Chapitre 42

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Johanna

Allez Jo, un pied devant l’autre. Fab ne vient pas de t’arracher le cœur et de le jeter du premier étage. Pourquoi je me fais avoir à chaque fois ? Dès qu’il pose ses mains sur moi, c’est comme s’il court-circuitait mon cerveau et que mon corps prenait les commandes. Je suis une poupée de chiffon à laquelle il peut faire tout ce qu’il veut. Sérieusement, je m’attendais à quoi avec cette partie de jambes en l’air, à ce qu’il revienne avec moi ? Peut-être… Au moins, j’espérais qu’il ne me traite pas comme il l’a fait. Se faire rejeter ainsi, bordel. Encore son putain de « désolé » qui me donne envie de devenir violente.

J’essuie mes larmes en descendant les marches. J’en ai assez de pleurer pour lui, je n’en peux plus de ces émotions exacerbées par mes sentiments pour cet homme. Bref, il faut que je retrouve le groupe. La journée n’est pas terminée, j’ai un boulot et c’est tout ce qui me reste ces derniers temps pour tenir le coup. Je suis surprise de les trouver au rez-de-chaussée. Je ne pensais pas qu’ils seraient déjà arrivés. La course est donc terminée, et je n’en ai pas vu grand-chose. Tant pis… Cette journée est de toute façon un échec cuisant de plus à ajouter sur mon compte. Cora me regarde en fronçant les sourcils. Je prends note, ma tête doit faire vraiment peur. J’inspire profondément et m’essuie une nouvelle fois les yeux et les joues en les rejoignant.

- Jo ! Fabian va bien ? me demande Flore, l’une des seules filles du groupe.

Tout le groupe de jeunes, ainsi que mes collègues, arrêtent de parler. Ils semblent pendus à mes lèvres. Moi j’ai encore la gorge nouée et je ne sais pas si c’est dû à la peur de l’accident ou au rejet dont je viens d’être victime. Je force un sourire et emploie ma voix la plus rassurante.

- Il va bien oui… Le choc a été brutal, il devrait avoir des courbatures demain mais les médecins disent qu’il n’a rien de cassé.

Je leur passe le discours sur les bleus et le possible trauma psychologique dû à un accident, inutile d’en rajouter. Certains parents vont déjà nous tuer pour avoir laissé leur enfant assister à un accident de cette envergure. Même ma hiérarchie pourrait s’y mettre mais bon, la course automobile c’est aussi ce risque.

- Est-ce qu’on va pouvoir le voir avant de partir ? questionne Zack, le plus jeune du groupe.

- Je ne sais pas quand il compte descendre, murmuré-je, partagée entre l’idée que je n’ai pas forcément envie de le recroiser et celle qu’il faut que les ados le voient pour être rassurés.

- Tu peux pas aller le chercher Jo ? me demande-t-il.

Je regarde ma montre et grimace. Il ne va pas trop falloir tarder. Nous avons déjà chargé les bagages dans nos mini-bus pour gagner du temps mais la sortie du parking du circuit va nous prendre un temps fou.

- Il ne faut pas tarder, vous allez encore ronchonner à cause des bouchons.

Je soupire en voyant leurs regards suppliants, jusqu’à ce que leurs yeux se déportent derrière moi et qu’ils se lèvent brusquement. J’inspire profondément en comprenant que Fab est descendu et je rejoins Cora.

- Je vais fumer une cigarette avant qu’on parte.

Elle acquiesce et j’ose un regard à Fab, qui semble surpris que nous soyons là. Et oui, tu pensais t’en tirer sans retomber sur moi hein ? Raté mon lapin, je suis encore là. Nos regards se croisent et je soutiens le sien. J’essaie d’avoir l’air détaché, froid sans pour autant lui lancer un regard noir ; mais je me retrouve déstabilisée par son propre regard. Il semble désolé et mal à l’aise. Tant mieux. Je sors du bâtiment et m’installe sur une chaise devant l’hospitalité, dos aux baies vitrées en allumant ma cigarette. Je suis rejoint par Gianni qui s’installe face à moi.

