Chapitre 40

10 minutes de lecture

Juillet 2019

Johanna

Qu’est-ce que je fous là ?

Voulez-vous bien me dire pourquoi cette année, nous avons organisé nos sept jours de « vacances » avec le groupe d’internat de jeunes avec qui je bosse, en Allemagne au mois de Juillet ? Expliquez-moi pourquoi, au lieu de cinq petits jours en bordure de mer, en Bretagne voire en Loire-Atlantique, comme on a tous l’habitude de le faire au taff, question de budget, de confort et de paysage, on se retrouve dans les bouchons, au beau milieu de milliers d’allemands avec des casquettes et maillots divers, Ferrari, McLaren, Renault et compagnie ?

Je vous explique, puisque vous ne pouvez pas savoir : Même en n’étant plus avec Fabian (8 putains de mois…) mes collègues hommes, amateurs de course auto, m’ont poussée au popotin pour organiser un séjour en lien avec la Formule 1. Et quand ils ont été suffisamment fourbes pour demander à un groupe de 13 adolescents, dont 8 garçons, s’ils préféraient le Futuroscope ou une course de F1, devinez le vote récolté à la majorité ? Ouais… Je me suis retrouvée à téléphoner à Dylan, que je n’avais pas vu depuis plusieurs mois, pour lui demander s’il lui était possible d'organiser ça. J’aurais bien demandé à Fabian, mais 1) Il ne répondait pas à mes messages et appels à l’époque et 2) Quand on a commencé à organiser ça, il était encore en rééducation. Ah, et 3) Je sais qu’on n’est plus ensemble mais est-ce que tu pourrais nous accueillir pour un grand prix ? Eventuellement payer l’hôtel ? Ouais je sais j’abuse mais j’ai des collègues fourbes. Oui oui, j’inclus Samuel, tu sais celui qui me drague tout le temps et qui te faisait criser à distance. Non je ne couche pas avec lui. Oui je sais tu t’en fous mais je crois que je devais te le dire quand même. Pour te rendre jaloux ? Nooooon (Siiii. Ça marche ? Pitié dis-moi que ça marche…) Bref, je divague puissance mille, excusez-moi. Le célibat me rend encore plus dingue… Ou peut-être que c’est le manque de sexe ? Je n’en sais rien franchement, mais la traversée du désert commence à être difficile, je crois que je frôle la déshydratation.

Fabian m’a appelé il y a trois semaines. Apparemment tout cela était resté secret le plus longtemps possible au sein de l’écurie. C’était la première fois qu’il m’appelait et, bêtement, mon petit cœur a raté quelques battements et j’ai prié pour qu’il ait envie que l’on se revoie. J’ai vite déchanté.

- C’est quoi cette connerie ?

Oui oui, Fabian peut attaquer comme ça une conversation, ce qui n’augure rien de bon. Je n’y ai eu droit qu’une poignée de fois, généralement ses appels téléphoniques avec moi étaient plus doux et sensuels que désagréables.

- Plaît-il ?

- Ne te fous pas de moi Jo. Pourquoi tu ne m’as rien dit ?

- Heu… Peut-être que si tu répondais au téléphone, j’aurais eu l’occasion de te le dire ?

- Et quand on s’est vu, tu aurais pu m’en parler.

- Ouais, non, en fait ce n’était pas vraiment le moment puisque tu disais au revoir à ta grand-mère, tu vois ?

- Fait chier Jo, j’ai autre chose à faire que de t’avoir dans les pattes pendant tout un week-end.

Aïe. Vous l’avez entendu, mon cœur qui s’écrase au sol et le bruit de la semelle de chaussure de Fabian qui l’écrase brutalement ? Parce que moi je l’ai senti dans ma poitrine. Puissamment, brutalement.

- T’inquiète pas, on sera essentiellement avec ton coéquipier. Je n’ai aucune intention d’être dans tes pattes, ai-je répondu froidement.

- Jo… Ce n’est pas ce que je voulais dire mais… C’est dur pour moi aussi, ok ?

- Oh je n’en doute pas, ce doit être très dur de jeter une petite éduc à la vie ennuyeuse pour sortir avec une mannequin brésilienne quelques mois plus tard.

