Chapitre 46

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Fabian

J’envoie la balle dans le panier après avoir dribblé Paolo et éclate de rire en voyant sa tête déconfite. Roberto me lance une serviette et je m’éponge le visage et la nuque avant d’aller m’affaler dans l’herbe avec mes deux amis. Nous trinquons à la bière et refaisons le monde pendant un moment, avant que je ne me lève pour aller chercher trois nouvelles boissons fraîches à la cuisine.

Heureusement qu’ils sont là. Ils l’ont toujours été et, honnêtement, je pense que sans eux j’aurais davantage plongé. Ils ont été là suite à mon accident, malgré ma colère, mon rejet. Ils l’ont encore plus été quand j’ai demandé à Jo de partir. Même s’ils n’ont pas compris ma décision, même s’ils ont tenté de me faire changer d’avis, jamais ils ne m’ont lâché. Aujourd’hui encore, après cette discussion avec Jo sur Skype il y a quinze jours, et alors que je doute de ma décision, que mon cœur voudrait lui hurler mon amour et mon besoin d’elle mais que ma raison me dit de la laisser vivre sa vie, ils sont présents. Ils ne se sont pas gênés pour me dire que je déconnais, que si nous nous aimions, le mieux était que nous soyons ensemble, que je faisais n’importe quoi. Mais après cette discussion houleuse où je n’ai pas changé d’avis, ils sont restés pour me soutenir. Nous sommes même sortis pour me changer les idées. Ils ont bien essayé de me brancher avec des filles mais elles me paraissent toutes fades en comparaison de ma belle brune. Il me faudra du temps, mais j’ai bon espoir de réussir à tourner la page un jour. En attendant, je me concentre sur la F1, sur ma famille et mes amis.

Lorsque je sors sur la terrasse avec les bières fraîches, Paolo et Roberto sont en train de discuter à voix basse. En me voyant arriver, Rob range précipitamment son téléphone portable dans la poche de son jean.

- Tout va bien ?

- Oui oui, sourit-il sans me regarder dans les yeux.

Je fronce les sourcils en me rasseyant à leurs côtés et le silence s’installe. Je les scrute tous les deux sans comprendre.

- Vous pouvez me dire ce qui se passe ?

- Rien, il ne se passe rien Fab.

- Yep. On se refait quelques paniers ? ajoute Paolo.

- Non, dites-moi bon sang ! m’énervé-je.

Roberto et Paolo se regardent un moment avant que le premier ne sorte son téléphone et qu’il ne me le tende. Je me retrouve sur le profil Instagram d’Alex, l’ami de Jo, et les trois dernières photos postées m’interpellent. La première est une photo de Jo et lui, assis côte à côte à la plage, sourire aux lèvres et les yeux dans les yeux. La légende de l’image n’est pas longue « Toi et moi riant aux éclats, c’est un tableau que je veux peindre tous les jours ». La seconde représente Jo dans une cuisine que je ne connais pas, aux fourneaux. Elle porte une petite robe bleue qui la met joliment en valeur et a de la farine sur la joue et dans ses cheveux noués en une queue de cheval haute. Il n’y a qu’un cœur comme texte en dessous et le mien se contracte douloureusement dans ma poitrine. Enfin, la dernière ne représente que deux mains enlacées mais je reconnais celle de Jo, avec le petit grain de beauté qu’elle a sur l’index gauche et une de ses bagues. La photo est accompagnée de la légende suivante « Quand on trouve une personne avec qui on est sur la même longueur d’onde, on ne la lâche plus ».

Après avoir encaissé le choc, je me rends sur le profil Instagram de Jo avec le téléphone de Rob. C’est le seul réseau social qu’elle alimente fréquemment car elle aime la photo. Il n’y a, heureusement pour ma santé mentale, aucune photo d’elle et Alex, mais certaines photos de nous deux ont disparu. En fait, toutes celles de nous qui montraient notre complicité ont disparu. J’abandonne l’application pour ouvrir le Facebook de Rob. Je sais qu’il est ami avec eux sur ce réseau et je file sur le compte d’Alex, où je découvre une nouvelle photo de profil. Je ne vais pas souvent sur les réseaux sociaux, alors je ne l’avais pas remarquée. C’est une photo de Jo qui l’embrasse sur la joue alors qu’il la serre contre lui dans ce qui semble être une boîte de nuit. Je fais défiler son profil et ne trouve rien d’autre, alors je me rends sur le profil de Johanna pour le parcourir également. Elle n’y a rien publié, mais elle est identifiée sur plusieurs photos qui doivent avoir eu lieu la même soirée. On la voit danser avec Alex, rire et sourire, puis la dernière photo la montre assise sur ses genoux. Le sol s’ouvre sous moi quand je me rends compte que je l’ai définitivement perdue. Alex et Jo ont toujours été proches, mais je ne pensais pas qu’il pourrait se passer quelque chose entre eux.

Je rends à Roberto son téléphone et me lève pour rentrer. Je n’ai plus envie de parler, plus envie de rire ou de passer du temps avec mes amis, j’ai juste envie d’être seul et de ruminer comme le con que je suis. J’ai perdu Jo. C’est ce que je voulais non ? Qu’elle trouve quelqu’un qui puisse lui offrir ce que moi je ne peux pas lui offrir. Mais ça fait un mal de chien.

****

Je passe les jours suivants à épier les réseaux sociaux comme un putain de psychopathe. Alex alimente beaucoup ses réseaux et les photos de Jo et lui se multiplient. Ils passent leur temps libre ensemble. Je pourrais les trouver mignons tous les deux si je ne crevais pas de jalousie à l’idée qu’Alex pose ses mains sur ma femme. Ma femme… Non, j’ai perdu le droit de l’appeler ainsi depuis bien longtemps. Les gars m’ont secoué les puces et tentent de me convaincre de reconquérir Jo et honnêtement, je ne suis pas loin de craquer. Je tiens bon, pour son bien, ou pour le mien ? Je me questionne de plus en plus sur ce que j’ai fait. Est-ce que j’agis égoïstement ? Est-ce que je me protège davantage que je ne la protège elle ? Je me prends constamment la tête avec tout ça.

J’appréhende énormément le mariage d’Alma et Dylan dans une quinzaine. La voir, encore, sans pouvoir la toucher, ou risquer de craquer une fois de plus et fissurer ma carapace, je ne sais pas ce qui sera la pire. Dylan m’a expliqué en détail son mariage, il est enjoué comme un gamin à quelques jours de Noël qui te montre sa liste de cadeaux demandée au Père Noël… J’ai eu droit aux photos de la décoration, aux essais pour son costume, et il m’a également montré les robes réservées aux demoiselles d’honneur ainsi que celle de sa témoin. Je pense ne pas m’en remettre de voir Johanna dans la robe qui est prévue pour elle… Mon entre-jambe se réveille rien que d’imaginer la scène.

Le seul moment où tout est relégué au second plan, c’est lorsque je suis dans ma monoplace. La course reste la seule constante de ma vie. Ma passion me permet de ne pas devenir dingue. Sans elle, j’aurais déjà pété les plombs.

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