- Tu vas bien ?

- Oui ça va, lui souris-je. Et toi ?

- Ouais. Ça m’énerve d’avoir abandonné mais bon, ça pourrait être pire.

- Je ne savais pas que tu avais abandonné, désolée.

- T’inquiète, je comprends. Alors, Fabian et toi, c’est reparti ?

J’éclate de rire, incapable de me contrôler. Est-ce que Fab et moi c’est reparti ? Assurément que non. Je n’en reviens pas d’avoir cédé ainsi. Bon sang je m’en veux ! Je dois avoir l’air totalement folle, prise dans mon fou-rire et tente de me calmer.

- Non, lui et moi ne sommes plus ensemble.

- Quel crétin, soupire-t-il.

- Pardon ?

Gianni s’approche de la table, y pose ses coudes et soutient mon regard. Je sais que je lui plais, il n’a jamais été très discret, au grand dam de Fabian qui était plus jaloux quand j’étais près de lui sur un circuit que quand nous étions éloignés par des milliers de kilomètres. Cependant, bien que je l’apprécie, je n’ai aucune envie qu’il y ait davantage que ce semblant d’amitié, de complicité entre lui et moi. J’ai toujours maintenu une certaine distance entre nous, par respect pour mon homme et pour ne pas envoyer de signaux contraires à Gianni, même involontairement.

- Rien, laisse tomber. Je n’ai toujours aucune chance n’est-ce pas ?

Ma moue désolée doit être suffisamment parlante car il soupire et se lève. Il s’approche de moi, se penche et m’embrasse sur le dessus du crâne. Je ne peux retenir la réaction de mon corps, je me crispe en sentant son souffle sur mon cuir chevelu. Il y a quelques minutes, c’est le souffle de Fab que je sentais dans mon cou, sa chaleur contre mon corps, et ça me manque déjà beaucoup trop pour ma santé mentale.

- Si un jour tu changes d’avis, tu sais où me trouver Jo.

Je lui souris timidement et détourne les yeux pour tirer sur ma cigarette. Je songe à changer de bord. Pourquoi ne pas devenir lesbienne ? Je suis sûre que mon cœur en souffrirait moins. Est-ce que les femmes sont aussi stupides que les hommes ? Aussi enclines à faire du mal à leur partenaire ? Bon, je sais, ne me chamaillez pas, on ne devient pas lesbienne par choix et bien que je sois capable de dire qu’une femme est belle, je ne suis pas attirée par elle pour autant. J’écrase ma cigarette et rentre dans l’hospitalité à la suite de Gianni. J’évite sciemment le regard de Fab qui n’a sans doute pas raté le geste de tendresse de l’italien et j’éprouve un plaisir coupable à voir que ça l’a agacé.

- Il faut qu’on y aille les loulous, c’est l’heure, dis-je suffisamment fort pour couvrir les bruits de conversation du groupe.

Les jeunes se tournent vers les pilotes et vont les saluer. Moi je m’approche de Peter et accepte volontiers de me glisser entre ses bras lorsqu’il les ouvre devant moi. En perdant Fabian, j’ai aussi perdu tout son entourage. Beaucoup me manquent énormément. Même ses parents, oui oui même Anastasia ! Dylan me serre à son tour dans ses bras et je lui dis d’embrasser Alma pour moi. Nous nous sommes revues elle et moi, Alma est venue passer quelques jours chez moi plusieurs fois, après que j’ai trouvé une petite maison près de mon boulot et que j’ai quitté de nouveau le nid familial. Dylan et elle vivant à Paris, c’est plus facile de se voir qu’avec les autres. Et puis, ils étaient tous de l’entourage de Fab alors c’est un peu compliqué de chercher à se voir maintenant que lui et moi ne sommes plus ensemble. Concernant Alma, c’est un peu différent. Nous l’avons rencontrée en même temps et elle et moi sommes vraiment devenues amies. Elle m’a d’ailleurs demandé d’être son témoin de mariage, et j’ai volontiers accepté. Je suis en train d’organiser son enterrement de vie de jeune fille avec une de ses demoiselles d’honneur et, bien que je sois un peu paumée dans ce genre d’évènement je trouve ça sympathique et j’ai hâte de passer du temps avec elle et ses amies.

