleure un moment dans les bras de mon meilleur ami qui finit par me ramener dans la chambre avant d’ouvrir la fermeture éclair de ma robe pour me l’enlever. J’enfile mon tee-shirt de nuit, dégrafe mon soutien-gorge bandeau puis me glisse sous la couette. Alex me borde et s’assied sur le bord du lit.

- Ça va aller ma belle ?

- Comme toujours oui.

- Jo… Fabian et Donna ne sont pas ensemble.

- Tu me l’as déjà dit mais j’ai un doute.

- Enfin, réfléchis un peu poulette ! Repense au Fab avec toi et rappelle-toi comment il a été avec elle ce soir.

- Il devait être mal à l’aise parce que j’étais là, c’est tout, soupiré-je.

- Ouvre les yeux, merde. Puis de toute façon, Donna me l’a dit.

- Quoi ?

- Oui, ils sont juste amis. Je te l’avais dit !

Je lui tourne le dos en bougonnant. Alex se penche au-dessus de moi, m’embrasse sur la joue et me souhaite une bonne nuit avant d’aller se déshabiller et de se glisser dans le petit lit à l’autre bout de la pièce. Qu’est-ce que je ferais sans mes meilleurs amis ?

- Je t’aime Alex.

- Moi aussi ma belle, même si t’as vraiment un sacré caractère.

Je pouffe et lui souhaite bonne nuit avant de cogiter à ce qu’il a dit. Il est vrai que Fab n’a pas du tout été proche de Donna durant la soirée. Fabian est quelqu’un de tactile et il ne l’a pas été avec elle. Il ne l’a même pas invitée à danser. Oh, ne me jetez pas la pierre, je n’ai pas passé ma soirée à les regarder, seulement mon regard tombait souvent sur eux lorsque je balayais la foule des yeux.

Le sommeil finit par me gagner, après un long tête-à-tête avec mes pensées.

****

Je suis réveillée par un corps chaud qui se colle contre mon dos. Je sursaute violemment et tente de me redresser, mais je suis maintenue contre le matelas par un bras solide.

- Chut Ma Douce ce n’est que moi, murmure Fab à mon oreille.

Je me détends instantanément et souffle. J’inspire et expire profondément pour tenter de calmer les battements de mon cœur qui s’est affolé.

- Je ne voulais pas te faire peur, pardon.

- Qu’est-ce que tu fais là ?

- Je… je n’en sais rien. J’avais juste envie de te serrer dans mes bras.

- Et donc tu déboules et tu prends ce que tu veux, soupiré-je.

- Jo…

- Non Fab, c’est trop facile. Tu te glisses dans mon lit au beau milieu de la nuit alors que je ne suis pas seule.

Merde… C’est la boulette ! Alex est dans l’autre lit. Autant dire que le plan de Morgane est mort. De toute façon, il était déjà en échec puisque Fab est avec quelqu’un d’autre. Oh ! Je me retourne vivement et le repousse.

- Va retrouver ta nana Fab !

Je l’entends soupirer et tâtonne pour trouver l’interrupteur. Une fois la lumière allumée, je jette un œil au lit d’Alex qui est vide. Je fronce les sourcils et reporte mon attention sur Fabian.

- Jo… Je… J’ai surpris Alex et Donna dans ma salle de bain.

- Oh mon dieu ! Fab je… Je suis désolée ! J’avais dit à Alex de ne pas faire ça, merde. Je vais l’étriper.

- C’est moi qui suis désolé, si je n’avais pas amené Donna ça ne serait jamais arrivé.

Il ébouriffe ses cheveux d’une main et semble vraiment mal à l’aise. D’ailleurs, il semble plus mal à l’aise que déçu ou en colère. Est-ce qu’Alex disait vrai ?

- Fab ? Donna et toi vous… êtes plus que des amis ?

- Hein ? Non… Non nous sommes amis, c’est tout.

Je soupire de soulagement, et je ne sais pas si c’est parce que je suis heureuse de savoir qu’il n’a pas officiellement tourné la page ou si c’est parce que Fab ne souffrira pas d’une nouvelle infidélité.

- Et… Alex et toi ? hésite-t-il.

Je ne peux pas lui mentir. Je n’ai jamais pu d’ailleurs, je ne vois pas comment je le pourrais aujourd’hui. Dans quel but ? Le rendre jaloux ?

- Alex est mon meilleur ami, rien n’a changé.

- Je croyais que… Enfin vous vous êtes rapprochés.

- Oui et non. Rien de plus que de l’amitié entre nous.

- Bon sang, j’aurais pu lui éclater la tête en le trouvant avec Donna. Je pensais qu’il te trompait !

- C’est pour ça que tu es là ? murmuré-je d’une voix un peu trop aigüe pour qu’elle ne trahisse pas mes sentiments.

- Non. Enfin oui… Enfin je savais que tu étais seule et je voulais te voir.

Je m’assieds en tailleur sur le lit et le fustige du regard.

- Si tu penses que je vais coucher avec toi ce soir, tu rêves.

- Je ne suis pas là pour ça Jo… On a déjà suffisamment fait l’erreur toi et moi.

Outch, prends-toi ça dans les dents Jo. Une erreur ? Alors c’est ainsi qu’il nous considère à présent ? Mon visage doit refléter mes pensées car Fabian fronce les sourcils avant de se redresser à son tour.

- Attends Jo, ce n’est pas ce que je voulais dire.

- Non c’est bon Fab j’ai compris…

- Non, stop, écoute-moi deux minutes. Je parle de la façon de faire les choses ces derniers temps, pas de la chose en soi. Bon sang Jo… Je t’aime comme un fou et je voudrais que tout soit tellement plus simple.

- Fabian, c’est toi qui compliques tout depuis des mois… On était bien toi et moi, tout était simple et génial. Pourquoi tout arrêter ?

- Je te faisais du mal Jo… J’étais devenu un vrai con avec toi, tu m’as même comparé à Elliott, tu te rends compte ? Et je ne dis pas ça pour que tu t’excuses, je le méritais pour tout ce que je t’ai fait subir pendant ma convalescence.

- Soit, soufflé-je. Disons que cette période n’était pas des plus évidentes… Mais ensuite ?

- Ensuite… Bon sang Jo ça a déjà été une torture de te quitter, tu n’imagines même pas. Alors envisager que tu te lasses de cette notion particulière du couple que je te propose et que tu me quittes sans que je m’y attende, ça m’est juste insupportable.

- Donc… Plutôt que d’essayer et d’avoir confiance en nous, tu abandonnes l’affaire. Je n’en reviens toujours pas Fab… Je ne comprends pas. Aimer c’est prendre le risque de souffrir, mais c’est tellement plus !

- Je suis désolé Ma Douce… Je voudrais effacer ces derniers mois et revenir en arrière. Juste, que tout soit comme avant mon accident… Tu me manques.

Je détourne les yeux et soupire. Est-ce que je comprends bien ce qu’il dit ? Est-ce qu’il est prêt à ce qu’on se remette ensemble ? Et moi, suis-je prête, finalement, à prendre le risque qu’il abandonne une fois encore ?

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