Oui, vous avez bien lu. J’ai vu la semaine dernière des photos de Fab sur le net, au bras d’une putain de mannequin plus grande que lui, à la jupe plus courte qu’une nuisette, au seins plus faux qu’une reproduction d’un Picasso par un gamin de six ans, et plus gros qu’une montgolfière. Non je n’en rajoute pas, non je ne suis pas jalouse, non je ne rêve pas de percer ses deux prothèses. Et non je n’espionne pas ses moindres faits et gestes sur le net. Oui je suis une menteuse. Bref, les mots m’ont échappé, tranchants et amers. Si tu pensais que tout cela était déjà du passé pour moi Fab, voilà la preuve que j’ai encore mal à en crever.

- Je ne sors pas avec Tayna, Jo, a-t-il dit doucement.

- Je m’en fous. Tu fais bien ce que tu veux. Toujours est-il que je viens en Allemagne avec mon groupe et mes collègues. Et si tu n’es pas content, plains-toi à ton écurie, qui voit encore une jolie pub au fait d’accueillir des ados déficients intellectuels.

- Ridicule…

- On prend ce qu’on peut. A dans 3 semaines Fabian.

Et j’ai raccroché illico, mi en colère, mi dépressive.

Bref ! Une nouvelle fois, nous sommes très bien accueillis par le team Renault. Après avoir déposé nos affaires dans le superbe hôtel qu’on ne paie pas, nous avons passé une nuit bien reposante pour tout le monde ou presque. Ouais, j’ai eu du mal à m’endormir en sachant que mon ex, et ça fait toujours aussi mal de l’appeler comme ça, dormait (peut-être avec sa pouffiasse. Oui je sais je suis méchante) dans une chambre de ce même hôtel. Nous avons été accueillis sur le circuit par Dylan et le directeur de l’écurie, qui nous ont fait visiter les installations. Aucune trace de Fabian et je ne sais pas trop si cela m’a réjouie ou peinée, honnêtement. J’ai peur de passer le week-end en tachycardie, sérieusement.

Nous sommes installés dans le garage, dans la partie réservée aux invités depuis dix petites minutes quand débarque Giani Felici, le coéquipier de Fab. Il nous salue chaleureusement, me fait la bise et discute un peu avec les jeunes et mes collègues. Je suis pour ma part légèrement en retrait. Les mécanos passent en me disant bonjour, j’ai fini par être une habituée du circuit, même si je n’étais pas présente chaque week-end de course, et j’aime tellement cette ambiance que je m’y sens comme un poisson dans l’eau. Du moins je m’y sentais. Aujourd’hui c’est quelque peu différent. J’ai bien vu le regard de certains journalistes sur moi. La fin de notre relation n’a jamais été officiellement annoncée, pas plus que le début d’ailleurs, mais le fait que j’ai quitté l’Espagne alors que Fabian était encore en convalescence a fait couler l’encre des magazines people que j’exècre. Alors être de retour ici risque de produire le même effet. Mais là tout de suite je m’en contrefiche, parce que je viens d’apercevoir Fabian au bout du couloir au fond du garage, en grande discussion avec son ingénieur Tony et son préparateur physique, Peter.

Et voilà… Tachycardie. Mon cœur s’emballe à la vue de Fab, lunettes de soleil sur le nez, casquette Renault, en combinaison bleue de pilote à moitié enfilée dont les manches pendent bas sur ses hanches, tee-shirt manches longues blanc archi-moulant. Vous visualisez ? Si ce n’est pas le cas, tant pis pour vous, moi je ne fais pas que visualiser, je bave littéralement. Les souvenirs affluent à la vitesse de la lumière. Notamment un particulièrement chaud où il m’a fait l’amour au fond du garage ainsi vêtu… Je me morigène et ferme les yeux une seconde pour faire disparaître ces idées perverses qui viennent hanter mon esprit. Et je crée une nouvelle rivière en rouvrant les yeux, quand il enlève sa casquette pour passer nonchalamment sa main dans sa tignasse. Ses putains de cheveux que j’adore moi-même caresser, décoiffer, tirer, ébouriffer, humer… Tout ça tout ça quoi. Je crois que cette seule vision vient de pulvériser ma petite culotte. Quoi ?! Huit mois d’abstinence bon sang ! Et il est aujourd’hui encore le seul qui fait frétiller mes hormones… A ma place vous ne seriez pas mieux, ne me jugez pas.