- Allez, on y va les jeunes.

Lorsque je me retourne vers Fab et lui fais un signe de tête pour lui dire au revoir en entrainant le groupe vers l’extérieur, mon cœur se serre douloureusement dans ma poitrine.

- Attends Jo, m’interpelle-t-il suffisamment fort pour que tout le monde l’entende et que je ne puisse l’éconduire.

Je soupire, fais signe à mes collègues que j’arrive et le rejoins au fond de l’hospitalité. Son visage est marqué par l’accident. Pas de bleus, pas de sang, merci le casque, mais ses yeux sont fatigués, son visage encore crispé. Je me plante devant lui avec la ferme intention de faire au plus vite et de ne pas me laisser submerger par les émotions.

- Quoi ? dis-je plus froidement que je ne le pensais.

- Je sais que tu ne veux pas que je m’excuse mais… Je ne sais pas ce qui m’a pris. Jamais je n’aurais dû te sauter dessus comme ça pour de mauvaises raisons.

- Ça va Fab, ce n’est pas comme si je t’avais repoussé, avoué-je alors que j’avais sans doute autant envie de lui qu’inversement.

- Même… C’était déplacé et… tellement pas moi.

Ses sourcils se froncent davantage et je ne contrôle pas ma main qui se lève à hauteur de son visage pour venir effacer cette ride du lion du bout du doigt.

- C’est bon, je t’assure. Je… J’avais besoin de te voir et de m’assurer que tu allais bien, et tu vas bien, je peux en attester.

Je lui souris timidement et l’embrasse sur la joue. Son odeur envahit mon espace et je me retiens d’inspirer comme une droguée ce parfum boisé et floral que j’aime tant.

- Prends soin de toi, tu veux ? Pour toi, mais aussi pour les autres. Tout le monde a suffisamment morflé avec ton accident l’an dernier, même si c’est toi qui as souffert physiquement.

- Je sais Jo, j’ai eu bien le temps de le constater, soupire-t-il en posant sa main sur ma joue. Prends soin de toi aussi. Pour toi. C’est bien de s’occuper des autres mais tu mérites d’être heureuse et pour ça tu dois aussi t’occuper de toi.

Il m’embrasse sur le front et laisse ses lèvres contre lui un moment alors que je papillonne des yeux pour éviter de laisser couler les larmes qui menacent. Prendre soin de moi alors que je souffre chaque jour de son absence et que je n’arrive à tenir que parce que je m’occupe des autres ? Je ne sais pas comment faire. Et je me déteste d’être aussi dépendante de lui, aussi faible sentimentalement parlant depuis que je suis de retour chez moi. Je le déteste de créer ce sentiment de besoin, de manque, de tristesse et ce goût amer que j’ai en bouche chaque fois que je pense au fait qu’il m’a quittée.

Je soupire et recule avant de me laisser submerger, détourne le regard et sors de l’hospitalité pour rejoindre ma vie, celle qui me maintient à flot et me permet de remonter la pente. Pente que j’ai redescendue en roulé-boulé en retrouvant Fab l’espace de quelques jours et surtout cet après-midi. Car il me sera difficile d’effacer ces sensations retrouvées de mon esprit, de mon corps. Son odeur est imprégnée sur mon tee-shirt, je peux encore sentir ses mains sur ma peau, son corps imbriqué dans le mien, son souffle dans mon cou. Retour à la case départ Jo !

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Lia 53
Je frissonne quand je la vois, je ne peux pas m'en empêcher c'est plus fort que moi, cette fille m'obsède. Je peux pas m'en empêcher, je la veux pour moi et rien que moi. Je sais qu'elle m'aime, je sais qu'elle me veut, je sais ce qui est bon pour elle. Elle est à moi, pour moi. Je peux pas m'en empêcher, je ne peux pas...Je sais qu'il faut pas, que c'est pas bien mais je dois l'avoir à moi.

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XiscaLB
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