Chapitre 49

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Johanna

Je savais que ce jeu était une très mauvaise idée ! Ou comment faire resurgir les souvenirs de cette relation. Après la nostalgie, c’est la peine qui a prédominé et maintenant la colère. J’en veux à Dylan et Alma de m’avoir fait subir ça. Alma connaît tous les détails de notre relation, tuée dans l’œuf par un Fabian borné. Elle va m’entendre une fois ce mariage terminé.

Après avoir récupéré ma pochette, je sors avec Alex et m’éloigne de la salle de réception. Une fois à l’abri des regards et loin de l’agitation de cette magnifique soirée, je sors mon paquet de cigarettes et en allume une, sur laquelle je tire avant de souffler longuement.

- Tu n’as pas froid ?

- Ça va. Ça fait du bien, il fait chaud là-dedans.

- C’est clair que c’était chaud entre vous.

Je le fusille du regard et m’assieds sur le banc à quelques mètres de là où je m’étais arrêtée, y posant ma pochette. Je soupire bruyamment alors qu’Alex s’assied à mes côtés et me prend dans ses bras. Je m’y love volontiers. Ce ne sont pas ceux de Fabian mais je m’en contenterai ce soir. Mon dieu, je suis horrible pour Alex, même si j’apprécie son câlin.

- Tu vas bien ?

- Toujours. Ecoute Alex, je crois que c’est une mauvaise idée cette histoire. Je déteste me servir de toi comme ça, ce n’est pas juste.

- Ne t’occupe pas de ça Jo, ça me fait plaisir de t’aider. Tu ne te sers pas de moi puisque c’est moi qui te propose. Et puis on ne joue pas tant que ça. Tout reste amical et on passe davantage de temps ensemble mais tout est très naturel. Et tant que j’y crois, à ces retrouvailles entre Fab et toi, je ne lui casserai pas la figure pour ce qu’il te fait subir depuis bien trop longtemps.

- Je crois qu’il faut que je me fasse une raison Ax. Fabian est venu accompagné, il a tourné la page.

- Honnêtement j’en doute ma belle. Je les ai un peu observés ce soir, je t’assure qu’ils n’ont rien d’un couple. Ils ne sont pas proches comme des amants.

- Mouais…

- Tu es aveuglée par tes sentiments pour Fab, par ta jalousie.

- Je ne suis pas jalouse ! dis-je en me redressant.

Alex rit pendant que j’écrase ma cigarette puis me tire à nouveau contre lui. Evidemment que je suis jalouse, ça ne sert à rien de le nier, c’est totalement stupide de ma part. Cependant, ce n’est pas un sentiment que j’ai l’habitude d’éprouver. Fab me fait découvrir un autre aspect de ma personnalité et ce n’est pas mon préféré, loin de là.

- Bien sûr, pardon, rit-il encore.

Je bougonne pour la forme alors que nous nous redressons tous deux au son de pas derrière nous.

- Je dérange ? questionne froidement Fabian.

- En fait, un peu oui, marmonne Alex, un bras autour de mes épaules, à fond dans son rôle.

- Je voudrais te parler Jo, soupire Fab en plongeant ses yeux dans les miens.

- Plus tard peut-être, rétorque Alex, pour l’instant elle est occupée.

Fab plonge ses mains dans les poches de son pantalon de costume en se renfrognant, sans lâcher mes yeux des siens.

- S’il te plait, Jo.

Alex se lève brusquement et se plante devant mon pilote, rompant notre contact visuel.

- Je t’ai dit qu’elle était occupée, qu’est-ce que tu n’as pas compris Almagro, tonne-t-il.

- J’ai très bien compris que tu as enfin eu ce que tu voulais, c’est bon, mais j’ai besoin de lui parler.

- Et t’étais où quand elle, elle avait besoin ?

- Je… ça ne te regarde pas.

- Tout ce qui concerne Jo me regarde !

- Alex ça va, calme-toi, dis-je en me levant à mon tour et en l’attrapant par le bras.

- Non, il doit savoir dans quel état il te met depuis qu’il a décidé d’être égoïste !

- Parce que tu crois que ça me réjouit ? s’exclame Fabian.

- En tout cas tu ne t’en soucies pas suffisamment pour te bouger et régler les choses, gronde Alex en avançant d’un pas vers lui.

- Mais toi oui bien entendu ! Tu t’es précipité dans son lit dès que l’occasion s’est présentée, depuis le temps que tu lorgnais sur elle ! Tu te rends compte que tu n’es que le lot de consolation au moins Alex ? Que tu ne la touches que parce que je ne le fais plus ?

Alors là, je suis sur le cul. Les traits de Fabian sont durs et sa voix est froide. Je meurs d’envie de le frapper pour ce qu’il ose sortir à Alex et ce même si cette histoire entre nous n’est qu’un plan de mes meilleurs amis. J’avance pour me placer entre eux et me retrouve à quelques centimètres de Fab.

