Chapitre 43

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Johanna

Je suis en réunion depuis une heure quand je sens mon téléphone vibrer dans la poche arrière de mon jean. Je fais le choix de ne pas le sortir, je déteste lorsque mon interlocuteur, en réunion, sort son téléphone et ne m’écoute plus que d’une oreille. D’un autre côté, entendre mon chef de service nous reprendre car nous ne sommes, apparemment, pas assez rigoureux dans notre travail administratif me gonfle au plus haut point. Nous devons de plus en plus être sur l'ordinateur et rédiger bon nombre d'écrits, de projets, gérer de plus en plus de choses, sans jamais avoir assez de temps pour le faire. Bref, je m'égare...

La vibration s’arrête puis reprend de plus belle. Ce n’est pas ma mère, elle est assise quelques places à côté de moi. Mon frère sait que je suis en réunion, il ne m’appellerait pas. Ma curiosité monte en flèche. Je jette un œil à la pendule au-dessus de la tête de mon chef. Je sais qu’il y a des essais libres ce matin, mais ils n’ont pas encore débuté. Après une nouvelle salve de vibrations, le calme se fait dans ma poche durant quelques secondes. J’en suis à quatre appels. L’inactivité de mon téléphone est plus longue cette fois, mais il s’affole à nouveau. Un appel, deux, puis trois et s’en est trop pour moi. Je le sors aussi discrètement que possible sous la table et le consulte. Quatre appels de Fabian, trois de Peter. Je me lève en m’excusant et sors de la salle de réunion. Fab ? Pet’ ? Je n’ai pas le temps de me poser la question qu’un nouvel appel de Peter s’affiche.

- Allo ?

- Jo, salut.

- Salut Pet’. Tout va bien ?

- J’ai besoin de toi.

Simple, clair et concis, c’est tout Peter. Et ma curiosité maladive grimpe encore d’un cran à sa révélation, plutôt que d'envoyer bouler le team Almagro, qui ne se préoccupe plus vraiment de moi, même si nous prenons de temps à autres des nouvelles.

- Qu’est-ce qui se passe ?

- Fab a besoin de te parler.

- A quel sujet ?

- Aucune idée. Enfin, il ne m’a rien dit mais… Je te jure Jo, il est dix fois pire que d’habitude, totalement renfermé sur lui-même. Il n’est pas d’accord avec les premiers réglages proposés alors qu’ils correspondent à ceux de Giani l’an dernier dans les mêmes conditions. Il a demandé à ce qu’on ajoute de l’aileron au maximum à l’avant et à l’arrière.

Je l’entends se déplacer alors que mon cerveau carbure. Un maximum d’aileron signifie une vitesse réduite. Fabian a peur. Oh mon dieu, Fabian a la trouille de conduire. Ça c’est un choc. Peter reprend tout bas.

- Entre nous, je crois qu’il flippe de remonter dans la voiture, Jo.

- Je vois…

Je ne sais pas quoi répondre de plus. Que veut-il que je puisse faire ? Moi aussi je flipperais, mille fois plus sans doute, si je devais remonter dans une voiture de course à peine deux semaines après avoir eu un accident pareil.

- Passe-le-moi si tu veux, mais je ne vois pas ce que je pourrais faire.

- Merci Jo. J’ai vu qu’il hésitait à t’appeler et tu n’as pas répondu lorsqu’il l’a fait, désolé de te mettre dans cette situation.

- Pas grave Pet’, ce n’est pas ta faute.

Je m’éloigne dans le couloir, à la recherche d’un coin tranquille alors que j’entends dans le combiné que Peter entre dans une pièce. Il murmure je ne sais quoi à quelqu’un que j’imagine être Fab puis j’entends des grésillements avant de frissonner au son de la voix de Fabian.

- Jo…

J’entre dans une pièce qui sert de salle de repos, et où on n'a jamais le temps d'aller, après m’être assurée qu’elle est vide et m’assieds sur le bord de la table qui s’y trouve.

