Chapitre 45

7 minutes de lecture

Johanna

Jo :

Fab.. Je suis désolée d’avoir agi comme ça.

J’efface et recommence un, deux, puis trois messages avant de balancer mon téléphone sur le canapé à mes côtés en soupirant.

- Arrête de te prendre la tête avec ça, lui aussi a joué à ce petit jeu, c’est lui qui a commencé !

- Et c’est très mature de lui rendre la pareille, évidemment.

- Tu te prends vraiment le chou pour des conneries ma belle.

- Morgane, J’ai couché avec lui parce que je le voulais, pas pour me jouer de lui. Je pense à lui tout le temps, c’est épuisant !

- Jo, soupire-t-elle. Je sais que c’est compliqué et honnêtement, je ne comprends pas la décision de Fab. Mais à moins d’échafauder un plan pour que vous vous remettiez ensemble, il ne fera pas le premier pas je pense. Alors, soit tu te bouges pour le reconquérir, soit tu tournes la page et basta.

Je me lève et arpente mon salon en bougonnant. Morgane ne comprend décidemment pas combien c’est difficile pour moi de passer à autre chose. Je sais à quoi joue Fabian, j’ai compris qu’il me tenait à distance volontairement. Je l’ai compris quand il était au plus bas et l’ai respecté, mais aujourd’hui il va mieux, alors pourquoi poursuivre dans cette voie ? J’ai juste envie de le secouer et de lui rappeler comme nous étions bien ensemble.

Alors que je continue à me morfondre dans mes pensées, j’entends Morgane éclater de rire. Je me retourne vers elle, interloquée et quelque peu vexée de l’entendre ainsi s’esclaffer alors que, depuis que j’ai quitté Fab à l’anniversaire de notre ami commun il y a trois jours, je n’arrête pas de pleurer de manière totalement incontrôlée. Quand je dis que je suis pathétique… Je ne mens pas.

- Tu peux m’expliquer ce qui te fait rire ?

- Heu… Je crois qu’on a un plan pour faire revenir ton pilote dans ton lit, dit-elle en hoquetant encore.

- Ah oui ? Vas-y, moi aussi je veux rire, ça me changera…

- Alex.

- Quoi Alex ?

- Il se propose de jouer ton faux petit-ami.

- Quoi ?! Mais ça va pas ? m’insurgé-je.

- Réfléchis Jo ! Comment le faire revenir ? En le rendant jaloux ! S’il est encore amoureux, comme tu le penses et comme honnêtement je le pense aussi, il va vouloir te récupérer. S’il ne le fait pas… C’est que nous nous serons trompées toutes les deux.

Mon cœur se serre à l’idée que Fab pourrait ne plus m’aimer. Je ne peux pas y croire. Je la vois encore dans ses yeux, cette lueur qui n’est destinée qu’à moi, ce regard tendre et protecteur. Il faut vraiment que j’arrête de ressasser et que je me bouge pour récupérer mon homme.

- C’est toi qui as eu cette idée ?

- Non, c’est Alex lui-même. Il dit être prêt à se sacrifier corps et âme pour que tu arrêtes de pleurnicher.

- Quel petit con…

- Ouais, un petit con prêt à t’aider ma belle.

- Je… je ne sais pas. Je ne pense pas que ce soit une bonne idée Momo.

- Qu’est-ce que tu risques ?

- De l’éloigner définitivement parce qu’il pensera que j’ai tourné la page ? Et puis, je déteste mentir, tu le sais ! Et… jouer la comédie c’est tellement puéril !

- Jo ! m’interpelle-t-elle en se levant pour se poster devant moi. Te tenir éloignée de lui pour se protéger c’est puéril. Se servir de toi pour baiser quand il te voit et fuir, c’est puéril. Mettre tout en œuvre pour récupérer ton pilote, c’est ce qu’il y a de moins puéril dans le puéril de votre relation.

Je reprends mes allers et retours dans le salon en réfléchissant un moment. Je trouve cette idée stupide. Je n’ai jamais cherché à rendre Fab jaloux et je ne vois pas pourquoi je commencerais aujourd’hui. Cependant, je repense aux photos publiées à droite et à gauche sur le net de Fab avec cette mannequin et je ressens encore la jalousie qui s’est emparée de moi en les voyant. Alors l’idée qu’il souffre comme moi j’ai souffert en les découvrant, qu’il puisse ressentir ne serait-ce qu’un dixième de ce que moi j’ai pu ressentir, me fait envie. Ce n’est absolument pas mon genre de faire ça, mais s’il faut en passer par là pour le récupérer, peut-être que ça en vaut la peine.

- Très bien mais… Avant je dois discuter avec lui. Je ne peux pas faire ça si je ne suis pas certaine qu’il ne soit pas en train de reconsidérer les choses après les derniers évènements.

- Deal !

****

J’ai donné rendez-vous à Fabian sur Skype en début de soirée. J’ai besoin de voir son visage, de lire sur ses traits pour être sûre de moi. Il m’a répondu qu’il serait là mais j’hésite encore. Après mon comportement à l’anniversaire de Paolo, je ne sais pas trop dans quelles conditions il sera et, de mon côté, j’ai vraiment honte d’avoir agi ainsi.