- Je t’interdis de lui parler comme ça. Tu ne sais rien d’Alex, tu l’as catalogué à la seconde où tu l’as vu, tu t’es arrêté à la première image que tu as eue de lui sans jamais chercher à connaître l’homme bon derrière la façade de playboy.

- C’est faux ! s’exclame-t-il en passant nerveusement la main dans ses cheveux. Bon sang, tu me rends dingue, je raconte n’importe quoi bordel !

Je ne peux m’empêcher de rire. Cette situation est grotesque. Tout ce plan est débile. Ma relation avec Fabian est un échec cuisant et notre amitié s’est évaporée aussi vite qu’elle est née.

- Alex, reprend Fab plus posé, tu veux bien nous laisser s’il te plait ? J’aimerais discuter avec Jo quelques minutes.

- Très bien, ronchonne Ax. Mais bouge-toi le cul, tu me gonfles !

Sans même me demander mon avis, Alex reprend le chemin de la salle de réception et me laisse en tête à tête avec mon pilote. Ce dernier s’assied sur le banc et me fait signe de le rejoindre. Evidemment, j’accours et m’installe à ses côtés…dans ses rêves ! Je me plante devant lui et croise les bras sous ma poitrine en soupirant.

- Qu’est-ce que tu veux me dire ? lui demandé-je aussi froidement que possible.

- Je ne vais pas m’excuser, j’ai souvenir d’avoir été menacé de prendre des talons aiguilles dans les yeux si je recommençais mais… Je suis carrément paumé Jo et je fais n’importe quoi avec toi. Je ne sais plus quoi faire, murmure-t-il en relevant les yeux sur moi.

- Et oui, soupiré-je. La vie n’est pas tous les jours facile, mais on ne peut pas se planquer pour rester en sécurité continuellement Fab. Parfois il faut prendre autant de risques dans la vraie vie que sur un circuit.

Fab pose ses mains sur mes hanches et m’attire entre ses cuisses avant de poser sa joue contre mon ventre. Son geste me déstabilise et je reste immobile alors qu’il soupire à son tour. Mon dieu, donnez-moi la force de résister à cet homme, je n’y arriverai jamais. Pour preuve, mon corps réagit illico, mes bras se desserrent et une de mes mains glisse dans ses cheveux avant même que je m’en rende compte, alors que l’autre se pose sur son épaule. Il resserre son étreinte autour de mes hanches.

- C’est plus facile dans une monoplace. Je maitrise le sujet. Avec toi, c’est bien plus risqué pour moi, pour toi, pour nous.

- Tu cherches encore des excuses. Quel est le risque à s’aimer ? Souffrir ? Parce que là on ne souffre pas peut-être ?

- Tu te souviens quand tu m’as dit que tu avais mis tes envies, toute ta vie de côté avec Elliott ?

- Heu… Oui je m’en souviens. Difficile d’oublier ce que j’ai vécu avec lui, dis-je en me crispant.

- Je me suis rendu compte que je pourrais tout mettre de côté pour toi Jo. Si tu me demandais d’arrêter la F1 je le ferais, si tu me demandais de quitter le sport auto, je le ferais.

Je recule brutalement d’un pas et Fab se redresse en détournant les yeux. Se rend-il compte de ce qu’il dit ?

- Mais jamais je ne te demanderais une chose pareille, tu es fou ! Je ne suis pas Elliott !

- Ah oui ? Tu en es sûre ? Malgré la trouille que tu as eu à chacun de mes accidents, tu serais prête à me voir partir encore à l’autre bout du monde pour monter dans une monoplace ?

- Mais enfin Fab ! Je… Merde ! Je t’aime, je ne pourrais jamais faire ça ! Je suis tombée amoureuse d’un homme et d’un pilote, ça fait partie de toi ! Je n’arrive pas à croire que tu me penses capable de te lancer ce genre d’ultimatum…

Fabian se lève et m’enlace étroitement en nichant son visage dans mon cou. Un frisson que je ne peux réprimer me parcourt en sentant ses lèvres s’y poser, son souffle me caresser, ses mains sur mes reins, son corps chaud contre le mien.

- Ça me fiche la trouille d’être capable de tout abandonner pour toi Ma Douce. Je ne sais pas si tu t’en rends compte mais je ne vis que pour être pilote depuis que je suis tout petit, je n’ai jamais rien voulu faire d’autre et je ne me vois pas faire autre chose.

- Et plutôt que d’en discuter, comme tu le fais maintenant, tu as préféré m’abandonner moi.

- Je… Oui, par peur que toi tu m’abandonnes en premier. Jo… Peut-être que tu acceptes ça maintenant mais… Comment ça se passera quand tu voudras des enfants ? Un père absent une partie de l’année, qui risque sa vie sur un circuit, c’est ça que tu veux pour tes enfants ?