****

Fabian

Je sais qu’elle est là. Je l’ai sentie avant même de la voir. Son regard me brûle alors même que je ne l’ai pas encore croisée. J’ai essayé de me préparer à la revoir. Honnêtement, j’aimerais ne pas avoir la même réaction qu’à l’enterrement d’Abuelita. Si je pouvais éviter de me jeter dans ses bras comme un gamin dans ceux de sa mère qu’il n’aurait pas vu depuis une semaine, ça m’arrangerait. Bon, la comparaison est vraiment bizarre, je l’avoue.

Je relève mes lunettes de soleil pour parcourir des yeux le document que me tend Tony, puis lève les yeux pour tomber directement sur les prunelles bleues de Jo. Je m’arrête en plein milieu du couloir et Peter, qui me suivait, me rentre littéralement dedans. Il s’excuse et me dépasse pour ramasser mes lunettes, tombées dans la bataille, alors que je ne peux détacher mon regard d’elle. Ok, les trois prochains jours vont vraiment être compliqués, je vous l’assure. Jo détourne le regard la première alors que Giani pose sa main sur son avant-bras pour lui parler. Moi je vois rouge illico, et aucun rapport avec Ferrari je peux vous le certifier. Ce petit con sait que nous ne sommes plus ensemble et il n’a jamais caché son attirance pour elle. En même temps… Dans ce slim bleu clair troué à divers endroits et son tee-shirt Renault over-size, mon tee-shirt d’ailleurs, qui découvre une de ses épaules alors qu’il est rentré dans le devant de son jean, difficile de ne pas être attiré. Ses cheveux sont noués dans un chignon haut fait à la va-vite et laisse échapper des mèches ondulées autour de son visage, découvrant sa nuque, son cou que j’adore embrasser. Que j’adorais, reprends-toi Fab ! Je me remets en route et entre dans le garage sans plus lui accorder un regard. Ne joue pas non plus au con Almagro, ta mère ne t’a pas élevé comme ça.

Après avoir déposé mon téléphone, mes lunettes et ma casquette sur l’étagère, je me retourne et rejoins le groupe de Jo. Je serre la main de chacun des jeunes avec un sourire avenant en me présentant, puis fais de même avec ses collègues hommes, une bise à Cora, que j’ai déjà vue plusieurs fois et me tourne vers Jo avant de la rejoindre pour la saluer. J’hésite un instant, d’autant plus que j’ai vu son corps se crisper lorsque je me suis approché, mais pose tout de même mes lèvres sur sa joue et une main au creux de ses reins. Je reste suffisamment à distance pour que nos corps ne se touchent pas mais j’appuie mes lèvres plus longtemps que nécessaire et la surprends à fermer les yeux alors que sa main s’accroche à mon tee-shirt. Mais Jo se reprend rapidement, recule d’un pas et me sort un sourire factice malgré ses joues rougies.

Je profite que Tony et Peter lui fassent la bise pour rejoindre mon coin dans le garage. J’ai grand besoin de me concentrer. Sur autre chose que cette odeur de vanille et de fleur d’oranger qui m’a tant manquée. Sur autre chose que ses yeux si expressifs qui m’ont détaillé. Sur autre chose que le rouge de ses joues, la chair de poule sur sa nuque quand je l’ai embrassée. Je passe une main sur mon visage puis m’ébouriffe les cheveux.

- Tiens, tu vas en avoir besoin, me dit Tony en déposant son foutu papier blindé de statistiques et de possibles réglages moteur sur le plan de travail qui me fait face.

J’acquiesce et plonge le nez dedans. Tony me connaît trop bien. Il a bien compris qu’avoir Jo sous le nez tout le week-end serait compliqué pour moi. Et il l’a compris avant même que j’affiche une humeur de chien ce matin. J’essaie de me concentrer mais j’entends Johanna expliquer aux jeunes ce qu'il va se passer dans les prochaines minutes. Difficile de passer à côté de sa douce voix qui caresse ma peau et me rappelle bien trop de souvenirs, pas tous accessibles à des enfants d’ailleurs. Je donnerais cher pour l’entendre encore gémir mon prénom. Stop Fab, on se concentre !