- Fab…

Que dire de plus ? Je l’entends soupirer au bout du fil et mon cœur se serre. Fabian reste silencieux, de ces silences plus angoissants qu’apaisants. Je cherche mes mots, ne sachant comment aborder les choses pour ne pas le brusquer.

- Est-ce que tout va bien Fab ?

- Non.

Ok. Très taciturne mon pilote. Est-ce que c’est anormal ? Pas vraiment. Est-ce que cela m’inquiète là tout de suite ? Evidemment.

- Qu’est-ce que je peux faire pour toi ?

- Honnêtement, je ne sais pas…

- Ok…

- …

- Fabian… Est-ce que tu as peur ?

- Je n’ai pas peur Jo ! Enfin… pas vraiment. Je n’en sais rien. Si, j’ai peur. Un peu…

- Tu es doué Fab. Le premier tour est une balade, un tour de reconnaissance. Il ne peut rien t’arriver hormis si c’est toi qui merdes. Et tu ne merdes pas, jamais. Alors tout va bien se passer.

- Mais ensuite, ce n’est plus de la reconnaissance.

- Ensuite tu auras retrouvé ton bébé, tes sensations, ta hargne, ta rage de vaincre et ta confiance. Alors ce sera facile.

- Jo…

J’ai l’impression d’entendre une supplique dans sa voix. Savoir que Fabian doute de lui en tant que pilote me touche beaucoup. Fab c’est l’assurance totale dès qu’il est en mode pilote alors j’ai du mal à comprendre et surtout à trouver mes mots.

- Comment tu as fait la dernière fois ? Enfin… Après ton accident précédent ?

- Je ne sais pas… J’avais tellement envie de reprendre la course, je me suis battu pendant des mois pour ça alors je pense que l’attente m’a permis de mettre de côté le sentiment de…peur.

Le mot peur a du mal à sortir de sa bouche. Ça je le comprends. Un pilote n’avoue jamais qu’il a peur. La peur n’a pas sa place dans un baquet de Formule 1.

- L’appréhension est normale. Tu as morflé et galéré pour revenir au plus haut niveau et poursuivre ton rêve. Tu sais ce que ça coûte d’être accidenté et blessé. Pour autant tu as réussi à revenir et gagné en maturité. Fab, je sais que c’est en les autres que tu n’as pas confiance sur la piste, que ça n’a rien à voir avec la confiance en toi. Tu as confiance en toi et tu ne peux pas tout contrôler, et par là j’entends que tu ne peux pas contrôler les autres pilotes et leurs réactions. Tu sais… Je crois que tu vis en ce moment ce que tes proches vivent chaque week-end. Ils savent ce que tu vaux, ont confiance en toi mais pas en les autres. On vit ça à chaque fois que tu prends la piste mais il nous suffit de te regarder piloter pour oublier et profiter du spectacle que tu nous offres. Je suis sûre que tout va bien se passer Chaton.

Le silence est total à l’autre bout du fil et je me morigène d’avoir utilisé le petit nom que je lui donnais lorsque nous étions ensemble, et pour m’être inclue dans la qualification de « ses proches ». Je ne sais pas quoi ajouter et j’ai peur que de toute façon, Fabian ne se soit renfermé totalement en l’entendant.

- Merci, Ma Douce.

L’utilisation de ce petit nom me rend fébrile et me rappelle bien des souvenirs. Je ferme les yeux et savoure ce silence qui cette fois ne semble pas être un de ces silences gênants, juste une communion de nos souvenirs, du nous qui a existé et de cette amitié qui tente de renaître malgré la douleur de la fin d’un couple.

Fabian rit doucement et je me surprends à sourire, appréciant grandement d’entendre à nouveau cette douce mélodie.

- Faut que j’y aille Jo. Merci, merci pour tout. Je…

Il s’arrête de parler avant de terminer sa phrase mais la douceur et la tendresse de sa voix me laissent espérer les mots qui auraient pu sortir de sa bouche.

- A bientôt Jo.

- A bientôt Fab.

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