- Bon sang Fab, ça aussi on aurait pu en discuter, m’agacé-je. J’ai vraiment l’impression que tu n’as aucune confiance en moi, je ne sais pas si tu t’en rends compte.

- Ou c’est en moi que je n’ai auc…

Je recule vivement en entendant mon prénom crié derrière moi. Dylan nous rejoint en m’apercevant.

- Oh pardon je… je ne savais pas que vous étiez tous les deux, s’excuse-t-il.

- Ce n’est rien… Un souci Dylan ?

- On va faire l’ouverture de bal et Alma veut un coup de main avec sa robe.

- Oh ! J’y vais, ris-je.

Je me retourne, l’air désolé, vers Fabian et lui souris en m’approchant. Je pose mes lèvres sur sa joue et lui murmure à l’oreille.

- Cette conversation n’est pas terminée Chaton.

Je tourne les talons et rejoins la salle avec l’impression, pour la première fois depuis un moment, qu’il y a un espoir.

****

Fabian

- Désolé Fab, je vous ai interrompu ?

- Un peu ouais, bougonné-je.

- Reste à savoir si l’interruption était une bonne chose ou pas cette fois. Je vous ai interrompu alors que vous alliez encore faire une connerie ou alors que vous preniez enfin le temps de discuter ?

- On discutait sans se sauter dessus si c’est ce que tu veux savoir.

- Merde, alors je n’aurais pas dû.

- Je ne sais pas, ce n’est pas trop mon genre de m’ouvrir et de parler de mes sentiments.

- Fabian, soupire-t-il en levant les yeux au ciel. Dans une relation il faut s’y coller. Sinon ça n’ira pas loin.

- Sauf que lui dire que j’ai la trouille n’est sans doute pas la meilleure façon de s’ouvrir.

- T’es vraiment irrécupérable gamin. Je vais rentrer, j’en ai déjà marre de t’entendre dire des conneries.

Je hausse un sourcil alors qu’il esquisse un sourire. Ouais je sais, je suis pathétique, pas besoin de me le faire remarquer. Nous retournons dans la salle et mon regard cherche instinctivement Jo, qui n’est pas là, sans doute occupée dans une autre pièce avec Alma. En revanche, je repère Alex et Donna en train de discuter. Qu’est-ce qu’il lui raconte bon sang ! Je fronce les sourcils et me dirige vers eux quand j’entends l’animateur annoncer l’ouverture de bal. Nous nous dirigeons vers la piste de danse pour y voir Dylan attendre sa femme. Alma apparaît quelques secondes plus tard, accompagnée par Jo qui tient sa traîne puis, une fois qu’elles ont rejoint Dylan, l’attache au poignet de la mariée pour qu’elle puisse danser. Jo recule et se mêle à la foule alors que la musique commence. Je me glisse à travers les invités pour la retrouver. J’ai envie, besoin de l’avoir près de moi. Je suis complètement paumé. Cette conversation tourne dans ma tête et je me dis que j’ai fait une putain de connerie. Comment puis-je ne pas avoir la trouille de monter dans une monoplace quand j’ai peur que la femme que j’aime ne m’abandonne ? Je connais Jo, je sais qu’elle me respecte et m’aime, alors pourquoi ai-je peur ?

Arrivé à sa hauteur, je me colle doucement contre son dos. Elle sursaute et se fige, vestige de sa relation avec Elliott.

- Ce n’est que moi Jo, murmuré-je contre son oreille.

Johanna acquiesce mais ne bouge pas, me donnant implicitement son autorisation. Alors je glisse un bras autour d’elle et pose ma main sur son ventre et la serrant davantage contre moi. Je la sens soupirer alors que sa main vient se poser sur la mienne et que sa tête se calle contre mon épaule. Le pied total. Bien, ne me reste plus qu’à me contrôler pour ne pas foutre en l’air ce moment de tendresse en bandant…

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Lia 53
Je frissonne quand je la vois, je ne peux pas m'en empêcher c'est plus fort que moi, cette fille m'obsède. Je peux pas m'en empêcher, je la veux pour moi et rien que moi. Je sais qu'elle m'aime, je sais qu'elle me veut, je sais ce qui est bon pour elle. Elle est à moi, pour moi. Je peux pas m'en empêcher, je ne peux pas...Je sais qu'il faut pas, que c'est pas bien mais je dois l'avoir à moi.

On utilise souvent l'expression "être dingue de quelqu'un" "être fou de l'autre"...ce récit va vous montrer le véritable sens de ces mots.

Ce récit est dérangeant, déstabilisant, il va vous faire découvrir des sensations que vous ne connaissez surement pas. Si vous êtes prêts à venir dans ma création, alors suivez-moi...


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XiscaLB
Vous avez déjà essayé le 4 mains ?
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