Je finis par enfiler les gants que me tend Peter, ma cagoule anti-feu puis mon casque. Je me retourne vers mon bébé, ma Renault retrouvée. Je n’ai pas peur. Le jour où un pilote automobile a peur, il peut arrêter la course car il ne sera plus bon à rien. J’avance lentement vers ma monoplace, la contourne par la gauche, comme toujours, et enjambe le baquet pour me glisser dedans. Peter me sangle avant de me tendre le volant que j’accroche à sa place. Je jette un œil distrait à l’écran posé sur le nez de ma voiture, qui affiche moult statistiques sur la voiture mais aussi sur le circuit. Cet écran me sert davantage à me couper du monde, à éviter les caméras qu’à vraiment m’informer de quoi que ce soit. Une fois dans le baquet de ma voiture je ne pense plus à rien si ce n’est à la course. Elle et moi ne formons plus qu’un tout, un duo d’acharnés prêts à tout pour gagner. L’adrénaline se répand doucement dans mes veines alors que je fais le vide autour de moi. J’entends Tony dans mon casque, regarde autour de moi les mécaniciens qui s’affairent autour de mon bébé, et c’est tout.

J’adore le bruit de ma voiture qui démarre. Mon baquet vibre sous l’éveil du moteur V6 (ça ne vaut pas les V10 d’il y a quelques années mais ça reste puissant) et ces vibrations parcourent mon corps, faisant encore grimper l’adrénaline en moi. Lorsque je vois le mécano devant moi me faire signe de sortir du garage, j’enclenche la première et rejoins la pit lane avant de m’élancer sur la piste. Objectif : être le meilleur.

Annotations

Recommandations

Lia 53
Je frissonne quand je la vois, je ne peux pas m'en empêcher c'est plus fort que moi, cette fille m'obsède. Je peux pas m'en empêcher, je la veux pour moi et rien que moi. Je sais qu'elle m'aime, je sais qu'elle me veut, je sais ce qui est bon pour elle. Elle est à moi, pour moi. Je peux pas m'en empêcher, je ne peux pas...Je sais qu'il faut pas, que c'est pas bien mais je dois l'avoir à moi.

On utilise souvent l'expression "être dingue de quelqu'un" "être fou de l'autre"...ce récit va vous montrer le véritable sens de ces mots.

Ce récit est dérangeant, déstabilisant, il va vous faire découvrir des sensations que vous ne connaissez surement pas. Si vous êtes prêts à venir dans ma création, alors suivez-moi...


ATTENTION, ce récit comporte des scènes difficiles !!!
602
364
480
468
XiscaLB
Vous avez déjà essayé le 4 mains ?
Personnellement, je n'étais pas très tentée. J'aime que les choses soient faites à ma façon, alors forcément, écrire à deux me paraissait inenvisageable. Et puis, j'ai virtuellement rencontré quelqu'un qui m'a fait me dire "et pourquoi pas ?". L'idée est lancée, Lecossais et moi nous y mettons...

Voici la conséquence d'une collaboration des plus agréables entre un dirlo et une éduc (parce que oui, c'est possible !)... Bienvenue dans notre monde.
Nous vous laissons découvrir le résultat de longues soirées d'écriture à distance, de rires, de vannes, de moments d'émotions diverses...

Bonne lecture !

Et un grand merci à Lecossais pour cette plongée dans le grand bain ! Un pur bonheur !
_____________

Julien avait tout pour être heureux dans la vie. Une femme, deux beaux enfants, un métier qu’il adorait. Et puis, un jour, tout a basculé. Sa compagne est partie, lui laissant la charge de ses tout petits. Il a décidé de jouer et a tout perdu. Il a perdu son travail, sa maison, et s’est retrouvé à la rue.
Quand il passe les portes du centre d’hébergement, une valise à la main, son fils à la hanche et sa fille sur les talons, c’est le désespoir qui prime, la peur encore, la honte plus que tout.
Albane ne se sent bien qu’à son travail, là où elle peut être elle-même, là où elle n’a pas à se cacher, là où elle peut aider les autres. Lorsqu’elle accueille Julien, bourru et peu aimable, avec ses enfants, elle se donne pour objectif de leur redonner le sourire et de tout faire pour leur permettre de retrouver une vie ordinaire, quitte à jouer un peu avec le règlement.
870
1031
105
734
Défi
Ceryse ‎
Réponse au défi : "Il était une fois... un roman à quatre mains" avec @PoloAuteur@ !
Du 20/09/2020 au 20/09/2021, nous allons faire de notre mieux pour écrire une phrase tour à tour tous les jours !
1101
366
22
18

Vous aimez lire XiscaLB ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0