Je récupère mon café, passe devant le miroir pour vérifier que tout est en ordre entre ma tignasse et mon semblant de maquillage et m’installe à mon bureau avant de me connecter. Fab est en ligne et, après avoir hésité encore un instant, je lance l’appel. Il répond immédiatement et je le découvre dans une chambre d’hôtel, assis sur son lit. Ses cheveux sont humides et dans tous les sens, et son tee-shirt blanc à col en V laisse apparaître quelques poils sur le haut de son torse. Je me morigène d’avoir immédiatement envie de me lover contre lui, de glisser ma main dans ses cheveux, de l’embrasser. On se reprend Jo !

- Salut, lui dis-je timidement en souriant.

- Salut Jo, me répond-il en souriant. Tu vas bien ?

- Oui, pas mal… Et toi ?

Fab acquiesce de la tête puis demande à la personne qui fait du bruit de l’autre côté de sa chambre de sortir. Je tente de garder un visage impassible mais une pointe de jalousie me traverse en me demandant s’il s’agit d’une femme.

- Dylan est un vrai emmerdeur, soupire-t-il, répondant à mon interrogation comme s’il avait deviné mes pensées.

- On ne le changera pas… Ecoute Fab, si je voulais qu’on se parle c’est pour… enfin, je voulais te dire que je suis désolée pour l’autre jour. Je n’aurais pas dû agir comme ça, ce n’est pas moi et tu mérites…

- Jo stop ! me coupe-t-il. Arrête de t’excuser… Je ne t’en veux pas d’accord ? Comment je pourrais t’en vouloir après ce que moi j’ai fait ?

Je soupire et lui souris timidement avant de boire une gorgée de café pour me donner du temps. Il faut que j’organise mes pensées et que je réfléchisse bien à ce que je vais lui dire. Bizarrement, toute l’assurance que j’avais en répétant devant mon miroir ce matin s’est envolée au fil des minutes qui me rapprochaient de cet appel.

- On forme un sacré duo de boulets, soupiré-je en reposant ma tasse à côté de mon ordinateur.

- Ouais… ça tu l’as dit.

Je laisse passer un temps durant lequel lui comme moi restons silencieux, comme perdus dans nos pensées sans pour autant quitter nos écrans des yeux. C’est bon de le voir. Ça fait aussi mal que plaisir en réalité. J’inspire profondément et ferme les yeux une seconde pour me reprendre.

- Tu me manques Fab… Je sais que je devrais passer à autre chose après tout ce temps mais… c’est difficile.

Mon pilote passe sa main dans ses cheveux et se frotte la nuque, signe qu’il est mal à l’aise. Immédiatement, je me demande pourquoi il est ainsi. Est-ce parce que lui ne ressent plus la même chose pour moi ? Qu’il est passé à autre chose ? Ou est-ce parce qu’il lutte contre ses sentiments et que me voir aussi honnête avec lui le déstabilise ?

- Jo… commence-t-il avant de soupirer. Tu me manques aussi mais… C’est mieux comme ça.

- Je ne vois pas en quoi, honnêtement.

- Je sais. Tout est tellement compliqué Jo…

- C’est toi qui compliques tout Fab.

- Non, la situation est compliquée. L’éloignement, l’absence, les courses, le danger. Je ne veux plus te faire subir tout ça.

- Fab ! m’énervé-je. Qu’est-ce que tu m’agaces quand tu décides pour deux ! Je suis une grande fille, je ne subis rien, j’ai choisi aussi cette situation.

- Non, je te l’impose…

- Fabian… J’ai trop subi pour que ça continue. Effectivement ton train de vie est lourd et oui, parfois c’est pesant, mais si c’était insupportable je serais partie de moi-même. Je suis restée en connaissance de cause. Fab… soupiré-je. Dis-moi que tu ne m’aimes plus… Dis-le-moi si c’est le cas, je pourrai l’entendre et je respecterai ton choix si tel est le cas.

Fab détourne le regard, se perdant dans ses pensées un moment qui semble durer des heures pour moi, pour mon cœur et mon âme avant de murmurer :

- Je ne peux pas te dire ça…

Je souffle, inconsciente que j’avais bloqué ma respiration en attendant sa réponse. S’il m’aime encore, tout n’est pas perdu. Je dois juste le convaincre d’arrêter de se protéger, de vouloir me protéger alors qu’il fait plus de mal qu’autre chose.

- Mais ça ne change rien. C’est…c’est parce que je t’aime que j’arrête les dégâts.

- Mais quels dégâts merde ?!

- Je dois y aller Jo… Je t’embrasse. On se voit au mariage de Dylan et Alma.

- Fab … !

Il a raccroché avant que je ne puisse lui répondre. Bordel ! Agacée, désemparée, frustrée et triste, je prends mon téléphone et envoie un message à Morgane. Quatre petits mots. Quel est le plan ?

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Lia 53
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